Le PQ - un "pre-mortem"

Tout raccourci est voué à l’échec

Chronique de Gilles Verrier

À L'Engagé,
Je trouve votre texte courageux car il va à contre courant. Il va à l’encontre de ce qu’il faut bien appeler la paresse politique entretenue par le Parti québécois depuis presque toujours. Il va à l’encontre de l’activisme politique qui prétend que les bons slogans, les manifestes de dix paragraphes et les marches dans la rue nous conduiront à bon port. Or le Québec a besoin de chefs, de ces chefs qui devront avoir la stature de chefs d’État de haut niveau. Je pense à de Gaulle, à titre d’exemple. C’est une exigence incontournable de la lutte. Il nous faudra faire les devoirs qui n’ont jamais été faits et c’est à ce prix que l’idée d’indépendance pourra refleurir. Le mot pédagogie que vous employez convient car il nous faut créer un groupe compact et déterminé qui pourrait tenir lieu d’université de l’indépendance. Une école de pensée et d’action. Ceux qui méprisent cette étape manquent de maturité politique et ne comprennent pas - ou mal - les processus à travers lesquels une société peut changer durablement.
Le renversement de quelques siècles de domination politique ne se fait pas comme on fait fondre du beurre dans la poêle. Tout raccourci est voué à l’échec. Or, jusqu’à présent, seule la voie des raccourcis (élection - bon gouvernement- campagne référendaire - référendum bâclé) a été explorée, avec le résultat que nous ne cessons de reculer. Il faut donc passer par la petite et dure école pour ensuite s’attaquer aux obstacles contemporains qui bloquent l’indépendance afin d’aboutir à des positions politiques fortes, portées par une équipe d’intellectuels, des intellectuels spéciaux et non universitaires, des intellectuels qui sont aussi prêts à se salir les mains dans le cambouis. Je pense à Bernard Frappier, sans le désigner ni l’accabler.
Le contrôle de l’information, la dette, les forces armées, la monnaie, la banque et l’étendue de la souveraineté dans le rapport nation-mondialisation... Toutes des questions que le Parti québécois n’a jamais voulu aborder de front et jamais voulu vider dans le sens indépendantiste du terme. Il suffit de relire la question référendaire de 1995 pour comprendre l’ambiguïté politique de ce projet et son manque de sérieux... tordu. Monsieur Parizeau, pardonnez-moi.
Nous sommes donc comme en 1960, je suis d’accord ; avec des avantages et des désavantages par rapport à cette époque déjà ancienne. L’indépendance est certes un bien en soi, mais la façon de la comprendre, de la défendre et de la réaliser a évolué. La géopolitique en 2011 a mué et n’est plus ce qu’elle était en 1960. Une des tâches à laquelle nous devons nous attaquer, et Vigile heureusement s’y embarque jusqu’à un certain point, est, selon moi, l’analyse de la nature du Parti québécois et les causes de son échec historique. Ceci pour en arriver éventuellement à un accord relativement large sur cette question pour les indépendantistes et ceux qu’ils influenceront. Sans une solide compréhension du passé la carte de l’avenir nous restera indéchiffrable. Éventuellement, faire de notre compréhension de ce que fut le le Parti québécois dans notre histoire une idée socialement implantée. Comme l’idée de l’existence de la révolution tranquille le fut, en d’autres temps et circonstances. Post mortem.
Je pourrais élaborer d’avantage sur votre tribune. Oui, Maurice Séguin. Cet historien exigeant est une source de compréhension profonde du concept d’indépendance, un héros national à l’instar d’un José Marti, l’un illustre par l’histoire, l’autre par la poésie ; les deux peu doués pour l’action politique, mais sources de motivation durables à travers des disciplines différentes.
Il importe que nous élevions dans l’opinion la stature de Maurice Séguin, ce Québécois qui demeure sans égal dans la réflexion qu’il nous a léguée sur le concept d’indépendance, à travers l’étude pénétrante de la relation Canada-Québec. Son oeuvre singulière est universelle par son étude de la situation particulière du Québec et du Canada et pourrait être lue utilement en Asie, en Afrique, en Amérique du Sud, mais surtout en Europe aujourd’hui.
Qui méprise Maurice Séguin ne peut se prétendre patriote à mes yeux.
GV

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Gilles Verrier123 articles

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Entrepreneur à la retraite, intellectuel et autodidacte. Je tiens de mon père un intérêt précoce pour les affaires publiques. On peut communiquer avec moi et commenter mon blogue : http://gilles-verrier.blogspot.ca





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4 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    27 juillet 2011

    Bonjour M. Verrier,
    J’apprécie votre présence régulière depuis quelques temps sur Vigile, je lis avec plaisir vos textes et vos commentaires. Comme je le disais de vous la première fois, vous gardez toujours le cap, votre discours est nécessaire, et il est précieux.
    Je ne commente pas ou rarement les textes avec lesquels je suis entièrement d’accord ; je voulais simplement vous saluer. Mais voici quelques éléments tout de même.

    Je ne connais pas la pensée de Maurice Séguin autrement que par les écrits et les citations de M. Bruno Deshaies, que je salue et remercie. Je n’ai pas lu tous les textes de M. Deshaies mais suffisamment pour comprendre l’importance et la pertinence de Séguin.
    Le travail nécessaire, s’il commençait avec le prochain gouvernement d’un PQ renouvelé et avec toute une coalition forte et déterminée, si ce travail était fait honnêtement et rigoureusement, il prendrait plusieurs années à porter ses fruits. Avons-nous les moyens, démographiquement, d’attendre encore 20 ans ? Il me semble que non. Mais j’ai toujours pensé qu’il faut bien comprendre la situation actuelle, s’entendre sur le bon diagnostic puis agir raisonnablement pour atteindre notre but. À moins d’accidents de parcours (un événement extraordinaire qui changerait les choses), le sentiment nationaliste et indépendantiste doit se répandre, il faut travailler à ça, comme vous le dites avec l’Engagé. Il ne faut pas attendre en souhaitant que ça arrive, il faut y travailler honnêtement. Il faut en venir à ce que la pensée indépendantiste soit omniprésente, qu’elle teinte tous les discours.
    Que l’indépendance ne se fasse pas uniquement par un parti politique et que ça nécessite une coalition des forces, comme tout le monde le répète, c’est vrai, mais il faut ajouter que toute coalition reste sans effet s’il n’y a pas de chefs, des leaders. Vous avez raison.
    Depuis plusieurs années le PQ entrave ce travail d’union, il ne le favorise pas. Ce parti se donne des chefs pour faire perdurer le parti, pour ne pas qu’il meure, et pour prendre le pouvoir à l’arraché s’il le faut. Que ce comportement nuise à la suite des choses, c’est-à-dire procéder au travail devant mener à l’indépendance, trop de militants ne veulent pas le savoir. Ils refusent d’en discuter, ils s’arrêtent à l’élection. Quelques uns osent même dire qu’une fois le PQ au pouvoir, il changera, il ne fera plus de cachette, il procédera au travail. Trop de militants se font encore des accroires, je vois les mêmes discours depuis tant d'années ; ils seront amèrement déçus.
    En terminant, sans vouloir étriver personne, les textes qui tentent de défendre le PQ et Madame Marois sont de plus en plus consternants, je n’en reviens pas de tant de naïveté et de volonté de se boucher les yeux. Je ne dis pas que le PQ et ses supporters ont tout faux, nécessairement, mais ils se défendent très mal, ils n’ont pas d’argument. Et même si à mon avis ils sont majoritaires parmi les militants souverainistes, ils sont très minoritaires dans la population en général.

  • Archives de Vigile Répondre

    27 juillet 2011

    @jpb Merci pour vos bons mots. Je sais comme vous que nous sommes dans la complexité et que toute analyse a ses limites. Comme bien d'autres, je continue...
    @ M. Deshaies, Merci de même pour vos bons mots. Autant je pense nécessaire de faire les choses avec le maximum de rigueur, autant je sais que la réalité peut nous faire faux-bond. Je suis partisan de la préparation politique indépendantiste. Je déplore l'absence d'un état major aguerri encore aujourd'hui. Il n'y a peut-être pas la masse critique qu'il faudrait. Mon propos a pour but de souligner ce manque. On préfère, tradition oblige, s'enthousiasmer pour les conjonctures changeantes qui offrent toujours de belles tentations, et risquer de toujours recommencer. La conjoncture externe ne fera pas l'indépendance, avec une bonne préparation interne elle pourra cependant y contribuer. Ceci dit, je me garde aussi d'un rigorisme excessif qui pourrait nous empêcher de comprendre l'imagination du réel, qui risque toujours de nous surprendre. L'histoire s'écrit toujours après et non d'avance.
    GV

  • Bruno Deshaies Répondre

    27 juillet 2011

    Bruno Deshaies, 27 juillet 2011
    Après un long préambule, voici ce que nous obtenons de tangible.
    Richard Le Hir dixit :

    (EXTRAITS)
    Pour les indépendantistes que nous sommes, le message est donc clair. Dans la mesure où l’indépendance exige qu’une majorité de la population y soit favorable, on ne peut plus penser pouvoir dégager cette majorité dans le seul cadre d’un parti politique […] Il faut donc forger cette majorité dans un autre cadre, plus ouvert et moins contraignant. Lorsqu’elle existera, les partis politiques devront en prendre acte. Dans un contexte de fragmentation, une telle majorité devient irrésistible, et les choses peuvent se passer encore plus vite si le parti au pouvoir est, en partant, ouvert à l’idée, ce qui semble encore être le cas du PQ.
    Ce cadre ouvert et moins contraignant existe. C’est Cap sur l’indépendance dont la mission est justement de reprendre le combat pour l’indépendance en dehors du cadre des partis politiques. Son action peut être d’autant plus efficace s’il peut compter sur l’ouverture d’un parti sympathique le moment venu.
    […]
    Donc, si le PQ peut encore constituer un véhicule utile à l’avancement de la cause indépendantiste sans pour autant assumer le leadership du mouvement, cette utilité risque de se retrouver singulièrement compromise si Pauline Marois en demeure le chef.
    […]
    À ce stade-ci, la seule question qui se pose pour elle est de savoir si elle peut encore mener son parti à la victoire.
    […]
    La conjoncture tend aux Québécois une perche inespérée, pouvons-nous nous permettre de ne pas la saisir, trop occupés que nous serions à nous chicaner entre nous ?
    ***
    De ces extraits, on peut retenir deux conclusions :
    La première : « Il faut donc forger cette majorité dans un autre cadre ».
    La seconde : « …si le PQ peut encore constituer un véhicule utile à l’avancement de la cause indépendantiste […] cette utilité risque de se retrouver singulièrement compromise si Pauline Marois en demeure le chef. »
    MAIS, « …pouvons-nous nous permettre de ne pas la saisir, trop occupés que nous serions à nous chicaner entre nous ? »
    Sur la seconde conclusion, il est évident que la chicane va pogner coûte que coûte avec ou sans madame Marois.
    Quant à la première conclusion, à savoir de forger une majorité d’individus dans la population québécoise à l’idée d’indépendance, disons-le franchement, il y a loin de la coupe aux lèvres.
    Il faut lire Gilles Verrier : Le PQ - un "pre-mortem". Tout raccourci est voué à l’échec.
    Tribune libre de Vigile mardi 26 juillet 2011 253 visites 1 message
    Source : http://www.vigile.net/Tout-raccourci-est-voue-a-l-echec
    Gilles Verrier nous rappelle que l’histoire n’est pas qu’événementielle mais aussi structurelle. Des forces profondes sont à l’œuvre. Maurice Séguin résume sa pensée en ces termes sur cette question : « Tout l’agir humain passé est du domaine de l’histoire. Et s’il est légitime d’écrire une monographie ou de s’intéresser à des faits de moyenne importance et d’en discuter longuement l’authenticité, à plus forte raison est-il permis d’écrire l’histoire (même prise de très haut) d’une évolution politique, économique, culturelle ou sociale et d’en discuter, avec toute la liberté voulue, les composantes majeures. » (Les Normes, Introduction.)
    Je sais que monsieur Pierre Belisle est très concret. Il nous dit : « L’autre jour, dans un quartier peu huppé, j’ai profité d’une circonstance banale pour demander à quelqu’un […] Eh bien, j’ai eu droit à tout un savon… » Pis, après. Vous avez découvert une évidence !
    L’indépendance nationale, ce n’est pas un individu ou des individus mais toute une population, tout un peuple et toute une nation. Je comprends que monsieur Belisle a vu la quintessence d’une nation en marche. Passons.
    Monsieur Verrier n’est pas né de la dernière pluie. Il était là dans le mouvement indépendantiste bien avant, probablement, que monsieur Le Hir. Il s’est frotté à la population bien avant beaucoup d’autres ici présents. Il exprime une réponse à ceux qui croient en une indépendance facile sans un travail de longue haleine auprès de la population.
    Ne nous leurrons pas. Les indépendantistes doivent s’organiser pour déstructurer la mentalité fédéraliste et la remplacer par une mentalité indépendantiste. Le changement ne se fera pas en deux coups de cuillers à pot. Je me dis d’accord avec Gilles Verrier.
    Quant au programme pour déprogrammer les synapses des réflexes fédéralistes, il y a du travail de formation à entreprendre. Il ne semble pas qu’on soit arrivé à cette urgence. Malheureusement, nos stratèges s’amusent dans la politique-domaine-des-rivalités. Même, qu'is s’y complaisent

  • Jean-Pierre Bélisle Répondre

    27 juillet 2011

    Vous avez raison, la pédagogie de l’Indépendance est importante. Mais cette tâche n’est pas la seule et le processus devant mener à l’indépendance nationale n’est pas aussi linéaire et séquentiel que l’image du bœuf et de la charrue donnée par « l’Engagé »
    C’est que la politique, c’est un peu comme jouer du piano : tantôt une note à la fois, mais le plus souvent plusieurs notes simultanément. On ne tape pas toujours sur la même note tout comme on n’enfonce pas d’un même coup toutes les notes du piano. C’est aussi une image.
    Les véritables connaissances, vous l’avez certainement lu quelque part, ne viennent pas que des livres ou des pamphlets. Elles s’élaborent surtout dans le concret, par l’expérience issue de la vie quotidienne.
    Vous aurez beau enseigner Maurice Séguin tous les jours au Carré Viger pendant vingt ans, si le PQ ne parle jamais d’indépendance, c’est bien évident que le projet ne décollera jamais.
    Je suis sidéré. Veuillez m’excuser, mais nous ne sommes vraiment plus en 1960. Même les sans voix, comme ceux qui vendent le journal l’Itinéraire, ont leur opinion. Ils sont branchés; ils naviguent; ils s’informent.
    Promenez-vous dans les centre-ville, prenez le temps d’entrer en relation avec les quêteux, avec les employés des commerces, avec les étudiants, avec ceux qui soutiennent votre regard ou vous dévisagent. Vous verrez qu’ils ne sont pas aussi incultes politiquement que vous pourriez l’imaginer du fond de votre bureau.
    L’autre jour, dans un quartier peu huppé, j’ai profité d’une circonstance banale pour demander à quelqu’un « (…) on dit que les circonstances ne sont pas favorables pour l’indépendance du Québec (…) » - Eh bien, j’ai eu droit à tout un savon : « (…) mon chum, juste en posant cette question, je vois que tu ne crois pas en l’indépendance. Tu as abandonné ou tu es contre». Les décibels aidant, deux autres personnes puis une quatrième se sont jointes à nous et la discussion a repris de plus belle. De fait, plus belle encore que n’importe quel article sur Vigile.
    Alors, voyez-vous, ce que vous appelez un « raccourci » m’a bien l’air d’un « allongé ».
    Avec respect pour votre admirable plume, du reste.