Toujours de mauvaises nouvelles

Chronique de José Fontaine


Dimanche soir au JT 1 de la RTBF on a montré des images de l'Orchestre de Chambre de Wallonie se produisant à Pékin, en présence d'un ministre du Gouvernement wallon. La petite goutte wallonne dans l'océan chinois s'y fait quand même reconnaître...
Corruption ou en tout cas règles violées
Mais évidemment, ce n'est pas cela qui va tirer la Wallonie de ses problèmes. Le Bourgmestre de Charleroi qui a été arrêté vendredi passé, reste en prison. Et on en sait plus sur les motifs de son arrestation.
Il semble bien que la Ville de Charleroi arrivait à échapper à certains contrôles en saucissonnant (en morcelant), les commandes publiques. Au-dessous d'un certain montant, il n'y a pas de contrôle. De sorte que pour l'éviter, on maquille une seule commande en de multiples commandes dont aucune n'a à être contrôlée.
Le but de l'opération n'était pas nécessairement l'enrichissement des responsables, mais, à la suite des commissions versées par les entreprises, de parrainer des équipes sportives dont Charleroi est très fière et qui relance un certain dynamisme dans une Ville qui est au coeur des difficultés économiques de la Wallonie (basket, mini-football notamment). Les équipes en question se situaient dans l'excellence, mais l'excellence, la Ville de Charleroi l'a perdue.
Elio Di Rupo invité à choisir entre la présidence du PS et celle de la Wallonie
Cela pose un fameux problème à la Wallonie et au PS qui domine politiquement la Wallonie. En effet, il y a aussi des irrégularités qui ont été commises à Namur, la capitale.
Toutes ces affaires affaiblissent évidemment le PS, car c'est lui qui dirigeait les deux villes que je viens de citer, et à un mauvais moment car les élections fédérales auront lieu en juin 2007.
En outre, dans un pays comme le nôtre, les présidents de partis sont des hommes tout à fait importants politiquement, peut-être en raison du fait que les gouvernements belges sont depuis longtemps des gouvernements de coalition. Avec l'éclatement des grands partis politiques en partis flamands et wallons/francophones, ces partis sont encore plus nombreux (6 actuellement à la tête de la Belgique). La responsabilité d'un président de parti est telle qu'il abandonne ses fonctions ministérielles qu'il occupait. L'an passé, lorsque le Président du Gouvernement wallon a démissionné, suite déjà à des affaires à Charleroi, c'est le Président du PS qui a pris sa place. On se disait que peut-être ce serait très temporaire. On prêtait alors en effet des ambitions fédérales à Elio Di Rupo, celle de devenir Premier Ministre belge, fonction sur laquelle les politiciens belges fantasment, pas peut-être autant que les Français sur la Présidence de la République, mais beaucoup. Le problème, c'est que les Flamands estiment que, puisqu'ils sont majoritaires, la fonction leur revient et même qu'un Premier ministre wallon, même bon bilingue, ne conviendrait pas.
A cela sont venues s'ajouter les difficultés énormes liées aux affaires de Charleroi. Elio Di Rupo a donc trop de charges sur les bras. Le plus important journal de langue française Le Soir, peu suspect d'être un journal autonomiste ardent, vient, deux jours de suite (hier et aujourd'hui), de proposer à Di Rupo de choisir d'être à temps plein Président du Gouvernement wallon. Cet éditorialiste estime en effet que les charges trop nombreuses qui pèsent sur Di Rupo risquent de l'handicaper pour la négociation d'une nouvelle réforme de l'Etat belge au lendemain des prochaines élections fédérales. Cet avis a ceci d'intéressant que Di Rupo est vraiment l'homme politique le plus important du pays (indépendamment de sa charge de Président wallon), côté wallon/francophone. Or l'invitation qui lui est faite d'assumer seulement sa fonction de chef du gouvernement wallon à Namur, n'est pas inspirée par la volonté de l'abaisser. C'est au contraire pour qu'il puisse tenir son rang de premier homme politique francophone qu'on l'invite à abandonner la présidence de son parti.
L'Etat belge de plus en plus déshabillé
Il s'agit là d'un fait nouveau qui me semble aller dans le sens de la montée en puissance des Etats fédérés en Belgique. Si un grand journal comme Le Soir estime que le chef du Gouvernement d'un Etat fédéré important (comme la Wallonie) a aussi un rôle fédéral important à jouer, c'est que les mentalités même les plus unitaristes (car Le Soir est loin d'être un journal autonomiste wallon) sembleraient se plier à l'idée que ces Etats fédérés vont jouer les premiers rôles en Belgique. De fait, ce qui risque de sortir des négociations à la suite des élections fédérales de juin, c'est un Etat central encore plus dépouillé de ses compétences. Actuellement on estime qu'en 26 ans, il a perdu 51% de celles-ci. On ne sait ce que donnera la négociation, mais il est cependant certain que l'Etat fédéral perdra encore des plumes.
On pourrait de manière purement hypothétique se dire qu'il n'aura plus que 40 % de ses anciennes compétences (le chiffre est vraisemblable), voire même moins encore. Un grossier calcul me fait dire que s'il descend à 35% de ses anciennes compétences, la Flandre (qui représente 60% de Belgique), aura en termes budgétaires, de personnels (etc.), plus de poids que l'Etat belge en chiffres absolus et évidemment aussi chaque Etat fédéré, proportionnellement (ce qui est d'ailleurs déjà le cas de justesse). Evidemment, le poids en termes budgétaires n'est pas encore le poids réel en termes politiques. Parce que l'Etat fédéral belge garde d'importantes compétences comme la Justice et la Police, la Sécurité sociale (celle-ci ne relève pas des Etats fédérés chez nous, car ceux-ci n'existent pas depuis longtemps). D'une manière générale l'Etat fédéral belge étant jeune, il est étonnant de voir qu'il ait déjà tant perdu de ses compétences. Mais il est normal par ailleurs que certaines compétences ne relèvent pas encore des Etats fédérés (comme la Justice, au moins partiellement), dans la mesure où ces Etats fédérés existent depuis à peine un quart de siècle. Or, il n'est pas impossible que de telles compétences, politiquement prestigieuses et lourdes de signification, leur soient confiées après juin 2007, sans doute progressivement.
La Wallonie est face à des difficultés terribles en raison des affaires qui minent le PS et certaines Villes importantes. Son prestige n'est pas terrible mais à quelque chose malheur est bon: malgré leurs réticences unitaristes, les dirigeants politiques en Wallonie vont être obligés de devenir des dirigeants wallons. Ils ne le veulent peut-être pas. Mais il y a en Wallonie toute une histoire, toute une tradition savante et populaire qui y mène. La Wallonie se mettra elle-même au monde dans la douleur, les difficultés, les souffrances et même péniblement, mais cela aussi est la loi des grandes choses humaines.
José Fontaine

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Né le 28/6/46 à Jemappes (Borinage, Wallonie). Docteur en philosophie pour une thèse intitulée "Le mal chez Rousseau et Kant" (Université catholique de Louvain, 1975), Professeur de philosophie et de sociologie (dans l'enseignement supérieur social à Namur et Mirwart) et directeur de la revue TOUDI (fondée en 1986), revue annuelle de 1987 à 1995 (huit numéros parus), puis mensuelle de 1997 à 2004, aujourd'hui trimestrielle (en tout 71 numéros parus). A paru aussi de 1992 à 1996 le mensuel République que j'ai également dirigé et qui a finalement fusionné avec TOUDI en 1997.

Esprit et insoumission ne font qu'un, et dès lors, j'essaye de dire avec Marie dans le "Magnificat", qui veut dire " impatience de la liberté": Mon âme magnifie le Seigneur, car il dépose les Puissants de leur trône. J'essaye...





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