Réplique au texte de Michel Seymour

Tribune libre

Force est de constater que le débat sur la laïcité et l’identité bat son plein. Plus nuancé, davantage connecté avec les valeurs québécoises, Seymour implore les apôtres du multiculturalisme de ne pas se braquer continuellement contre le nationalisme québécois, et de reconnaître que « le peuple québécois…souffre d’un besoin de reconnaissance et d’un manque d’affirmation nationale ». L’argumentaire du texte est clair : Seymour appartient à la frange souverainiste qui milite en faveur de la « laïcité ouverte ».
Seymour, un des membres fondateurs des Intellectuels pour la souveraineté (IPSO), aborde la question de l’identité québécoise et de la laïcité plus positivement que le Manifeste culpabilisant et emberlificoté des Weinstock et cie. Il reproche notamment à ce courant de ne pas soutenir le nationalisme québécois. En fait, il propose une forme d’affirmation nationale qui ne déplairait pas au PQ et au BLOC, voire à QS.
L’idée d’affirmation nationale n’est pas neuve. Comme d’autres, il est en faveur d’une constitution interne qui instaurerait une citoyenneté québécoise et qui confirmerait la primauté du français. Pour faire court, il dit aussi que l’État fédéral reconnaît à peu près tout le monde grâce à la Charte des droits et libertés et de la loi sur le multiculturalisme, mais que la Constitution, elle, ne reconnaît pas le peuple québécois. Là serait l’une des causes qui explique que les québécois sont enclins à refuser les accommodements raisonnables, le pluralisme et l’interculturalisme. Bref, et c’est là l’essentiel de son argumentaire, si le Québec peut s’affirmer en matière d’identité, il sera alors plus ouvert aux accommodements et au pluralisme. De plus, il insiste pour que les tenants du pluralisme (pro cours ECR, pro laïcité ouverte, etc.) fassent preuve d’ouverture à propos des revendications identitaires des québécois nationalistes.
Nous devons donc nous affirmer, nous dit Seymour, via une constitution interne. Les exemples qu’il propose vont dans le sens du plan Marois, mais en plus faible, me semble-t-il. Je ne suis pas contre l’idée d’affirmation, mais encore aurait-il fallu qu’il accepte le fait qu’il ne s’agit encore là que d’une attitude défensive, si on ne s’en tient qu’à cela. De l’indépendance, il n’en parle pas. Pourtant, Seymour est un indépendantiste pour qui la Fédération des femmes du Québec et Québec solidaire ont raison concernant le port du voile, alors que le PQ et le Conseil du statut de la femme « errent » (l’expression est de Seymour) sur cette question. Pourtant, à ce que je sache, le courant dit du « nationalisme civique » est encore fort présent au PQ, courant auquel il appartient sans aucun doute.
Au contraire des Weinstock et cie, Seymour milite pour l’affirmation nationale des québécois. Là n’est pas le problème. S’affirmer à défaut d’indépendance, il faut le faire et ne pas refuser de s’engager dans des actions tactiques. Soit. Mais concevoir le débat actuel comme se limitant aux nationalistes et aux pluralistes, cela me désole. Seymour, à l’entendre, se situe entre les deux « extrêmes ». Basta.
Je simplifie : Seymour sous-entend que le combat pour la laïcité est avant tout l’affaire de nationalistes qui se mobilisent contre la non reconnaissance de la nation québécoise. Bien sûr, il y a de cela, mais il n’y a pas que cela. Moi, qui suis montréalais, je n’ai pas de problème avec la pluralité existante. C’est là, c’est réel, et cela s’avère même stimulant. Cependant, au communautarisme naissant – très réel – et au multiculturalisme, je dis non. Je dis non aussi à la banalisation de nos revendications, comme je dis non à l’intégrisme qui se faufile jour après jour dans notre sphère publique. Serions-nous indépendants que je serais tout autant pour la laïcité complète de l’État. Seymour, un professeur de philosophie pourtant, perçoit ce combat pour une véritable laïcité comme s’il n’était que l’émanation d’un nationalisme défensif, auquel il associe probablement les catholiques nationalistes qui s’ennuient du bon vieux temps. Mais nous n’en sommes plus là. Bien des gens à gauche et à droite, croyants ou non, la réclame cette laïcité. Ils ne la veulent pas « ouverte », ils la veulent vraie. Il s’agit là d’un nationalisme républicain, voire du républicanisme tout court. Qu’on soit nationaliste ou non, il est du devoir du républicain de convaincre ses concitoyens de la nécessité de constitutionnaliser les valeurs s de la nation. Être républicain et s’opposer au multicultiralisme libéral anglo-saxon – et au communautarisme que cela engendre – ne sauraient en aucun cas être associé à la peur de l’autre quand on parle du Québec.
À mon avis, les valeurs progressistes inhérentes à l’idée de république sont de nature à rallier une majorité de québécois. Et quand je parle de progressisme, je ne parle pas d’ouverture au multiculturalisme, mais bien d’ouverture à la démocratie, cette démocratie que nous nous échinons à construire contre vents, marées, fédéralistes de tous genres et chartistes patentés qui nient la réalité des peuples. Affirmation nationale, certes, mais le mouvement pour un Québec laïque n’est pas que nationaliste, il est aussi républicain. Et il est de nature gauche-droite, incluant un fort courant féministe qui n’a rien de revanchard.
Les républicains n’ont pas peur de « l’autre ». Ils sont pour la pluralité des nations, et si leur nation comprend des minorités nationales, ils ne se contenteront pas de les parquer dans des réserves ou de refuser de les reconnaître : ils feront tout pour qu’elles s’épanouissent, avec l’objectif obligatoire du mieux vivre ensemble. Cela exclut le communautarisme générateur d’exclusion et de conflits, les intégrismes religieux militants anti laïques, ou encore toute forme d’accommodement qui pourrait devenir un acquis, voire constituer une nouvelle base sur laquelle il serait désormais possible de s’appuyer pour fissurer encore davantage ce qui agrège l’essentiel de la nation.
Je suis indépendantiste, républicain et social-démocrate. Je suis internationaliste et définitivement pour l’égalité hommes-femmes. Je ne suis pas un nationaliste qui à peur. Seymour, malgré son élégante montée vers le filet du compromis et du juste milieu, semble croire que les nationalistes et les promoteurs de la laïcité ne carburent qu’en mode défensif (conservatisme, donc), alors que notre élan va bien au-delà de la simple affirmation nationale : il vise à parachever tout le travail entrepris depuis les années ’50 pour cimenter les fondements de la nation québécoise. Ceci dit, il me faut admettre que le texte de Seymour est particulièrement critique face aux carences des Weinstock et cie quant à leur compréhension du Québec, et il est fort probable que le dit texte vise avant tout à mettre en garde ces derniers. Si tel est le cas, alors le problème de son contenu réside dans le fait qu’il puisse être mal interprété par les militants de la laïcité républicaine, qui eux ne rateront pas d’en souligner les lacunes. La question qui se pose doc est la suivante : que pense vraiment Seymour?
Je ne demande pas à Seymour de se prononcer en faveur des nationalistes qui sont pour la laïcité parce qu’ils s’opposent à leur non reconnaissance du peuple québécois par l’État canadien. Certes, Seymour souhaite la reconnaissance de la nation, mais il fait surtout allusion à la notion de peuple québécois, ce qui me semble réducteur. Sommes-nous seulement des canadiens-français vivant au Québec, ou sommes-nous une nation qui a su se constituer en dépit de tout? D’ailleurs, est-il absolument nécessaire que nous soyons reconnus pour être une nation? J’estime que Seymour a le potentiel pour devenir un républicain québécois libéré des scories du multiculturalisme et de cette illusoire croyance comme quoi nous pourrions un jour être reconnu comme nation véritable. La reconnaissance souhaitée n’adviendra pas, c’est chose entendue. Reste à choisir entre un Québec républicain mou, ou affirmé. À Seymour de réfléchir et de réévaluer ses paradigmes. J’espère seulement qu’il choisira la voie qui contribuera à faire du Québec une nation libre, fraternelle, égalitaire et définitivement républicaine.
Une belle montée, ses patins crissaient sur la glace. Mais la rondelle tournoyait, et il a tiré dans les gradins. Coup de sifflet, nouvelle mise en jeu.
Je dis merci à Michel Seymour, parce qu’il nous oblige à mieux aiguiser nos arguments.


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4 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    15 février 2010


    L'on sait qu'il y a un manque de lieux de culte musulmans en France. L'on sait que de multiples obstacles se sont élevés contre leur développement, à commencer par les freins culturels des populations non musulmanes. L'on sait que la Loi de 1905 interdit à l'Etat de participer à leur financement. L'on sait que la politique en vigueur freine leurs sources de financement depuis l'étranger. L'on sait que les organismes représentant ce culte sont souvent divisés ! L'on sait que les Collectivités tentent de palier aux carences de cette communauté cultuelle en contournant la Loi par des tours de passe-passe leur permettant de financer des espaces "cultuRels" ayant pour partie une destination "cultUelle". L'on sait que le mouvement d'occupation de l'espace public pour le culte s'est développé avec la passivité complice de représentants de l'ordre public. L'on sait que certains mouvements intégristes islamistes profitent de cette situation pour manipuler et amplifier le phénomène afin de forcer le pouvoir à accepter des sources de financement de l'étranger. L'on sait que ce thème est exploité par certains groupes extrêmes à des fins politiciennes. L'on sait, l'on sait …
    Mais tout ceci ne peut empêcher de réfléchir sérieusement et sereinement à la nécessité, ou pas, de mettre un terme à ce que l'on doit appeler, sous l'angle de la Loi, un trouble à l'ordre public.
    Que faire ?

    Rien, continuer à fermer les yeux sur ces infractions ?
    Etablir des autorisations contractuelles d'occupation ?
    etc …
    Pour voir le détail ( dont une video-synthèse, témoignages des personnalités concernées) et donner votre avis: sujet trouvé sur Pnyx.com

  • Archives de Vigile Répondre

    14 février 2010

    «Serions-nous indépendants que je serais tout autant pour la laïcité complète de l’État.»
    Bravo, vous avez parfaitement saisi le problème. En amenant, la situation particulière des Québécois, le rapport Bouchard-Taylors n'a que brouillé les cartes pour tenter de nous faire avaler leur boullabaisse infecte.

  • Fernand Lachaine Répondre

    14 février 2010

    Bonjour monsieur Gendron,
    Vous trouvez de grandes qualités au texte de monsieur Seymour et c'est très bien.
    Cependant j'ai été quelque peu déçu dans le sens que monsieur Seymour n'a mentionné à nul part le mot souveraineté dans son article dans Le Devoir mais a employé l'expression "affirmation nationale", ce qui m'a ramené à l"affirmation nationale" de Pierre-Marc Johnson ancien premier ministre du Québec.
    Remarquez que j'ai peut-être tort de faire cette comparaison mais un chat échaudé.....
    Bonne journée
    Fernand Lachaine

  • Marcel Haché Répondre

    13 février 2010

    Cela existe-t-il des nationalistes qui ont peur ? Dans le Québec multiculturalisé, de plus en plus multiculturalisé, faut pas être peureux pour s’afficher nationaliste.
    Derrière la tolérance que revendiquent les multiculturalistes, les « civiques » aussi, derrière le respect qu’ils promeuvent à l’égard de l’Autre, n’y a-t-il pas justement la crainte, la peur et même la panique, de simplement s’affirmer comme membre d’un peuple ?
    Le peuple québécois, la nation, Nous, restons fidèles à ce que Nous sommes. Bien tranquillement. Les nationalistes n’ont pas peur. Cependant, ils doivent souvent se sentir trahis.
    Ce sont les intellectuels qui ont mauvaise conscience à l’égard des deux référendums perdus. S’il y a des peureux quelque part, cherchez de ce côté-là!