Ce qui se trame dans l'ombre

Relations publiques

Pour mieux comprendre la propagande du gouvernement Couillard

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Tribune libre

Pourquoi un sourire au visage de Philippe Couillard, le chef du Parti libéral du Québec (PLQ)? Selon moi, ce serait à cause de partouses mémorables qu’il s’offre avec des firmes de relations publiques. Ces cabinets de communications qui sondent les réseaux sociaux, récoltent des données, analysent des statiques, étudient le comportement des citoyens, mentent, font croire, créent de fausses nouvelles, fabriquent le consentement de privatisations et organisent des évènements violents pour dompter le troupeau de bêtes sauvages que nous sommes.


Avant de nous avancer vers la boîte de scrutin, il est nécessaire d’observer cet univers de plus près. Commençons par préciser que les bacchanales entre les firmes et les politiciens se tiennent officiellement depuis 101 ans. Cela débute aux États-Unis, en 1917. Woodrow Wilson vient d’entamer son deuxième mandat à la présidence des États-Unis, en ayant promis que l’oncle Sam n’interviendrait pas dans la Première Guerre mondiale. Le 6 avril, il rompt sa promesse. Le 14 avril suivant, Wilson crée la Commission on Public Information, mieux connue sous le nom de Commission Creel, pour changer l’opinion des étasuniens, manifestement contre l’entrée en guerre des États-Unis. La Commission Creel se compose d’environ 75,000 personnes qui occupent le poste de journalistes, photographes, auteurs-compositeurs, acteurs, publicistes et conférenciers. Tous des personnes appelées à prendre la parole dans l’espace public: cinémas, églises, restaurants, etc. Il s’agit des Four Minutes Men qui se donnent pour mission de faire entendre à la population le point de vu du gouvernement Wilson.


Parmi les Four Minutes Men nous retrouvons Walter Lippmann (1889-1974) et Edward Bernays (1881-1995). Lippmann est un écrivain, journaliste et polémiste qui crée en 1922 l’expression «fabrique du consentement». Pour Edward Bernays, il est le neveu de Sigmung Freud et un publicitaire qui marche sur les traces de Lippmann. Ni plus ni moins le maître d’œuvre de la manipulation de l’opinion publique. Bernays est aussi l’auteur du livre Crystallizing Public Opinions (1923) qui inspira au nazi Joseph Goebbels (1897-1945) sa «destructive campagne contre les Juifs d’Allemagne» et Propaganda (1928) qui fut traduit en français par Lux, en 2008 [1]. Dans ce bouquin, Edward Bernays écrit que «la manipulation consciente, intelligente, des opinions et des comportements des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme secret de la société forment un gouvernement invisible qui exerce véritablement le pouvoir» [2].


Le vrai pouvoir


Bernays n’invente rien. Le travail des firmes a façonné les grandes tendances de notre société contemporaine. Nous n’avons qu’à penser à l’automobile. Elle s’est imposée dans notre mode de vie par le soutien de General Motor, Firestone et Sandard Oil, qui décidèrent, dès le début des années 20, de s’attaquer aux tramways. Pour y arriver, la National City Lines fut créée dans le but d’acheter les lignes de tramway des grandes villes. Chose dite. Chose faite. Ce moyen de transport est disparu complètement dans les années 50. Le tabagisme! En 1929, Edward Bernays et son équipe ont placé de jeunes femmes parmi la foule qui observait le défilé pascal de New York. Elles attendaient le signal pour sortir des cigarettes cachées sous leurs vêtements, devant des journalistes et des photographes informés que les suffragettes feraient un geste d’éclat. Cet événement fut médiatisé par les journaux et la radio, ce qui provoqua une explosion des ventes de cigarettes, au grand plaisir de l’American Tobacco Co., le client de Bernays. Le 18 juin 1954, la CIA a participé à un putsch contre le président du Guatemala, Jacobo Arbenz. Un renversement politique en réaction à une campagne d’Edward Bernays organisée pour United Fruit Compagny, ce marchand et cultivateur de bananes dont les terres en friche furent réappropriées par le gouvernement guatémaltèque. Les relations publiques ont aussi oeuvré à l’invasion des Beatles en s’inspirant des travaux de Walter Lippmann afin de construire un mur de communication entre le célèbre groupe de Liverpool et le public étasunien. À cette fin, le 7 février 1964, de milliers d’amateurs des Beatles se regroupent à l’aéroport John F. Kennedy de New York, dont  des jeunes femmes qui feignent l’hystérie à quelques mètres des photographes et des journalistes, lorsque le Fab Four descend de leur avion. Enfin, le 14 octobre 1990, la firme de relations publiques Hill & Knowlton réussit un coup d’éclat en faisant accepter aux Étasuniens l'idée d’une intervention militaire des États-Unis en Irak. Pour y arriver, l’infirmière Nayirah al-aba verse quelques larmes devant le Congrès, en rappelant que lors de sa visite d’un hôpital du Koweït, le 2 août 1990, elle a vu des poupons être retirés d’incubateurs et maltraité par les troupes irakiennes de Saddam Hussein. Par la suite, le président George Bush ordonne des bombardements de l’Irak.


 


Berrnays a beau affirmer que «la manipulation consciente, intelligente, des opinions et des comportements des masses joue un rôle important dans une société démocratique», la réalité nous montre de plus en plus le visage d’une société qui se désintègre.


 


L’automobile pollue. Le tabac tue.  Le renversement du gouvernement de Jacobo Arbenz à induit la notion d’interventions militaires économiquement et socialement acceptables, pour protéger les gains de transnationales, malgré 36 ans de guerres civiles qui firent près de 250,000 décès. L’invasion des Beatles a ouvert la porte à une industrie culturelle britannique politiquement désengagée, alors que les conflits au Vietnam sévissaient. Pour ce qui du témoignage de Nayirah al-aba mis en scène par Hill & Knowlton, on apprend, 100,000 victimes plus tard, qu’il est faux. L’infirmière est en réalité la fille de Saud bin Nasir Al-Sabahl, l’ambassadeur du Koweït à Washington. Un mensonge qui a porté son écho jusqu’au 11-septembre, avec pour conséquences, des restrictions, des lois oppressives, des mesures servant à encadrer et connaître les citoyens et des bacchanales qui s’organisent, dans l’insouciance générale.


 


Et ça continue. En 2005, la firme Hill & Knowlton s’est retrouvée autour du chef du Parti libéral du Canada (PLC) Paul Martin, alors qu’il occupe le siège de premier ministre du Canada. La firme accompagne près de «200 lobbyistes» représentant les pétrolières «Shell» et «Impérial Oil» et la boîte de communication «Earnscliffe» [3]. Mais encore, en 2017, l’ex-ministre du Patrimoine Mélanie Joly s’acharne à refuser de taxer Netflix, au point de laisser des doutes sur son intégrité. Est-ce à cause qu'elle a tenu la barre de la firme de relations publiques Cohn & Wolfe, entre 2009 et 2013, propriété de Young & Rubicam qui est contrôlée par le WPP Group de Londres de Sir Martin Sorrell? Cet invité du Bilderberg en 2005, qui gérait la croissance de Netflix en Europe à partir de Jersey, des îles Anglo-normandes servant d’abris fiscaux, avant de quitter WPP en avril 2018.


 


Nous ne pouvons oublier National. Cette plus importante firme de relations publiques au Canada a œuvré à la création de Molson-Coors le 9 février 2005, aux affaires de la famille Desmarais (Power Corporation), en plus d’avoir eu pour client la ville de Laval entre 1998 et 2013, alors qu’elle était dirigée par Gilles Vaillancourt, un politicien accusé de gangstérisme. Un travail qui a coûté 8,57 M$ aux contribuables lavalois, entre 2002 et 2013, pour on ne sait quoi. National a aussi eu pour employé Luc Lavoie, avant qu’il quitte le navire pour Quebecor en l’an 2000, pour ensuite sauter à l’eau le 5 juin dernier, afin de rejoindre Cogeco en août 2018. C’est la même firme qui nous impose un regard critique sur l’apport des médias à la propagande des firmes. En décembre 1999, la chaîne de restaurant rapide Mc Donald est un client de National, lorsque des salariés syndiquent le restaurant de la rue Peel de Montréal. Pour répondre aux réactions antisyndicales de Mc Donald, le défunt journal La Presse de Power Corporation publie un texte élogieux sur la chaîne de restaurant. Rien d’étrange, puisque le président et éditeur de La Presse se nomme Roger D. Landry. Il est un proche camarade de Luc Beauregard (1941-2013), le fondateur de National.


 


Élections Québec


Nous pouvons maintenant revenir au bonheur de Philippe Couillard. S’explique-t-il par des partouses avec des firmes de relations publiques, comme je l’insinuais au début du texte?  Ce petit lapsus, qui est sorti de la bouche du premier ministre, risque d’accentuer cette impression:  


«Des choses qu’on peut monter aux citoyens pour lui faire croire... le convaincre plutôt...»[4].


Pour Sigmung Freud, l’oncle d’Edward Bernays, cette substitution d’un mot par un autre serait causée par un désir inconscient. J’irais plus loin en affirmant qu’il s’agit d’un refoulement de ce que Philippe Couillard nous cache. Rappelons sa relation ambiguë avec Arthur Porter (1956-2015), un fraudeur qui fut copain de W. Bush. Les mensonges que c'a impliqués et la création, en juin 2010, d’une coquille vide avec ce dernier, connue sous le nom de Porter, Couillard et associés. Nous avons aussi la célèbre Commission Charbonneau sur la corruption et les malversations lancées de peine et de misère le 19 octobre 2011 par le premier ministre Jean Charest. Sous Couillard, cette propagande a été utilisée pour nous faire croire que le soudoiement et le bradage n’ont jamais existé au PLQ. Elle a ouvert la porte à des détournements majeurs de l’information servant à faire croire  que le vrai crime relève du comportement des Québécois nationalistes. Ces personnes «racistes», ces «extrémistes de droite», ces raconteurs de «fausses nouvelles», ces «populistes» et ces «fascistes» dont le droit de parole nuirait à la démocratie.


 


Bien avant que nous entrions dans cette ère de propagandes gouvernementales et médiatiques, Walter Lippmann affirmait qu’il faut faire en sorte que «les hommes responsables puissent vivre sans craindre d’être piétinés ou encornés par le troupeau de bêtes sauvages» [5]. Des mots pour nous rappeler que la tendance du PLQ, de certains médias et d’organisations non gouvernementales (ONG) à frapper sur les Québécois, dés qu’ils s’expriment, laisse penser que nous sommes devenus ces bêtes sauvages et que les gueuses qui se prêtent aux jeux des saturnales sont les hommes responsables.


 


Que dire de ce vote de la jeunesse? Il fut mis de l’avant par Alexandre Taillefer, avant de s’imposer dans les médias suite à la rencontre des quatre chefs de partis à l’Université Concordia du 17 août, organisée par le journal Le Devoir et l’Institut du Nouveau Monde. Une stratégie pour fabriquer l’idée d’une victoire-surprise du PLQ, le premier octobre, qui rappelle le soutien au restaurant Mc-Donald de la rue Peel. Plus précisément une mise à jour de la psychologie des foules qui a marqué le mouvement antidémocratique étasunien du siècle dernier. Cette psychologie fut abordée scientifiquement par Gustav Le Bon (1841-1931) et Wilfred Trotter (1872-1939) avant que Walter Lippmann et Graham Wallas (1858-1932) poursuivrent les recherches [6]. Elle précise que la mentalité individuelle est différente de la collective. Que les capacités psychiques des individus changent lorsqu’ils se regroupent. Ainsi, en connaissant les mécanismes de l’esprit collectif, on pourrait manipuler les foules.


 


Et n’allez pas croire que le PLQ est entré en élection sans qu’on ait préalablement mesuré les effets de cette manipulation sur les Québécois et l’efficacité de certains médias. Les manifestations contre SLĀV de Robert Lepage et Béatrice Bonifassi ont reposé sur la même psychologie des foules. À cette fin, de jeunes personnes ont occupé l’espace public et médiatique, comme l’ont fait les suffragettes de la cigarette et les fillettes qui attendaient les Beatles. Elles ont claqué les dents et versé des larmes devant des médias pour exprimer leurs indignations, comme l’a fait Nayirah al-aba. Elles se sont comportées comme les fossoyeuses de la nation dignes des débiles qui ont renversé le gouvernement de Jacobo Arbenz, pour mieux protéger les gains d’un producteur de banane. Rien d’autre qu’une jeunesse libérale, majoritairement anglophone, globaliste et un peu idiote, qui s’est attaquée à des gens plus âgés qui désiraient assister à une représentation de SLĀV. Les marionnettes parfaites pour animer des conflits générationnels en frappant sur ces Boomers «racistes» et «extrémistes de droites» qui ne voteront pas pour le PLQ.


 


Mais encore, il y a cette impression que le PLQ troque les données personnelles des Québécois contre un soutien électoral, afin de pouvoir tenir des élections, sans devoir comptabiliser le travail de firmes dans le compte des dépenses. Pour préciser ma crainte, je dois revenir sur des informations publiées dans La Liste[7]. En mai 2015, le journaliste Fabien Deglise nous informait que «les principaux sites Web des hôpitaux du Québec, dont celui du CHUM et du CUSM, transmettent des données personnelles sensibles sur leurs visiteurs à des entreprises privées spécialisées dans l’analyse et le profilage des internautes […] des entreprises, souvent américaines comme Google, AOL, Datalogix, BlueKai, DoubleClick, Addthis» [8]. Mais encore, dans le texte Hydro-Québec, vos bobettes et Condoleeza Rice, Mario Dufour nous renseignait, en mai 2014, que les «métadonnées des fameux compteurs numériques de Hydro Québec de Langis+Gyr sont traitées par C3 Energy» où siège «Condoleeza Rice», alors que la sécurité des données de compteurs est «assurée par la solution Gridstream RF», utilisateur des «algorithmes cryptographiques développés par la firme de cybersécurité RSA […] complice, sinon infiltré par la NSA» [9].


La privatisation d’Hydro-Québec


Le PLQ lance aussi des ballons pour garnir les banques de données de ses copains. Ni plus ni moins des fausses nouvelles qui s’étendent à l’aide de médias et de réseaux sociaux. Une stratégie qui permet de compiler les réactions des citoyens, en fonction de leurs opinions, arguments, oppositions ou soutiens à un projet. Leurs capacités à changer d’idée lors de campagnes de firmes de relations publiques. Je pense ici à la privatisation d’Hydro-Québec. Au milieu d’avril 2014, elle fut proposée comme une décision inévitable, par le ministre des Finances Carlos Leitão. Une information qui fut ensuite contredite par Philippe Couillard. Entre les deux interventions, des occasions pour commenter, réagir et formuler des idées qui permettent de raffiner la manipulation de l’opinion publique. Un regroupement du PLQ, de médias et d’ONG pour refaire le coup de la National City Lines. Nous «faire croire» qu’on pourrait acheter des fragments d’Hydro-Québec dans le cadre d’une privatisation partielle, pour qu’on puisse un jour accepter de liquider Hydro-Québec.


Nous ne savons pas quand Hydro-Québec sera privatisé ni comment. Je sais seulement qu’il y aura des firmes sur le dossier qui useront des moyens nécessaires pour nous faire avaler la couleuvre. Ce jeu aurait très bien pu débuter en 1992. À cette époque, le PLQ de Robert Bourassa (1933-1996) est au pouvoir et la société d’État se positionne sur la scène internationale. Avec l’enclenchement de la phase II de la Baie-James (Grande-Baleine), la réputation d’Hydro-Québec et de la Belle Province est soudainement ternie, ce qui s’accompagna d’interventions médiatiques qui proposaient la privatisation. Derrière ce théâtre, nous retrouvions «Hill & Knowlton» au service de «réseaux internationaux existants de groupes défendant l’environnement et les droits de l’homme», dont Robert Kennedy Jr. pour appuyer les Cris. Le tout téléguidé par le «Grand Conseil des Cris à Ottawa» [10].


Un peu plus tard, vers 1993, un mystérieux groupe sabote des pylônes électriques appartenant à Hydro-Québec. Le jeudi premier avril de l’année 1993, arriva cette impression de vivre le retour du Front de libération du Québec, lorsque Christian Claveau, député d’Ungava élu au Parti québécois (PQ), questionne la vice-première ministre libérale Lise Bacon sur un texte du journal La Presse qui informe que le «groupe paramilitaire Q-37 menaçait d’assassiner [Claude] Ryan. Vous conviendrez que c’est quand même une accusation plutôt sérieuse», il ajouta [11]. L’article en question traitait d’une enquête de la Sûreté du Québec (SQ) qui avait «abouti, le 8 mars, à l’arrestation pour complot de trafic d’armes» de deux membres du Q-37. Un groupe «qui menaçait d’assassiner le ministre de la Sécurité publique, Claude Ryan et de «faire sauter» des réserves indiennes». Bref, le Q-37 «donnait au ministre Ryan un délai de 90 jours, soit jusqu’à la fin février, pour «régler la situation». «Après cette date, le ministre Ryan sera tué et des réserves [indiennes] vont sauter»» [12].


Le 8 mars 1993, les écoutes téléphoniques de la SQ mènent à l’arrestation d’Herman Delorme et de Jean-Pierre Vinet (1949-1994), chef de projet à Hydro-Québec, sous des accusations de complot pour le trafic d’armes prohibées. Un mandat d’arrêt fut produit sous la même accusation contre Luc Jouret (1948-1994), un Européen camarade de Delorme et Vinet. Tous les trois durent verser une amende de 1000 $ à la Croix-Rouge. Une peine plutôt bizarre, puisque le Q-37 était sous le parapluie d’un ordre ésotérique rappelant les Templiers, ces soldats du Christ qui furent à l’origine de la première organisation hospitalière qui a donné naissance à la Croix-Rouge. Il s’agissait de l’Ordre du Temple solaire (OTS).


Relations publiques? Après avoir séduit une vingtaine d’employés d’Hydro-Québec, en octobre 1994, des incendies se déclarent au Québec et en Suisse en emportant 53 membres de l’OTS. Parmi les victimes, les cadavres calcinés de Jean-Pierre Vinet et Luc Jouret. Ce dernier avait fondé l’OTS avec Joseph Di Mambro (1924-1994), aussi disparu dans les cendres. Un suicide collectif? En Europe, des enquêtes démontrent clairement qu’il s’agit d’assassinats. Par qui?  Le 5 octobre 1994, Patrick Vuarnet (1968-1995), un des survivants de l’OTS, poste près de 300 lettres, avant de trépasser le 23 décembre 1995. Dans ces enveloppes, se retrouve La lettre des Templiers. Un texte qui dénonce le comportement du gouvernement du Québec, des médias et de la SQ. Bien que le PQ est au pouvoir depuis le 12 septembre 1994, elle accuse le premier ministre Robert Bourassa et Claude Ryan (1925-2004) d’avoir «commandité une opération particulièrement sale et douteuse pour masquer certains de leurs propres agissements» et affirme que «monsieur Ryan aurait été en personne manipulé et commandité par l’Opus Dei [...] groupe secret, dont les activités partout dans le monde relèvent plus du banditisme organisé à grande échelle que de celle d’élever les âmes». La Lettre ajoute qu’il faut constater l’état du monde pour être «convaincu de l’existence à l’échelle mondiale d’une organisation secrète maléfique soutenue par la grande finance décidé à faire taire ou a détruire tous ceux qui seraient susceptibles d’interférer à l’encontre de ses intérêts». Elle termine en accusant «directement et avec force les responsables de la Justice, des mass-médias et des gouvernements [québécois et français] pour enfin accuser tout ce beau monde d’assassinat collectif» [13].


Cette vielle histoire rappelle qu’en 1992, Serge Monast (1945-1996), le récipiendaire de nombreux prix, journaliste à la Presse libre nord-américain et célèbre complotiste qui a fréquenté Pierre Vallière (1938-1998) à la fin des années 70, a affirmé qu’Ottawa avait «créé une secte pour s’emparer d’Hydro-Québec». Vraiment! L’OTS possédait des propriétés à Ottawa et une à Toronto. Cette dernière servait de gîte à l’élite initiatique, plus précisément les initiés de la Fraternité blanche de la Rose-Croix. Est-ce que le Q-37 fut opéré en haut lieu? À la fin des années 90, Benoît Perron (1958-2015) croyait nécessaire d’entamer son travail d’informateur en pondant quelques textes sur les relations publiques dans le défunt journal Le Couac, pour mieux aborder les réseaux Stay Behind et les Think Tanks.


Les Stay Behind (rester derrière) sont des réseaux clandestins en cheville avec les services de renseignements qui infiltrent des organisations et des médias, trafiquent des armes et des drogues, utilisent des entreprises pour blanchir de l’argent et tuent, tout en étant à l'abri du bras de la Justice. Pour les Think Tanks (boîtes à idées), il s’agit d’un genre de Four Minutes Men qui occupe le maximum d’espace médiatique et journalistique, pour promouvoir des privatisations, dont celle d’Hydro-Québec. Bref, nous sommes ici devant des groupes qui ont les moyens pour mener à terme des dossiers lourds d’implications politiques, en ayant aussi la capacité d’organiser un chaos social.


De l’autre côté de l’océan, des enquêteurs et auteurs affirment que l’OTS était manipulé par deux Stay Behind de l’OTAN: Luc Jourret et Joseph Di Mambro. Qu’ils auraient ainsi participé à un trafic de plutonium vers l’Iran, qui provenait des réacteurs atomiques d’Hydro-Québec, dont la fermeture du dernier (Gentilly-2) fut confirmé par la première ministre Pauline Marois du PQ, lors du comité des ministres du 20 septembre 2012.  Au moment de conclure ce texte, personne n’a confirmé cette information, malgré mes demandes par courriels. Que penser? René de Vailly, l’auteur du livre La Vérité sur l’ordre du temple solaire (1995), m’a informé qu’un membre toujours vivant de l’OTS aurait fait de nombreux voyages à Tel-Aviv (Israël), souvent accompagné par Di Mambro. Une nouvelle sanctionnée par «David Levy» (pseudonyme?) un type arrivé au Québec en 1995, via l’Angleterre, pour enquêter sur les drames de l’OTS, et qui semblait agir en tant qu’agent du Mossad, un service d’espionnage israélien. Ce membre est Michel Tabachnik, un compositeur et chef d’orchestre français. Le 25 juin 2001, il a été relaxé de l’accusation de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime.


Cette histoire a remonté à mon esprit lorsque j’ai vu le visage d’un bonhomme tout autant heureux que Philippe Couillard, dans le cadre de la bisbille entre Éric Martel, le président-directeur général d’Hydro-Québec et le PLQ. Son nom est Micheal Penner. Il s’agit d’un ami de notre cher premier ministre qui fut placé par ce dernier au poste de président du conseil d’administration d’Hydro-Québec, le 8 octobre 2014. Comme il fallait s’y attendre, ce fut une occasion pour lancer un autre ballon, en confirmant qu’Hydro-Québec ne sera pas privatisée. Le 22 mai 2017 suivant, un accord de cybersécurité fut signé en Israël entre Hydro-Québec et Israel Electric Corporation (IEC), en présence de Philippe Couillard, Micheal Penner, le vice-président principal, chef de l’information et des communications d’IEC, Yosi Shneck et le président-directeur général d’IEC, Ofer Bloch. Un contact gardé secret, qui garnira les banques de données des firmes et du gouvernement israélien. Un refus, malgré la «Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels» de fournir une copie de l’entente, «y compris sous une forme caviardée» [14]. Mais encore, des «bêtes sauvages» pensent que cet accord place la société d’État dans une très mauvaise position, car en se collant à IEC, elle se place sous le parapluie du National Cyber Security Authority et les services de renseignement israéliens.  Une alliance qui peut être vue comme une fabrique du consentement d’actes de terrorisme contre les infrastructures d’Hydro-Québec. Mais encore, est-ce que cette histoire de trafic d’uranium vers l’Irak, une menace certaine pour Israël, est véridique? Si c’est le cas, que penser des Stay Behind de l’OTAN derrière l’OTS?


Permettez-moi d'éviter cette question en vous posant cette devinette: quelle est la différence entre un devin et une firme de relations publiques? Le devin voit l’avenir alors que la firme l'a crée en intervenant dans l’espace public. Et lorsque ces firmes sont les copains du bras armé de l’État, cela permet de rejouer à sa guise des scénarios dignes du renversement du gouvernement de Jacobo Arbenz par la CIA et des attaques contre l’Irak. Le PLQ joue sur ce terrain? En 2012, Jean Charest a exploité la crise étudiante du Printemps érable pour prédire un chaos social si le PQ de Pauline Marois était élu. Charest avait raison. Le 4 septembre 2012, le PQ a pris le pouvoir. Moins de deux heures plus tard, Richard Henry Bain traversait les barrières de sécurité de la SQ pour tenter d’assassiner Pauline Marois. Son arme s’est heureusement enrayée. Pendant ce temps, des gens se regroupaient à l’extérieur, dont une quantité impressionnante réagissait agressivement à l’élection du PQ. Un hasard libéral ou le travail de Stay Behind ayant la capacité d’organiser des manifestations violentes, des meurtres et des fraudes, sans craindre la Justice de son client?


En 2018, Couillard joue la même carte que Charest en 2012, en sortant l’épouvantail d’une paix sociale perturbée, si le PLQ perd le pouvoir le premier octobre prochain. Ces menaces devraient nous rappeler que nous sommes manipulés. Pour prix, alors que l’indépendance devrait se gagner en mettant autant d’effort pour l’atteindre que ceux qui la combattent, on tente de nous convaincre du contraire. Cela indique notre incapacité à faire la souveraineté, en refusant de conjuguer la création d’un pays, avec la liberté de penser. Les effets de cette dérive étaient drôles dans les années 70, moins en 2012, inquiétants en 2014 et très sérieux en 2018. Maintenant, nous devons plus que jamais monter le ton au nom de notre démocratie et nos droits, dénoncer, nous affirmer et avoir le courage de nos convictions nationales. Je le sais. Cela fait mal lorsqu’on croit que notre vie n’a pas de sens. Ça peut aussi nous accrocher un sourire au visage, si nous nous improvisons devins à notre tour, en prédisant un chaos social si le PLQ est réélu.




Références




  1. ^ BERNAYS, Edward, Propaganda, Lux, 2008, présentation par Normand BAILLARGEON, page XXI.

  2. ^ BERNAYS, Edward, Propaganda, Lux, 2008, page 1.

  3. ^ CASTONGUAY Alec, «Les marchands d'influences»,  Le Devoir, 15 et 16 janvier 2005.

  4. ^ Couillard le manipulateur : le lapsus révélateur !

  5. ^ BERNAYS, Edward, Propaganda, Lux, 2008, présentation par Normand BAILLARGEON, page XVI.

  6. ^ Ibid, page XV.

  7. ^ La Liste

  8. ^ DEGLISE, Fabien, «Des hôpitaux  infestés de «mouchards», Le Devoir, 5 mai 2015.

  9. ^ DUFOUR, Mario, Hydro-Québec, vos bobettes et Condoleeza Rice, 14 mai 2014.

  10. ^ SOYEZ, Dietrich, La baie James : Faut-il rapatrier ou mondialiser le débat?, 1995

  11. ^ Débat de l’Assemblée nationale, vol 32 - no 83, le jeudi 1er avril 1993, page 5814.

  12. ^ PELCHAT, Martin et HÉTU, Richard, «Le groupe paramilitaire Q-37 menaçait d’assassiner Ryan», La Presse, 1 avril 1993.

  13. ^ DE VAILLY, René La Vérité sur l’Ordre du temple solaire, Les éditions Quebecor, 1995, pages 73 et 75.

  14. ^ BDS Québec, Campagne contre l’entente HQ-IEC





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2 commentaires

  • André Lemay Répondre

    13 septembre 2018

    Tout d'abord Marc, un énorme merci. Complotite, maudite complotite. Mais une fois étayée, comme dans ton texte, comment peut-on l'appeler autre que intelligence dans son sens propre. Propre, au contraire de ce que tu nous expose. Merci encore de m'aider à continuer de progresser vers une meilleure intelligence des choses. Merci.


    • Marc Huber Répondre

      14 septembre 2018

      Merci pour vos commentaires. Personnellement, je crois que le texte aurait pu
      être plus aéré et préciser clairement les liens entre l'OTS et des stratégies de manipulations dignes des relations publiques et les Stay Behind. Trouver les bons mots et exemples pour faire comprendre que le PLQ oeuvre dans ce réseau. Le temps me manquait. Et vous savez, il y a aussi un prix. Lorsqu'on baigne dans cet univers, on fini toujours par être rattrapé par l'idée d'une intervention de ces Stay Behind vers la fin de la campagne électorale pour changer la tendance... Comment? Observons.