SLĀV

Une épidémie de psychose nationale frappe Montréal

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Tribune libre

Le 26 juin dernier, il y en avait près de 30 créatures qui grognaient après les personnes qui attendaient devant les portes du Théâtre du Nouveau Monde (TNM), pour assister à la première de SLĀV qui se donnait dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal (FIJM). Je croyais voir les zombies du film Les Affamés de Robin Aubert sur le point de dévorer le cerveau du metteur en scène Robert Lepage et de la chanteuse Béatrice Bonifassi pour les punir du crime de l’appropriation de la culture afro-américaine. Une idée folle qui repose sur la croyance qu’un Blanc ne peut interpréter des chants d’esclaves noirs. Le 3 juillet a suivi. Par solidarité avec les teignes de la résistance, le chanteur afro-américain Moses Sumney a décidé d’annuler son spectacle.  Enfin, le 4 juillet, alors qu’une température tropicale digne des champs de coton étouffait Montréal pour la journée de l’indépendance (des États-Unis), l’organisation du FIJM a retiré SLĀV de sa programmation.


Bienvenue au Nouveau-Québec. Moins d’un an après le 20 août 2017, ce jour où nous devions éviter de porter le drapeau du Fleur de lysé, si nous ne voulions pas être sauvagement battu par des Antifas, nous devons nous soustraire au désire de faire des interprétations raciales, à moins de courir après le trouble. Bienvenue dans un monde de fous qui déploie des vagues morales à travers le globe, à l’aide de réseaux sociaux, avant même que leurs victimes puissent s’exprimer librement. Ces vagues qui grandissent en regroupant des ignares qui répandent des rumeurs en s’habillant d’une corpulente cause morale, afin de masquer le rachitisme de leur raison.


La morale des ignorants


Il faut le préciser. Les personnes qui ont attaqué Lepage n’avaient pas assisté à une présentation de SLĀV. Moses Sumney a annulé son rendez-vous avec le FIJM, afin d’être solidaire avec une meute tout autant ignorante de l’œuvre de Lepage. Un droit de beugler, après ce que nous ignorons, qui fut abordé en septembre 2011 dans De la posture morale à la dérive grotesque de Fabien Deglise. Ce texte abordait les réactions de la communauté Facebook. «De manière épidermique» elle est sortie de «ses gonds pour dénoncer» cette petite phrase qui servit à promouvoir la bière alsacienne Boris, dont le brassage venait de débuter à St-Hyachinte:


«L'alcool tue lentement... mais on s'en fout parce qu'on n’est pas pressés!».


Cette vague de protestation était composée de gens qui ignoraient que l’auteur de cette phrase si scandaleuse était «Georges Courteline» (1858-1929). Un «dramaturge et romancier français qui tenait salon dans le Paris de la fin du XIXe siècle et qui, avec cette formule comico-éthylique, a inspiré quelques Bourvil, Fernandel et Pierre Dac au début du siècle suivant». Un phénomène qui rappelait du même coup le centenaire de la naissance de Marshall McLuhan (1911-1980). Dans les années 60, ce philosophe canadien voyait dans la multiplication des médiums de télécommunication un moyen pour donner de la «dignité aux idiots» en leur offrant l’occasion d’exprimer, sur les ondes des médias, leur «indignation morale». Le philosophe français Jean-Louis Servan-Schreiber a transposé la pensée de McLuhan dans notre monde moderne en affirmant que la technologie numérique «induit des réactions immédiates et instantanées, sans recul, sans réflexion». Ainsi, les réseaux sociaux nous rendraient peu enclins à réfléchir. Une préoccupation reprise par Jean-Jacques Stréliski. Cet ex-publicitaire et professeur associé aux HEC de Montréal, ajouta que «la vague morale qui vient de s'abattre sur la bière Boris [...] confirme l'entrée de notre époque dans l'ère de «l'idiocratie»»[1].


Ce mot fait référence au film Idiocratcy (2006). Il s’agit d’une comédie satirique de Mike Judge qui lie l’Amérique de l’an 2505 à une nation d’imbéciles qui conjuguent la morale avec le grotesque et la censure. Un monde où les idiots occupent les pouvoirs décisionnels. Un monde où les créateurs ne peuvent se défendre, sans risquer des contrecoups. Un monde qui transmet les échos de banalités et de mensonges en évitant toutes critiques des autorités en place, même si elles sont composées de demeurés. Un Nouveau-Québec qui nous rappelle que lorsque nous conjuguons le droit de manifester et de s’exprimer avec l’ignorance, nous participons à la création d’un univers grotesque.


Dans Idiocraty, cela se traduit par la liberté d’accuser la personne la plus intelligente des États-Unis d’avoir un comportement étrange et de parler drôlement… Dans le cas de SLĀV, cela revient à inculper Béatrice Bonifassi et Robert Lepage du crime d’une «appropriation culturelle».  Mais encore, ce qui inquiète n’est pas le non-sens de ce reproche, mais les réactions politiques et médiatiques qui ont suivi. Le PLQ se devait d’intervenir pour tempérer les manifestants et défendre le travail de Bonifassi et Lepage. Pas de Philippe Couillard. Pas la moindre ombre de son conseiller d’élection, généralement bavard, Alexandre Taillefer. Seulement un petit texte de la petite ministre de la Culture, Marie Montpetit, arrivé après l’annulation de SLĀV. Du côté des médias, ils ont prêté le microphone et la caméra à des ignorants, contribuant ainsi à faire gonfler la vague grotesque qui a noyé SLĀV.


Opération dénationalisation


Ne croyez pas que je tente d’accuser les opposants à SLĀV d’être des idiots. Je dois par contre préciser que certains ont réussi à s’offrir, dans l’esprit de Marshall McLuhan, un petit 15 minutes de gloire médiatique pour exprimer leur indignation morale. Le premier cas qui me vient à la pensée est celui de Lucas Charlie Rose, l’organisateur de la manifestation du 26 juin. Rose est un talentueux artiste multidisciplinaire de la scène hip-hop de Montréal qui partage les valeurs étasuniennes du Black Lives Matter (BLM), une ONG racisée qui fut fondée aux États-Unis en 2013, en souvenir des Black Panthers, une association de marxistes et d’anti-capitalistes Noirs qui fut active entre l’an 1966 et 1982.


LE BLM n’est pas n’importe quoi. Dès sa création, l’OGN s’est présentée comme un protecteur des droits des Noirs, en réaction à la violence et au profilage racial. Par la suite, il a glissé vers la dénationalisation des États-Unis, en souillant des monuments historiques. Le Taureau de Wall Street? Oublions les animaux à corne. Sur la longue liste, nous retrouvons la statue de Thomas Jeferson, nichant à l’Université de Charlottesville, qui fut peinte de noir en septembre 2017. Auparavant, en août 2016, la statue rendant hommage aux soldats et marins du Maryland qui se sont battus pour la Confédération, le monument honorant les femmes confédérées, celui rappelant la mémoire les généraux Robert E. Lee et Thomas. J. Jackson et celui du  président de la Cour suprême des États-Unis durant la guerre de Sécession, Roger B. Taney, ont tous été souillés par des graffitis[2].


En 2016, le BLM s’est étendu vers Toronto, pour rebondir vers Montréal, via une première manifestation pacifique tenue au FIJM, le 2 juillet 2017. Un an plus tard, l’idée de l’appropriation culturelle fut utilisée pour opérer la même foutue dénationalisation qu’aux États-Unis. Sauf qu’au Québec, les revendications visent une plus grande présence de Noirs au théâtre et un changement du financement public accordé aux artistes.  Ç’a été un succès. «Lorraine Pintal [...] la directrice générale et artistique du TNM» va «désormais être plus à l’écoute de ce que cette communauté [afro-montréalaise] envoie comme message et lui donner plus de visibilité sur nos scènes». Une «sortie de Lorraine Pintal [qui] se fait dans un contexte ou le Conseil des arts et des lettres du Québec [CALQ] a indiqué que les évènements entourant SLĀV «alimentent les réflexions qui guideront certainement nos prochaines actions en tant qu’organisme de financement public»[3]». Mais encore, les Noirs qui se regroupent depuis sous le nom SLĀV Résistance aimeraient guider Robert Lepage pour qu’il puisse mieux répondre à leurs attentes. Ainsi, en moins de deux semaines, les critiques contre SLĀV ont fait germer l’idée que des «Afro-Montréalais» puissent se proposer comme la conscience du théâtre en orientant la création de Robert Lepage et éventuellement d’autres artistes québécois. Elles amènent le TNM a promettre d’ouvrir plus grandes ses portes à la communauté «afro-montréalaise» pendant que le CALQ désire modifier le financement des arts du gouvernement du Québec en fonction des besoins de ces mêmes «Afro-Montréalais».


Depuis plusieurs années, ces acquis trottaient dans l’esprit de deux autres partisans du BML. Il s’agit de Weil (Will) Prosper et d’Émilie Nicolas. Weil Prosper est un ancien étudiant en philosopĥie à Concordia qui fut un agent de la Gendarmerie royale du Canada avant de se tourner vers la réalisation de documentaires et de devenir le porte-parole de Montréal Noir, un groupe qui milite pour la création d'une commission sur le racisme systémique et le fondateur de Montréal-Nord Républik en 2008. Après s’être présenté comme candidat de Québec solidaire (QS) en 2012, il a défendu le budget de QS lors du débat sur l’économie en août 2012 ou nous retrouvions la ministre du PLQ Kathleen Weil. Il s’est aussi engagé dans la réflexion Faut qu’on se parle de Gabriel Nadeau-Dubois. Enfin, Prosper participe à l’émission Midi-Info de Radio-Canada en plus de réaliser des documentaires. Des activités publiques que ne l'ont pas empêché d’affirmer que les producteurs de SLĀV auraient dû consulter la communauté noire dès le début du processus de création.


Pour Émilie Nicolas, cette doctorante en anthropologie linguistique à l’Université de Toronto a complété son fellowship d'Action Canada, un réseau de dirigeants qui se soutiennent mutuellement dans leur travail pour le Canada. Elle milite en plus pour un Québec plus ouvert à la diversité culturelle et le dialogue interculturel au sein de Québec inclusif. En 2014, elle a reçu un prix du Gouverneur général du Canada dans le cadre de l'affaire «personne» (émancipation des femmes). Elle a aussi œuvré pour la Commission-Jeunesse du PLQ. Comme pour Weil Prosper, elle a pu dénoncer SLĀV sur les ondes de la SRC, lors d’une entrevue avec Vincent Champagne diffusée le 27 juin 2018.


Malgré ce profil édifiant des deux personnages, je ne peux que rappeler que la pire ignorance est celle que nous entretenons pour soutenir une mission qui repose sur de la hargne. Vous savez, cette tendance que nous avons à malmener un pour mieux défendre l’autre.  De le faire comme si les réseaux sociaux étaient la table d’un bar où nous pouvons prendre le temps de tuer une œuvre artistique, sans nous presser. Comme si le monde de la communication numérique était trop souvent sans recul ni réflexion, comme l’affirme Jean-Louis Servan-Schreiber!


Weil Prosper a «félicité tous ceux qui ont travaillé à faire annuler la pièce» sur sa page Facebook en plus d’avoir traité le député du Parti québécois (PQ) Maka Kotto de «nègre de service», alors qu’il réagissait négativement à l’annulation de SLĀV[4]. Bien qu’Émilie Nicolas fut moins volubile, en juillet 2016 elle défendit les manifestants du BLM de Dallas, malgré que Micah Xavier Johnson, un activiste du BLM qui affichait une haine viscérale des Blancs, ait profité de l'évènement pour tuer cinq policiers et en blesser sept. C’était dans le cadre de l’émission Matin de RDI. Un moment de télévision qui profita à la transmission de fausses informations concernant le ciblage des Noirs, par le support d’Émilie Nicolas et Weil Prosper, sans qu’aucune rectification ait été faite par RDI. Un comportement qui exigea la création d'une vidéo par Poste de Veille, afin de remettre la pendule à l’heure[5].


Dans la même foulée, le 2 juillet 2018, le lendemain de la fête du Canada, les camarades du BLM avaient une occasion en or pour démontrer qu’ils n’étaient pas essentiellement contre l’œuvre de Lepaqe. Le spectacle de Number 9, un groupe formé d’une vingtaine d’artistes québécois, célébrait le 50e anniversaire du White Album dans le cadre du FIJM. Ce disque double des Beatles a été approprié par Charles Manson (1934-2017), un authentique suprématiste blanc dont le père était un Afro-Américain. Comment? Manson avait lié des extraits de la Bible avec des paroles du White Album pour prédire une guerre raciale entre les Noirs et les Blancs. Une croyance qui provoqua les meurtres de six Blancs, dans l’intention d’accuser de ses crimes les Black Panthers. À cette fin, le sang de victimes servit à dessiner sur des murs l’emblème des Black Panthers et à inscrire le mot «Pig(s)» désignant une personne de race blanche chez les Black Panthers et aussi une référence à la chanson «Piggies» du White Album.


Était-ce plus acceptable qu’une interprétation de chants d’esclaves? Je pose la question, car personne n’a grogné à l’entrée du spectacle de Number 9. Pas même Weil Prosper, Émilie Nicolas ou Lucas Charlie Rose. Pas de réseaux sociaux. Pas de télévision. Pas de radio. Rien pour créer une vague morale. Les cadavres ambulants ont préféré continuer à s’attaquer à l’homme de théâtre qui a rendu hommage au Speak White de Michèle Lalonde, dans sa pièce 887 mise en scène en 2015, en oubliant le White Album des Beatles qui a inspiré le suprématisme blanc le plus connu de la planète.


Pour accompagner cette inconséquence, il y a le silence du PLQ de Couillard qui s’inscrit dans la même dénationalisation. Un soutien à l’anglicisation des services gouvernementaux et à la diffusion de comptines anglophones dans les organismes publics, dont la Société des alcools du Québec. Un laisser-faire qui permet d’angliciser les CEGEP et les universités. Un gouvernement Couillard qui affiche des pulsions racisées qui se comparent à celles des manifestants, en accusant les Québécois de faire preuve de racisme systémique à la moindre occasion qui se présente.  Mais encore, des médias suivent les rangs du PLQ en anglicisant le contenu culturel et en associant les nationalistes québécois à des extrémistes de droite. En offrant le microphone à des proches du BLM, cela commence à ressembler à une fabrication de l’opinion publique. L’art d’utiliser des Noirs pour opérer le braquage des Québécois. L’art de remplir le vase vide du BLM de n’importe quoi, puisque cette ONG n’est pas subordonnée à une hiérarchie ou une administration. Ce qui rend chaque cellule indépendante des autres et leur donne la liberté de réaliser leurs objectifs et associations en fonction de leurs besoins locaux.


Continuons avec cette question: La volonté à repenser le financement de la CALQ en fonction des besoins d’Afro-Montréalais était-elle au menu du gouvernement avant que des ignorants se pointent devant le TNM pour associer SLĀV à une œuvre raciste? Le PLQ conjugue la dénationalisation avec une «affection mentale caractérisée par une aliénation profonde de la personnalité et des fonctions intellectuelles». Une psychose, selon le dictionnaire Larousse. Plus précisément une psychose nationale caractérisée par une folie hallucinante dirigée contre le Québec, sa culture et sa langue. Cette peste de l’esprit contamine le grand Montréal au point que cette ville des nids de poules se compare à un cheval de Troie servant à la dénationalisation du Québec. Sans être qualifié pour détecter cette psychose nationale, je me risque tout de même d’affirmer que je pense que les manifestants du 26 juin étaient atteints par ce mal. Des Noirs! Plutôt une majorité de Blancs anglophones qui accusaient les spectateurs qui entraient par la porte du TNM, d’être des «racistes» et des «suprématistes». Près de 30 cadavres ambulants supportés par des milliers d’ignorants, des médias et le gouvernement Couillard. Des personnes qui cadraient plus avec la jeunesse du PLQ, le Quebec Public Interest Research Group (QPIRG) de l’Université Concordia ou le Quebec Community Group Network (QCGN), une ONG fondée en 1995 pour angliciser le Québec, qu’avec le BLM.


On se croit presque confronté à une stratégie de la confusion qui repose sur l’art de présente un décor aux liens discutables, pour éviter d’en discuter en raison de sa complexité et du fait que son traitement médiatique dépasserait largement les deux minutes allouées à une information, à moins d’oublier le nombre impressionnant d’anglophones qui ne peuvent articuler le mot «Lepage» sans s’étouffer et la possibilité que des Noirs jouent le rôle de «nègre de service», citation de Weil Prosper énoncée plus haut. C’est confondant pour une autre raison. En délestant l’actualité de ses irritants, on peut plus facilement créer une vague morale selon les besoins de l’idiocratie.


Relations publiques


Comment? Depuis bientôt 100 ans, des firmes de relations publiques placent des acteurs dans les espaces collectifs pour changer les opinions, fabriquer le consentement de nouvelles politiques et faire adopter de nouvelles habitudes de consommations. En 2018, l'accès aux réseaux sociaux permet à ces firmes de façonner des vagues morales aux effets surprenants, ou encore, à des groupes de pression de reproduire des stratégies d’encerclement éprouvées par ces firmes. La plupart du temps, cela exige une coopération avec des journalistes de médias, des ONG et l’État. Le dossier SLĀV répond à ce besoin, en unissant le BLM, le PLQ et des médias. Une alliance répondant à un besoin d'attaquer la nation québécoise, en plaçant la bêtise des idiots dans le malaxeur médiatique et politique, pour en faire une purée morale servant à nous gaver de l’idée que nous devons nous adapter aux demandes de minorités raciales et linguistiques.


Qui tient les ficelles? Je suis sans réponse. Je constate par contre que le PLQ rêve de créer un Nouveau-Québec en fonction des politiques du Parti libéral du Canada de Justin Trudeau. Un gouvernement canadien s’étendant vers l’avenir par le soutien de groupes tels Action Canada, pendant que sa politique migratoire répond à l’Open Society Foundation du milliardaire hongrois George Soros. Une ONG qui finance d'autres ONG qui sont actives sur les réseaux sociaux, dont la rumeur que 33 M$ auraient été donnés au BLM. De l’autre côté, un PLQ qui fraye avec des ploutocrates mondialistes affichant les mêmes ambitions. Une tendance qui se précise par la présence de Dominique Anglade, la vice première ministre du Québec et ministre de l’Économie, des Sciences et de l’Innovation, au sommet du Bilderberg de 2018, après le passage de Micheal Sabia en 2017.


Nous ne pouvons omettre d'ajouter les Canadiens anglais qui vivent au Québec. Kathleen Weil, la ministre responsable de l’Accès à l’information et de la Réforme des institutions démocratiques et ministre responsable des Relations avec les Québécois d’expression anglaise, agit comme une lobbyiste des anglophones. Une antagoniste du nationalisme québécois et de la langue française que des médias s’empressent à communiquer ses humeurs, comme ils le font pour soigner la communauté noire? Cette mission lui permet de travailler main dans la main avec le QCGN présenté plus haut. Rien de surprenant, puisque dès le 31 janvier 2008, des liens entre le gouvernement de Jean Charest et le QCNG se sont tissés. Ainsi, Sylvia Martin-Laforque a pu passer du QCGN vers le Conseil supérieur de langue française de notre merveilleuse idiocratie. Par la suite, le PLQ a débloqué de l’aide monétaire pour soutenir de nombreux groupes culturels racisés anglo-montréalais et intégrer les nouveaux arrivants Noirs au Canada anglais du Québec, toujours sous la tutelle de Kathleen Weil, alors qu’elle occupa le siège de ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, du 23 avril 2014 au 11 octobre 2017. Parmi les heureux bénéficiaires, nous retrouvons le Black Theater Workgroup (BTW) présenté dans J’accuse de Goy George[6].  Une troupe de théâtre dédiée exclusivement aux acteurs «afro-montréalais» anglophones qui est  soutenue par le CALQ et qui exploite un site Internet en anglais seulement.


Le Vieux-Québec


Il n’y a pas si longtemps, à peine quelques mois avant l’élection du gouvernement de Jean Charest, les critiques se déroulaient sous un ciel plus clément. J’ai pour exemple le film Le Nèg’ du réalisateur Robert Morin. En octobre 2002, son affiche publicitaire avait provoqué de vives réactions chez la Fondation canadienne des relations raciales de Toronto. Le regroupement trouvait choquant qu’on puisse promouvoir une production cinématographique à l’aide de l’image d’une statue de plâtre d’un jeune Noir portant une canne à pêche. Au Québec, Peter Flegel de Jeunesse noire en action désirait, de son côté, que le titre soit changé, puisse Le Nèg’ faisait référence au mot «nègre» utilisé par des Blancs racistes.


Je ne me demande pas si Weil Prosper ferait de l’appropriation culturelle en accusant Maka Kotto d’être un «nègre de service». C’est son droit et il était certainement informé de son impact. Ce qui me dérange est la montagne d’ignorance qui ne cesse de grandir sur le dos d'un mépris qui ressemble passablement à du racisme visant les Québécois. Heureusement, en 2002 aucune vague morale ne s’est élevée pour se rabattre sur Le Nèg’.  Nous avons pu ainsi savoir que ce film s’en prenait à l’ignorance et à la méchanceté de personnes qui s’acharnaient sur un jeune Noir. Pour ce qui est de la statue, elle n’avait rien d’offensante. «Elle trouva naissance au cours de la guerre d'indépendance quand George Washington voulut rendre hommage au courage d'un jeune Noir». Une statue reproduite lors de «la guerre de Sécession» qui a joué «un rôle de repère pour indiquer les maisons amies aux Noirs fuyant vers le nord»[7].


Avec l’aide d’ONG, de réseaux sociaux, de médias et de l’État, le film de Robert Morin aurait-il pu disparaître du grand écran, ou être obligé d’avoir pour titre La  trayeuse infernale et pour affiche la photo de l’entrecuisse d’un jeune Noir se faire siphonner, afin d’éviter la polémique? Je ne peux dire. Par contre, il y a à peine 30 ans, le contexte social et politique rendait impensable une réunion de profanes devant le TNM,  pour injurier, en anglais, les spectateurs qui désirent assister à une pièce de Robert Lepage. Tout autant pour l’idée d’utiliser une firme de relations publiques pour opérer une dénationalisation. Le grand Montréal n’était pas le château fort du PLQ et encore moins la souche d’une psychose nationale. Les médias ne plaçaient pas au centre de la nouvelle des ignorants pour créer des «fake news». Pour les ONG qui rêvaient d’adapter les Québécois à leurs besoins, elles étaient rares.  Il y avait surtout Alliance Québec qui servait les intérêts de la minorité canadienne anglaise du Québec qui se sentait oppressée par la loi 101 du PQ.


C'était le bon temps!!! Le 30 décembre 1988, alors que Kathleen Weil occupe le poste de directrice des Affaires juridiques d’Alliance Québec de 1985 à 1989, un incendie criminel s’est déclaré dans le local d’Alliance Québec de la rue Cressent. Ce drame aurait dû changer la mauvaise opinion des Québécois envers Alliance Québec. Ce ne fut pas le cas. Le 3 janvier 1989, Royal Orr, le directeur d’Alliance Québec, a joué avec la même foutue morale et ignorance que les manifestants contre SLĀV, sauf que cette fois, les accusations raciales furent remplacées par des charges ethniques et linguistiques afin de demander aux «francophones de s’élever contre cette montée du fanatisme», accusant du même coup les «[Gérald] Larose, [Jacques] Parizeau et [Gilles] Rhéaume de favoriser un climat de violence». Malgré son sermon, un type affirma sur les ondes de CKAC AM qu’il avait été payé 20,000 $ par Alliance Québec pour mettre le feu à leur local. L’affaire s’est éteinte rapidement. L’individu était sans doute un idiot qui cherchait un peu de dignité pour soigner son indignation morale. Par la suite, on apprenait de sources policières que l’auteur de l’incendie aurait possédé les clés du local d’Alliance Québec. Une intrigue qui se termina lorsque le Journal de Montréal annonça l'arrestation imminente de Royal Orr, «l'auteur de l'incendie criminel». Une bévue journalistique qui coûta 400 000 $ au Journal. À la fin de 1989, l’enquête s’est fermée sans la moindre incrimination[8]. Un quasi-modèle de justice du Nouveau-Québec, puisque le chef des pompiers qui enquêtait sur l’acte criminel était membre d’Alliance Québec. 


En février 1992, Alliance Québec n’avait plus rien d’un gentil Schtroumpf victime des méchants nationalistes québécois.  On apprenait dans le texte Vingt-deux arrestations au cours d’une importante saisie de drogue que Jeremy Hayes, le directeur du programme d'éducation d’Alliance Québec avait été impliqué dans une histoire d’importation de 819 kilos de haschisch et de 2,2 kilos de cocaïne, évalués à 9 millions de dollars[9]. C’était le bon vieux temps. À l’époque, la psychose nationale se concoctait dans le laboratoire canadien d’Alliance of the Preservation of English Canada (APEC). Je me souviens. Avant de se retirer de l’espace public, l’APEC désirait éliminer du Canada toute référence au français. Combien de ses partisans vivent à Montréal? J’aimerais avoir la réponse, puisque l’APEC était opposé à «l’immigration» et soutenu par «le Heritage Front, un groupe néo-nazi canadien»[10].


Aujourd’hui, le QCNG remplace Alliance Québec, sans son costume de repris de justice. Le PQ ne fait plus peur à personne alors que le PLQ laisse de nombreux signes d’une servitude à une nouvelle société mondiale qui exclue les Québécois. Devant cette réalité, le dossier SLĀV exige des efforts de notre part pour démolir les bases mêmes d’une manipulation de l’opinion publique. Réagir à la bêtise ne démontre aucunement des liens avec l’extrême droite. Pour ce qui est de la gauche, elle repose de plus en plus sur des principes moraux grotesques à rendre con. Le PLQ n’a rien à voir avec le centre gauche. Il est là pour diriger l’asservissement des Québécois en fonction des besoins d’oligarques mondialistes. Pour le QCGN et le BML, ils sont devenus les nids d’une psychose nationale que nous devrions soigner avec plus de culture francophone. Pour y arriver, il faudrait commencer par arrêter de s’excuser d’exister et oser se comparer. Ainsi, si une bande de tarés avaient accusé les spectateurs du Centaure d’assister à la pièce de théâtre d’un anglophone raciste, je crois que la vague morale n’aurait pas levé et que le PLQ serait intervenu contre les méchants racistes, avec l’accord de Kathleen Weil.


La réalité est autre. Pendant que la dénationalisation nous pousse vers l’idiocratie du Nouveau-Québec, SLĀV est entraîné vers le fond alors que le gouvernement respire par le nez. C’est comme si le PLQ était devenu le complice d’opposants à SLAV qui «pratiquent la même logique intégriste que ces islamistes qui accusaient Charlie Hebdo d’avoir caricaturé Mahomet» selon les mots de Christian Rioux[11]. Et ce n’est pas fini. Le 27 juillet, j’apprenais en lisant Kanata ne vivra pas de Jérôme Delagado, que Kanata, la pièce de théâtre de Robert Lepage et de la Française Ariane Mnouchkine qui devait être présentée à Paris en décembre 2018, avait été annulée.


Kanata faisait une relecture de l’histoire du Canada à travers les relations entre Autochtones et Blancs. Encore une fois,  la ministre de la Culture, Marie Montpetit, s’est manifestée après l’annulation de Kanata, Philippe Couillard a préféré se taire, de même pour Alexandre Taillefer. Pour remplir le vide, la Commission-Jeunesse du PLQ «propose au gouvernement d’intervenir pour que les minorités ethniques et les Autochtones soient mieux représentés dans les productions culturelles qui portent sur leur passé» et croit que les «organismes subventionnaires [le SOCEC et le CALQ] devraient inciter les producteurs et scénaristes à « inclure davantage les communautés minoritaires et les Autochtones dans le processus créatif des productions qui concernent leurs traditions culturelles et historiques»»[12]. Une récupération des dossiers SLĀV et Kanata qui sert à imposer un cadre de créations digne de 1984 de George Orwell ou de Idiocraty de Mike Judge!  Avant cette annonce des birbes de la politique provinciale, le bon temps revenait comme un vent de fraîcheur pour calmer la canicule. Ariane Mnouchkine s’obligera une petite vengeance théâtrale pour exprimer son exaspération. Et pendant que la résistance s’organise en France, au Québec, le chef du PQ Jean-François Lisé a affirmé que s’il était premier ministre, il défendrait Kanata.  Bravo! Pour Gabriel Nadeau-Dubois, député de QS, il a vu l’occasion «d’une discussion publique sur la place des minorités et des peuples autochtones sur la scène culturelle»[13].


Question idiote: En constatant l’absence de musique en français dans la majorité des commerces des comptés de Lisé et Nadeau-Dubois, serait-il possible de commencer par reprendre possession de notre espace culturel, avant de le partager? La musique québécoise est devenu un boulet pour les mondialistes et les promoteurs de la dénationalisation, alors que ce n’est qu'une question de temps avant que les idiots réservent le même sort au cinéma et au théâtre québécois. Ici et maintenant, à quelques jours du déclenchement de la campagne électorale, il faudrait que nous soyons une légion de grognons pour seulement avoir le droit d'écouter Mon amour était plus fort que ce qu'on voit dans les films de Dany Placard, en pensant à Manon Massé de QS ou encore Phil le pédophile des Roturiers en pensant à l'autre. 




Références




  1. ^ DEGLISE, Fabien, «De la posture morale à la dérive grotesque», Le Devoir, le 17 septembre 2011.

  2. ^ Charlottesville: Protesters cover Thomas Jefferson statue et Baltimore : des militants remplacent la statue du général Lee par celle d’une femme noire enceinte.

  3. ^ BOURGAULT-CÔTÉ, Guillaume, «Avec SLĀV, le TNM a eu sa leçon», Le Devoir, le 12 juillet 2018.

  4. ^ FORTIN, Steve E.,  «La «gauche inclusive» dérape...», Le Journal de Québec, le 7 juillet 2018.

  5. ^ Poste de Veille, Propagande et mensonge pro-Black Lives Matter de Québec inclusif.

  6. ^ J’accuse, Goy George, l’information concernée se retrouve à partir de 59 m 20 s.

  7. ^ TREMBALY, Odile, «Controverse autour du film de Robert Morin, Le Nèg' - Une affiche qui dérange», Le Devoir, le 19  octobre 2002.

  8. ^ SORMANY, Pierre, 1989 – L’affaire Royal Orr.

  9. ^ LÉGER, Marie-France, «Vingt-deux arrestations au cours d’une importante saisie de drogue», La Presse, le 29 février 1992.

  10. ^ Wikipedia

  11. ^ RIOUX, Christian, «L’«apartheid» culturel», Le  Devoir, le 6 juillet 2018.

  12. ^ PORTER, Isabelle, «Les jeunes libéraux se préoccupent d’appropriation culturelle», Le Devoir, le 9 août 2018

  13. ^ DELGADO, Jérôme, «Le spectacle «Kanata» ne vivra pas», Le Devoir, le 27 juillet 2018.




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1 commentaire

  • Martin Pelletier Répondre

    11 août 2018

    La dernière mouture de Notre Dame de Paris, qui est en tournée présentement au Québec, compte deux chanteurs noirs. Est-ce qu'il y avait des personnages noirs dans l'oeuvre de Victor Hugo?



    Très bon texte en  passant. Félicitations.