Reprise

Réflexions d'avant-congrès

PQ - XVIe congrès avril 2011


«« Une crise nationale
Réflexions d'avant-congrès
_ YVES MICHAUD
_ À Montréal, en cette vigile
_ du congrès plénier du Parti québécois
LeDevoir 5.5.00
Hier nécessaire, la souveraineté du Québec est désormais indispensable. C'est sur des communautés humaines comme la nôtre, incrustées dans une même histoire et une volonté de vivre un même destin collectif, enrichies de l'apport précieux de nouveaux citoyens, de toute race, confession et couleur, que prospèrent les nations, lieux privilégiés et irremplaçables d'une solidarité d'hommes et de femmes qui partagent les mêmes valeurs, parlent une langue commune et participent à la culture d'un ensemble collectif.

«La vérité, disait Jaurès, est que partout où il y a des patries, c'est-à-dire des groupes historiques ayant conscience de leur continuité, toute atteinte à l'intégrité et à la liberté de ces patries est un attentat contre la civilisation.»

La patrie québécoise a quatre siècles d'enracinement. Elle est là pour rester, durer, tenir, grandir et prospérer au rythme de son génie et de son extraordinaire résistance à l'assimilation. A chaque peuple sa muraille de défense. La nôtre n'est pas faite de pierres. Elle est faite de mémoire, de passé partagé, de refus obstinés et d'insoumission à toute forme de servitude. Elle est faite aujourd'hui de la langue de nos ancêtres, parlée et transmise de génération en génération, ciment indestructible de notre identité nationale, vecteur de notre accès à l'universel et rare lieu de convergence qui transcende les voix de discordance et de contradiction de nos débats démocratiques.
Les Etats généraux de la langue française sont une heureuse initiative avec le risque qu'ils servent de mur de lamentations à la minorité anglo-québécoise, la plus choyée du monde occidental. Mais ils ne doivent pas servir de repoussoir ni de détournement de débats au congrès national du Parti québécois de la fin de semaine. Pour une fois que les militants ont la parole après quatre ans de silence, il serait déplacé que la garde rapprochée du pouvoir fasse sentir sa lourde présence.
Les militants diront, entre autres choses, que nonobstant tous les états généraux du monde, le constat est avéré, têtu, brutal et terriblement inquiétant que la minorité anglo-québécoise assimile près de la moitié des immigrants reçus au Québec. Cette situation est intolérable, inacceptable, et elle ne peut ni ne doit durer. Notre peuple n'a pas le droit de se faire hara-kiri. Tout consentement paresseux au statu quo est une démission, une lourde hypothèque sur notre avenir. Lorsqu'un peuple est envahi dans son territoire, il n'est que vaincu. S'il est envahi dans sa langue, il est fini. Ne nous laissons pas impressionner par les adversaires acharnés de la langue française au Québec. La moindre concession qui leur est faite ne les amadoue pas, elle les enhardit!
J'entends encore aujourd'hui, 30 ans après l'adoption de l'insoutenable loi 63, des voix frileuses et complaisantes évoquer l'hérétique liberté de choix en matière de langue d'enseignement public aux immigrants. Trouvez-moi un exemple au monde où cette liberté de choix existe? Tous les pays soucieux de leur pérennité intègrent leurs nouveaux venus aux valeurs fondamentales de leur civilisation. Jusqu'à la plus grande puissance de la planète, les Etats-Unis d'Amérique, dont la Chambre des représentants adoptait le ler août 1996, par un vote de 259 contre 169, l'anglais comme la langue officielle du gouvernement de ce pays. A ce jour, trente Etats américains ont décrété la langue anglaise langue officielle sur leur territoire.
L'école primaire, secondaire, d'enseignement général et professionnel est le premier passage obligé de l'intégration des immigrants à la collectivité québécoise. C'est d'abord là et avant tout que se joue notre destin. Il faut revoir la Charte de la langue française pour élargir l'enseignement obligatoire en langue française à ces trois degrés de notre système scolaire. Le français ne deviendra jamais la langue d'usage et de travail de nos concitoyens si nous hésitons à prendre d'urgence cette, mesure indispensable. Les Montréalais constatent tous les jours l'érosion de leur langue et l'affaiblissement de son pouvoir d'attraction. Notre langue est malade, atteinte d'anémie pernicieuse, dans la deuxième ville de langue et de civilisation française du monde. Tôt ou tard, la maladie se propagera à toutes les régions du Québec.
Je suis fatigué de dire les mêmes choses urbi et orbi depuis plus de quarante ans et j'espère que je n'assisterai pas durant les jours qui me restent à vivre à un «Munich linguistique», à des coupables apaisements, à des suites de compromis et de compromissions devant le danger d'érosion de notre langue. Churchill disait de Chamberlain et Daladier, dirigeants de l'Angleterre et de la France en 1938, qu'ils avaient sacrifié leur honneur à Munich devant Hitler, pensant obtenir la paix en lui accordant concessions sur concessions. Résultat: ils n'obtinrent pas la paix mais eurent à la fois la guerre et le déshonneur.
Fassent le Ciel et les militants du Parti québécois que l'histoire ne bégaye pas!
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