Référendum de 1995 : une tricherie justifiée !

Évidemment qu'Ottawa a triché. C'est la moindre des choses. Le contraire eut été franchement vexant.

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Option Canada - Rapport Grenier - les suites


(Photothèque Le Soleil) - L'émoi du poulailler souverainiste après les «révélations» des dépenses frauduleuses du camp du Non lors du référendum d'octobre 1995 était prévisible. Mais que les renards «purs et durs» en rajoutent ? Plutôt navrant. De Lorimier, sur la potence, n'a pas pleurniché un "c'est trop injuste". Il avait un sens de l'État qui s'est décidément perdu.
Évidemment qu'Ottawa a triché. C'est la moindre des choses. Le contraire eut été franchement vexant.
La souveraineté de l'État et l'intangibilité de ses frontières sont depuis plus de trois siècles les pierres d'assises de l'ordre international. Aussi, le sécessionniste — fut-il de la variante dite «démocratique» — ne diffère guère de l'envahisseur. Car l'un comme l'autre représentent une menace directe à l'intégrité territoriale de l'État, et, partant, à l'ordre international établi. Ils sont, règle générale, traités à l'avenant, sans que personne ne s'en formalise outre mesure.
S'il est entendu que l'intégrité territoriale se défende manu militari s'il le faut, on ne s'étonnera pas que nombre de mouvements sécessionnistes sont de fait des insurrections armées. Même lorsque le processus sécessionniste est exceptionnellement pacifique, il se trouve bien quelques chars au centre-ville pour sauver les apparences, comme à Vilnius en 1990. Les divorces de velours demeurent l'immense exception.
Que les fédéraux s'en tiennent à signer quelques chèques pour défendre leur pays est bien la preuve qu'ils ne prennent plus la menace québécoise très au sérieux. On conviendra que maintenir unis 10 millions de kilomètres carrés pour 539 000 $, ça revient pas cher l'acre.
La défense de l'intégrité territoriale d'un État participe à une logique planant loin au-dessus du respect des lois de l'entité sécessionniste.
Rêve-t-on en couleurs au Québec ? Le fédéral va regarder la maison Canada brûler en se disant : «Si seulement j'avais le droit d'enfoncer la porte» ? Voyons donc ! Il va l'enfoncer cette porte, et tout le quartier va l'en féliciter. De fait, il a l'obligation morale, face à la communauté internationale, d'éteindre l'incendie. C'est bien son inaction qui lui serait vertement reprochée.
Un régime ne se défend pas comme une option. Il dispose d'un registre de moyens nettement plus étendu. Il a le droit de son côté. Sans compter la force. Plutôt que de s'autoproclamer «exception démocratique», le mouvement indépendantiste québécois devrait prendre acte de la radicalité de cette réalité. Pour espérer gagner, il doit de débarrasser de cette désespérante candeur fleur bleue et cette débilitante attitude fair-play héritées des sixties. Difficile, toutefois, de «jouer dur» et de répondre coup pour coup lorsque l'on dispose d'à peine 40 % d'appuis. Et c'est bien là le drame du Québec, cette Catalogne qui voudrait bien se croire Irlande.
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Philippe Navarro
Ex-attaché politique

Québec

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Philippe Navarro, détenteur d'une maîtrise en sciences politiques, ancien attaché politique du Parti québécois. Maître en relations internationales et auteur de science-fiction, il a publié le roman d’anticipation Delphes en 2005. Il est aussi le leader du groupe Water On Mars, en nomination à l’ADISQ pour le meilleur album de musique électronique.





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