Quels sont les effets du repliement identitaire québécois ? Contribution à la psychologie politique

Le premier effet du repliement sur soi est une série de pertes.

Penser le Québec - Dominic Desroches

« Que les agneaux aient l’horreur des grands oiseaux de proie, voilà qui
n’étonnera personne ; mais ce n’est point une raison d’en vouloir aux
grands oiseaux de proie qui ravissent les petits agneaux »

Nietzsche
***
Si la thèse du repliement identitaire québécois est vraie, alors il est
possible de montrer ses effets projetés et ses conséquences sur la
population québécoise. Ici, nous jouerons le jeu et nous tenterons
comprendre, tel un psychologue du politique, ce que vivaient et vivront les
Québécois si, comme nous le soutenons depuis un certain temps déjà, ils
continuent de se replier davantage sur eux-mêmes.
Pour y arriver, nous partirons de l’analogie classique en sciences
politiques entre l’individu et l’État. Reposant sur les idées de maturité
et d’autonomie chères à la modernité, cette analogie suppose que le rapport
entre l’individu et la famille est du même type que celui entre une société
et un État souverain. Ainsi, un individu mature qui décide de quitter la
maison paternelle devient autonome, indépendant et prospère par lui-même,
tandis que celui qui y reste toute sa vie, demeure dépendant de ses
parents. Il doit toujours demander pour agir. En cette optique claire,
prenons un instant pour imaginer l’histoire individuelle de la nation qui a
peur. Dans cette histoire où l’individu est une image de la société, la
psychologie rejoint le politique.
Les pertes de confiance, de fierté et d’audace
Le premier effet du repliement sur soi est une série de pertes. En effet,
les pertes de la confiance et de la fierté se manifestent dans l’individu
au moment où ses réalisations sont remises en question. En règle générale,
le doute à l’égard de soi-même ou l’incapacité à se réaliser pleinement et
à être reconnu par les autres, entraîne un sentiment normal d’infériorité
et de repliement. C’est ainsi que la perte de confiance conduit lentement à
la capitulation du sentiment de fierté, car la fierté, on le sait, consiste
à voir son succès reconnu par les autres. Sans surprise, quand la confiance
n’y est plus, que la fierté diminue, se produit ensuite et inévitablement
la peur de l’action. Cette peur de l’action correspond à une perte
d’audace. L’audace, c’est la capacité d’agir et de prendre des risques.
Refuse l’audace celui qui laisse passer les occasions et qui ne veut pas
décider par lui-même.
La pensée magique et les secours du destin
C’est ainsi que l’individu, qui s’autolimite dans ses actions, perd
confiance en ses capacités. Loin d’agir, de foncer et de s’affirmer, il
préfère s’en remettre à la magie, c’est-à-dire à ce qui n’exige plus
d’effort mais seulement un acte de foi. En fait, il ne veut plus agir car
il a soudainement peur des conséquences fâcheuses de ses actions sur les
autres ; il n’interprète en elles que des erreurs. Il pense petit et espère
que le grand, le « Tout Autre », viendra le sauver. La tentation de prier
un dieu sauveur et rédempteur apparaît toujours ici, à ce premier vertige,
quand nous sommes obligés, en tant qu’individus, de nous assumer. Ceux qui
ne veulent pas vivre demandent à n’être rien et ne veulent pas déranger,
c’est-à-dire qu’ils entrent en religion, vivent d’espérance et attendent la
réalisation de la « bonne nouvelle ».
Or l’histoire politique nous apprend que si on refuse d’agir, l’on perd
alors des opportunités qui peuvent ne jamais revenir. Certes, l’individu
épris de vertige a peur de son ombre et tombe souvent dans les pièges de la
pensée magique. Celle-ci lui enseigne que le destin peut, si on y croit
assez fort, venir en aide aux désespérés. À ce moment critique, l’individu
malade, qui confond de plus en plus l’idéal et la réalité, chute dans la
dépression. Perdu, il refuse de voir la réalité en face et refuse de se
choisir lui-même. Il connaît alors le remords et la culpabilité d’être ce
qu’il est. Que fait-il alors ? Réponse : il peut demander de l’aide, l’aide
des autres…
L’imitation, le rire et la permission d’exister
Certains répliqueront que savoir demander de l’aide est un signe de
maturité et de santé. Nous acceptons ce point de vue et nous soulignons les
mots « par soi-même ». Or quand on est en mode repliement, l’on ne demande
pas de l’aide, on supplie de l’aide car l’on ne voit pas du reste comment
l’on pourrait s’en sortir par soi-même. Là se trouve toute la nuance. Ici,
l’individu replié commence à retourner son arme contre lui-même et, sans
s’en rendre compte, il commence à se détruire ; de peur de déranger, il
limite la communication avec l’extérieur et il éprouve de la gêne et de la
honte. À ce moment ultime du vertige, il devient un peu paranoïaque
puisqu’il est persuadé que les autres rient de lui. Pour contrer le
renversement du ressentiment à l’égard de l’autre, il commence à rire. Plus
il rit de lui-même, moins il ne se considère en mesure de changer
sérieusement les choses.
Quand il rit à la régulière, il s’assure de franchir l’étape suivante, à
savoir celle qui consiste à demander la permission aux autres pour agir.
Autrement dit, il cherche l’approbation du grand. Or, parce qu’il est
réduit au rôle de petit et qu’il a cru le discours du plus grand à son
égard, il se réconforte et se dit que c’est mieux ainsi. Pourquoi ? Parce
que s’il n’agit plus, il ne fera plus d’erreurs et que le grand, contre
toute attente, sera content de lui. Ravalé au rang d’élève, il souhaite
recevoir les félicitations de l’autre. Pour être reconnu, son vocabulaire
change et il adopte la terminologie du gagnant. Assez souvent, l’individu
replié, victime « innocente » du ressentiment, commence à vouloir être
l’autre, ensuite à en vouloir à l’autre, lequel ne l’écoute pas, tant et si
bien qu’il finit par s’en vouloir à lui-même ! Dès lors, il entend
résolument emprunter tout le discours du puissant et l’imiter jusqu’au
bout, comme un singe. Plutôt que de mesurer le cycle de la hauteur, il
intériorise dans son vocabulaire ses propres faiblesses, les faiblesses qui
sont relayées sans cesse par la rhétorique économique du puissant. Imiter
servilement donc, c’est être à la merci de l’autre, aliéné par son
discours, et le suivre jusqu’à la mort.
La division des siens et l’ajournement de soi-même
Mais avant la mort, il convient de la préparer. Voilà pourquoi le petit,
rassuré dans son complexe d’infériorité, s’attaque à ses semblables.
Comment ? Il pratique la division de son groupe par la haine de la
réussite. Autrement dit, l’individu replié veut imiter le plus grand au
point de nier le succès de ceux qui, croit-il, se trouvent dans la même
position que lui. Il divise les siens avec les propositions des autres.
Éternel optimiste il se dit que, si elle mange plus, la grenouille
deviendra aussi grosse que le bœuf. Alors que fait-il ? Pour devenir enfin
bœuf, il rapporte les propos du grand, de celui qui souhaite sa division et
sa disparition, et il le fait si bien qu’il en vient à croire la « vérité »
de ce qu’il rapporte. Une fois qu’il imite bien l’autre, qu’il fait sienne
sa haine et qu’il l’impose à ses semblables, il est devenu celui que l’on
dit. Inoffensif et doux comme un agneau, il est « ravi » d’être ce que l’on
dit de lui. En termes politiques, c’est le début de l’assimilation.
Sur l’agneau et l’oiseau de proie
Or certains chercheront des faits isolés qui contredisent notre analyse.
Ils évoqueront une figure par-ci et une réussite par-là, une statistique
par-ci et une remontée par-là. Ils diront certes que nos avertissements,
bien que réalistes, sont intempestifs, inappropriés et qu’inversement tout
va bien. Ils répliqueront illico que tout n’a jamais été aussi bien et
qu’il ne faut pas jouer le jeu de l’autre en se « croyant » replié.
Pourquoi présenter une telle critique de notre comportement historique ?
Pourquoi analyser froidement la réalité ? Nous sommes ouverts, rêveurs,
libres et amis de toutes les cultures du monde ; et nous discutons sans fin
de nous-mêmes publiquement, sans complexe. N’est-ce pas merveilleux ?
Pourquoi nous empêcher de tourner en rond sur la terre ?
Pour notre part, nous ferons preuve de retenu et nous terminerons ce texte
déjà trop long en ajoutant seulement qu’un individu, comme un peuple, a le
droit de s’ajourner lui-même. L’ajournement de soi, à l’époque pluraliste
du triomphe de la mondialisation des identités, est une thèse défendable.
Elle est peut-être vraie. C’est peut-être celle qui caractérise le plus
l’avant-gardisme du peuple québécois, car elle dit ce que l’on veut,
semble-t-il, au plus profond de nous-mêmes : ne pas avoir à choisir qui
nous sommes, ne pas blesser les autres, tout en nous mettant au diapason de
toutes les « autres » cultures du monde. Le seul hic de cette position, une
position d'ouverture religieuse, ce n’est pas la constitution de ce « nous
», mais plutôt le fait que nous sommes toujours en compétition avec les
autres cultures du monde, qu’on le désire ou non. Et comme nous le montre
la marée à tous les jours (et elle n'est pas méchante), le repliement est
une question de cycle qu’il faut savoir utiliser à son avantage. Et que
veulent donc ces autres cultures, elles aussi soumises aux forces de la
marée ? Se replier sur elles-mêmes ? Pas sûr. Ici, une image naturelle vaut
mille mots.
Quand l’agneau regarde dans le ciel pour contempler la nature ou pour
réfléchir à son statut, pour reprendre librement les mots de Nietzsche,
cela ne pose pas de problème... pour son prédateur ! Si notre individu (ou
notre peuple, ou notre société, ou notre province, ou notre nation, ou ce
que les autres voudront nous bien dire sur nous-mêmes) ne choisit pas la
voie de la maturité et de la force, les autres, moins intéressés que lui
par les débats sans fin sur les identités multiples et la volonté
d’ajournement de soi, feront tout ce qui est en leur pouvoir pour choisir à
notre place… Les autres, d’un naturel affirmatif, sont fiers de porter le
nom d’ « oiseaux de proie » !
Dominic DESROCHES

Département de philosophie /

Collège Ahuntsic
-- Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) --

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Dominic Desroches est docteur en philosophie de l’Université de Montréal. Il a obtenu des bourses de la Freie Universität Berlin et de l’Albert-Ludwigs Universität de Freiburg (Allemagne) en 1998-1999. Il a fait ses études post-doctorales au Center for Etik og Ret à Copenhague (Danemark) en 2004. En plus d’avoir collaboré à plusieurs revues, il est l’auteur d’articles consacrés à Hamann, Herder, Kierkegaard, Wittgenstein et Lévinas. Il enseigne présentement au Département de philosophie du Collège Ahuntsic à Montréal.





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4 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    20 novembre 2007

    Cher Monsieur Savoie,
    je vous remercie pour votre message et votre intérêt pour la correspondance, ce qui est rare aujourd'hui. Certes, il m'est difficile de répondre point par point à votre réplique : je me limiterai à une seule remarque prospective et je proposerai sous peu un article qui résume ma pensée sur le repli identitaire et les remèdes puissants qu'il exige.
    Je dois dire d'entrée de jeu que je vous trouve très optimiste. Dans le moment, il m'est difficile d'aller aussi rapidement que vous. Cependant, je partage votre lecture. Il me semble que la clef se trouve précisément dans l'ouverture au monde. Le fait pour le Québec d'être une petite nation peut l'aider. Le pays du Danemark est petit et ne souffre d'aucune comparaison avec les autres pays du monde, même s'il est moins présent sur la scène mondiale qu'avant. Si les Québécois décident (je ne vois rien de tel malheureusement) de revaloriser l'éducation - surtout les sciences, la littérature et l'histoire -, ils pourraient interpréter les phénomènes autrement. L'étude doit conduire ensuite à un changement dans le comportement pratique : le retour (pour aller en avant il va sans dire) des bonnes manières et de la politesse pourrait élever le peuple qui a tendance à rire sans cesse de lui-même. Les gens polis ont confiance en eux, n'ont pas le temps de se moquer d'eux-mêmes, et ne reculent devant rien pour montrer l'exemple et élever toujours plus haut le niveau. Mais ce ne sont là, je le reconnais volontiers, que des pistes sommaires pour corriger les problèmes actuels.
    Nota : les internautes n'aiment visiblement pas penser les problèmes en profondeur et se remettre en question : ils vont très vite et cherchent une solution évidente, facile, sans souffrance, ce que je critique à tous les jours et dans tous mes textes.
    Sur ce mot trop court, je vous remercie pour vos encouragements sincères, moi qui suis presque sans lecteur sur Vigile. Je vous souhaite, n'en doutez jamais, le meilleur.

  • Serge Savoie Répondre

    19 novembre 2007

    « sic deus dilexit mundum »
    Pour ceux qui aiment le monde
    Monsieur Desroches,
    Veuillez croire que mes éloges envers vous sont sincères. J’ajoute que les allumeurs de peuple seront récompensés. La plus grande conquête de l’humanité étant le dialogue, je veux bien saisir au vol votre invitation à débattre de vos deux préoccupations, au demeurant légitimes et pertinentes : le risque de division et notre rapport au monde.
    La vie, d’aussi loin qu’elle remonte dans la profondeur du temps et dans l’évolution qui lui est propre, s’est épanouie par crises successives cherchant sans cesse des formes d’organisation et des adaptations continuellement et remarquablement plus efficaces et toujours tendue vers plus de sur-vie. Cette vie a culminé dans l’humain et avec lui est apparu la conscience et une forme d’organisation supérieure que nous appelons la société. Notre civilisation s’est construite à son tour sur une suite ininterrompue de crises, de guerres cruelles et de révolutions. L’Histoire nous l’enseigne que trop, n’est-ce pas ? Nous pouvons débattre longuement à propos de ce comportement. Nous pouvons le juger, le déplorer, le craindre mais impossible de le nier. Au Québec la réalité est telle que nous ne saurons faire l’économie d’une confrontation salutaire entre nous et non pas d’une division. La nuance est importante ! Les Danois avant nous ont eu le courage de voir en face leur réalité avant de rayonner dans le monde. Et ça n’a pas été de la tarte ! Soyez confiant que c’est par ce processus qui aboutit à la transfiguration des amoindrissements que nous libérerons les puissances de croissance du peuple québécois et qui le fera parvenir au bout de lui-même.
    Quel-est "ce bout de nous-même" qui nous aspire et que nous cherchons si maladroitement à faire émerger ? Il se trouve précisément au bout du monde. C’est là que d’autres peuples luttent pour la préservation de leur identité. C’est à leur contact que nous percevrons et accepterons notre propre singularité collective. C’est par eux que nous actualiserons notre potentiel en proposant une alternative au processus corrompu et malsain du développement mondial que nous subissons. Paradoxalement, cette ouverture confiante au monde nous protègera des menaces qui pèsent sur notre existence et notre devenir. En acceptant tous ensemble de se donner la maîtrise de notre autonomie partagée nous pourrons jusqu’à infléchir l’ordre mondial. Rien n’est impossible à un pays neuf sur qui souffle le vent de la révolution. N’est-ce pas le Général Lafayette qui porta le message de liberté au cœur même de l’Amérique ? Or qu’a fait le peuple étasunien de cette liberté ? Avec l’aide de leurs alliés anglo-saxons ils détournent, corrompent les nobles principes à l’origine de la mondialisation et imposent brutalement leur principe de mondialisation prédatrice. La destruction de l’environnement et le viol des identités nationales est le résultat de leur volonté d’expansion, de colonisation et de conquête des marchés. Leur influence est devenue envahissante et intolérable. Les Québécois se sentent, malgré tout, protégés par leur différence culturelle en Amérique. Le Québec est une petite nation et il semblerait que ce soit un atout dans le contexte de la mondialisation.
    Dans l’état actuel des choses la politique internationale du Québec est dépendante et soumise à un ordre de gouvernement étranger, celui d’Ottawa. Il en résulte que les règles de la mondialisation surgissent et s’établissent sans que nous puissions y participer pleinement de notre influence et donc pas toujours à notre avantage. Nous savons que l’avenir du Québec se joue dorénavant dans le contexte de son ouverture au monde. Il faudra convaincre que loin de nous menacer elle pourrait contribuer puissamment à notre avancement collectif et culturel si nous décidons de prendre en main notre destin. Notre position est unique et elle a le potentiel, par un redéploiement de nos alliances, d’influer sur certains enjeux qui concernent de près la Francophonie par exemple. Il ne m’appartient pas à ce moment-ci de préciser certains projets. Je suis convaincu, cependant, que ceux que nous mettrons de l’avant seront à ce point enthousiasmants et auront un tel impact sur notre prospérité qu’ils feront tomber les dernières résistances. Nous avons toutes les qualifications et toutes les qualités requises pour les mener à terme.
    Je suis impatient de lire votre prochaine communication. D’ici là je vous laisse sur ce poème engagé…
    Forme de mondialisation à réformer..._Les_terroristes_[Licence_Art_Libre]_[www.dogmazic.net].mp3]
    Serge Savoie
    P.I. Taillon

  • Dominic Desroches Répondre

    17 novembre 2007

    Cher Monsieur Savoie,
    je vous remercie pour votre commentaire à la fois sympathique, empathique et élogieux. À vous lire, on sent que certaines choses doivent changer. Partisan du dialogue, je me permettrai trois remarques pour faire avancer la réflexion actuelle.
    D'abord, la question que nous devons nous poser désormais est la suivante : que faire devant le repliement identitaire ? Car si les citoyens continuent d'adopter (par absence de choix réel) la position que j'appelle l'"ajournement de soi", qui ne correspond pas à une "dénationalisation" soit dit en passant, ils risquent de perdre la force qui doit servir à la réalisation de leur projet. L'objectif est simple : mobiliser la force intérieure (les qualités individuelles) pour corriger le déni ou le repli. L'erreur donc, c'est d'attendre que les autres règlent nos propres problèmes.
    J'ajouterai que le problème principal, si je ne m'abuse, est la division. Le petit, ou celui qui se sent tel, divise les siens. La division, y compris et surtout dans la politique professionnelle, peut être dangereuse à long terme. Je pense que les Québécois, à l'instar des Danois du XIXe siècle, doivent trouver à l'intérieur d'eux-mêmes la force qui les propulsera vers l'extérieur, dans le monde, là où se discute, vous le savez, les vrais enjeux relatifs à l'avenir.
    Enfin, je proposerai sous peu de revenir sur le comportement citoyen. Pour sortir du repliement, il faut connaître le monde, être capable de s'exprimer sur le monde et savoir vivre dans le monde. Quand nous réunissons ces trois qualités, nous passons de replié à autonome, d'émotif à calme et assuré. Le peuple doit apprendre à devenir autonome et à se montrer à la hauteur de son destin historique. Je pense que le temps est au travail, pas au rêve ni à l'étourdissement volontaire...
    Sur ces mots, je vous souhaite la meilleure des chances dans vos engagements.

  • Serge Savoie Répondre

    16 novembre 2007

    Comme à l’habitude, M. Desroches, vous touchez des sujets cruciaux et tout à fait pertinents ! Vos textes sont admirables d’humanisme et à la hauteur des grands penseurs de notre société. Je suis surpris de ne voir aucun commentaires à votre exposé. Peut-être est-ce parce que votre texte est à ce point clair qu’il se passe de commentaires. Ou bien est-ce parce que vous touchez à un point que nous ne voulons pas aborder : trop familier, trop présent autour de nous et trop douloureux pour en discuter ouvertement, sereinement ? C’est un sujet qui à l’évidence fait mal.
    L’échec du référendum de 1995 nous hante encore. Collectivement nous ne nous sommes pas encore pardonné ce triste échec. Combien d’entre nous connaissent des amis, des frères ou des collègues qui n’ont pas osé prendre au vol cette chance unique de pouvoir s’émanciper, se libérer de la tutelle du colonisateur mais se sont plutôt dits NON à eux-mêmes par peur, par manque de confiance en soi et envers leur peuple ? Il n’est pas étonnant de constater que depuis lors nous sommes paralysés dans notre cheminement. Nous avons peur en effet de revivre le roman noir d’un rendez-vous manqué avec l’Histoire. Peur de reprendre le bâton du pèlerin parce que le jugement est sans appel : nous ne sommes pas prêts ! Voilà selon moi ce qui explique “l’ajournement de soi-même” pratiqué par le Parti Québécois. La pensée magique pour eux est de croire qu’un jour, par l’opération du Saint-Esprit, le peuple sera mûr pour son indépendance.
    Le Parti Indépendantiste est conscient de cette réalité sociologique de l’être collectif québécois. Sa création découle entre autres de cette état d'esprit collectif que vous exposez vous-même si admirablement. Son action visera justement à faire tomber les barrières de cette peur mais aussi de la psychologie colonialiste encore trop présente dans l’esprit de certains et du remord qu’ont les Québécois d’être ce qu’ils sont. Le simple fait de mettre au rancard le véhicule du référendum évacue la perspective d’un autre échec. Sa stratégie de l’élection référendaire au contraire lui permettra de concentrer ses énergies à parler d’un projet rassembleur. Il définira avec confiance et humanisme un projet de société à la mesure de ce que nous sommes. Il ne craindra pas de proposer des défis modernes et ouverts sur le monde qui nous grandirons. Il sera impitoyable envers tous ceux qui oseront dire que nous sommes incapables de les accomplir.
    Le temps du repli identitaire tire à sa fin ! Nous trouverons la force de nous assumer comme peuple et comme individu. Lorsque nous aurons accompli tous ensembles notre œuvre de libération et d’émancipation nous seront guéris. Nous serons fiers enfin de ce que nous sommes.
    Merci pour votre contribution, M. Desroches.
    Serge Savoie
    PI Taillon