Quelques résolutions suggérées à PKP pour la nouvelle année

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Un «éditeur public» pour garantir l'indépendance des médias de Québecor

La fin de l’année 2014 aura permis à l’actionnaire majoritaire de Québecor, Pierre Karl Péladeau, de prendre un engagement solennel auprès du grand public. En effet, le mercredi 8 octobre, ce dernier a fait la déclaration suivante : « Je ferai également, au moment opportun, une déclaration sur l’honneur, dans laquelle je m’engagerai solennellement à ne jamais intervenir dans le contenu éditorial des médias d’information de quelque manière que ce soit », a-t-il proclamé.

Il venait de répondre aux journalistes qui l’interrogeaient sur ses intentions, à la suite de la motion de la CAQ, acceptée par la majorité des députés de l’Assemblée nationale, « d’étendre les dispositions du code d’éthique pour empêcher un député de contrôler une entreprise médiatique », après les avoir informés qu’il allait mettre ses avoirs dans une fiducie sans droit de regard, dans l’éventualité, alors très hypothétique, où il deviendrait le chef du PQ.

La proposition que j’ai présentée dans ce journal (« PKP pourrait faire oeuvre utile », Le Devoir, 10 octobre 2014), à savoir que PKP devrait signer un contrat d’indépendance journalistique avec les éditeurs de ses médias, m’apparaît toujours d’une grande nécessité pour rendre plus crédible son engagement de non-intervention « dans le contenu éditorial des médias d’information de quelque manière que ce soit ». En outre, la crédibilité de cet engagement verbal serait amplement rehaussée « s’il passait aux actes », comme on dit communément.

À cette fin, je lui suggérerai de prendre les résolutions suivantes, en ce début de l’année 2015.

1. La création d’une fonction d’« éditeur public » (public editor) pour l’ensemble de ses médias, innovation éditoriale introduite par le New York Times dans sa politique rédactionnelle en décembre 2003, laquelle fut suivie par plusieurs autres quotidiens, dont le Toronto Star, au Canada. Le rôle de l’éditeur public est de veiller à l’application de l’éthique journalistique au sein du journal dont il est l’employé. Il entretient, de par cette responsabilité, des liens étroits avec le grand public, particulièrement à la faveur d’une chronique régulière publiée en bonne place dans le journal. En raison du dilemme éthique et déontologique auquel pourrait être confronté le député de Saint-Jérôme, advenant qu’il soit un jour le chef du Parti québécois, l’éditeur public pourrait assumer en sus une tâche spéciale en vue d’être une sorte de « fiduciaire médiateur » pour l’aider à y faire face.

2. Ainsi, dans sa déclaration d’honneur, PKP s’engagerait auprès de l’éditeur public à respecter l’indépendance journalistique de ses éditeurs. L’éditeur public agirait alors en tant que témoin de son engagement au nom du principe de l’information sur l’information, principe découlant du droit du public à l’information autant sur les affaires publiques que sur le fonctionnement éthique interne d’une grande entreprise médiatique.

3. Enfin, le député de Saint-Jérôme reconnaîtrait à l’éditeur public le droit et le devoir d’évaluer, au moins annuellement, l’application concrète du contrat d’indépendance journalistique qu’il aurait signé avec ses éditeurs. De plus, PKP serait d’accord pour que l’éditeur public rende publique cette évaluation, ainsi que toute opinion que ses éditeurs auraient exprimée ou voudraient exprimer à ce sujet.

La conception des présentes résolutions que devrait prendre, à notre avis, PKP en 2015 repose sur certains principes éthiques de la communication publique ayant trait à la question de la transparence du fonctionnement interne des médias. Mais elles n’ont pas été conçues en postulant que ce dernier pourrait se livrer à une tentative quelconque d’ingérence dans la gestion journalistique de ses médias, spécialement à la suite de ladite déclaration d’honneur de sa part. Ces résolutions sont imprégnées d’une philosophie civique concernant l’éducation citoyenne à l’information de presse du grand public.

Pas un «ombudsman»

À ce propos, l’éditeur public se distingue grandement de l’«ombudsman» de presse. Ce dernier est surtout un redresseur de torts, alors que le premier est un « enseignant en journalisme pour grand public ». Lorsque le public s’adresse à un «ombudsman» de presse, il postule le plus souvent qu’il y a eu erreur, iniquité ou même malversation. Alors que, lorsqu’il sollicite la réaction de l’éditeur public, il est avant tout un demandeur de justifications et d’explications.

C’est à tout le moins la conclusion que je tire de l’observation attentive du comportement des trois public editors que le New York Times a eus au sein de sa rédaction depuis l’entrée en fonction du premier à occuper le poste, le journaliste Daniel Okrent (2003-2005). Telle serait aussi la philosophie civique qui devrait inspirer le comportement journalistique de l’éditeur public que PKP aurait pris la résolution de créer au sein de son empire médiatique, avec la particularité d’assumer aussi un rôle de « fiduciaire médiateur » entre lui-même et ses éditeurs quant à leur indépendance journalistique.


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