Quel avenir pour l'Occident?

Afghanistan - une guerre masquée



L'avenir de l'Occident est peut-être derrière lui. Son influence dans le monde est en nette régression. Cela s'explique en partie par l'émergence de nouveaux pays et de nouveaux leaders mais cela tient aussi au fait que les deux piliers du monde occidental que sont les États-Unis et l'Europe sont fragilisés et que le fossé entre eux ne cesse de se creuser.
Les États-Unis sont fragilisés à cause du 11 septembre, bien sûr, mais ils le sont aussi parce qu'ils ont vécu, en l'espace de quelques années, la plus grande des victoires et la plus humiliante des défaites. La fin de la guerre froide devait consacrer la suprématie absolue des États-Unis mais la guerre en Irak est venue montrer les limites de cet immense pouvoir. L'échec est total.
Non seulement l'Irak ne sera pas l'amorce d'un vaste mouvement de démocratisation au Moyen-Orient, cette guerre aura considérablement renforcé le camp des ennemis des États-Unis. Les Américains découvrent que leurs dirigeants leur ont menti et qu'ils ont menti à l'univers entier. Déjà abasourdis, ils se trouvent maintenant confrontés au risque d'une grave récession.
L'Europe n'est pas en reste. Paie-t-elle le prix d'un élargissement trop rapide à 27 États-membres? Toujours est-il qu'elle se révèle incapable d'assumer, en ce monde, le rôle qui devrait lui revenir. Pour reprendre une image longtemps associée à l'Allemagne, l'Europe est un géant économique et un nain politique. Malgré le succès retentissant de l'euro, malgré le fait qu'elle soit devenue la première puissance au plan économique et commercial et bien qu'elle soit seule en tête en matière de normes de sécurité et d'environnement, dans le concert des nations, l'Europe n'existe pas... ou si peu. Le Traité de Lisbonne prévoit de lui donner un président et un presque-ministre des Affaires étrangères mais cela ne suffira pas à cacher les vicissitudes d'une Europe politique.
Nouvelle dynamique
Comme le pire n'est jamais certain, il est permis de croire que les élections présidentielles aux États-Unis vont créer une nouvelle dynamique et que la prochaine présidence saura réconcilier les Américains avec eux-mêmes et avec le monde extérieur. Il est même permis de croire que les Européens vont finir par s'affranchir d'une histoire qui pèse décidément trop lourd et réussir à se projeter dans l'avenir ensemble plutôt qu'en ordre dispersé. Pour que le miracle soit complet, il faudrait aussi qu'Américains et Européens se redécouvrent et reprennent conscience de ce qui les unit.
Depuis des années, l'écart se creuse et la guerre en Irak n'explique pas tout. Les Européens sont absorbés par leurs propres débats et lorsqu'ils s'intéressent à ce qui se passe ailleurs dans le monde, ils regardent, comme les États-Unis, plutôt vers l'Asie que vers l'autre rive de l'Atlantique. Pour autant qu'ils réfléchissent à l'avenir de la relation transatlantique, les Européens la voudrait plus "équilibrée". Or, les Américains ne comprennent pas ce discours. Ils ne voient pas ce qui autorise le vieux continent à avoir des ambitions pareilles alors que les Européens, dès qu'il s'agit de politique étrangère ou de politique de défense, sont incapables de définir une position commune sur quoi que ce soit. Ils n'ont pas non plus les moyens matériels de leurs ambitions.
C'est peut-être ce qui se passe ailleurs dans le monde qui finira par rapprocher Américains et Européens. Pendant longtemps, le ciment de l'alliance atlantique a été l'existence d'un ennemi commun. Demain, le ciment sera peut-être, non pas un ennemi commun mais un défi commun, celui de répondre aux pressions qu'exercent les pays émergents, au premier rang desquels il faut citer la Chine et la Russie, deux pays qui pèsent lourd mais surtout deux pays qui ont de vrais plans de match.
Le Canada subit plus qu'il n'influence l'évolution des relations transatlantiques. S'estimant, avec raison, plus près de l'Europe que ne le sont les Américains et plus près des États-Unis que ne le sont les Européens, il essaie, avec les moyens qui sont les siens, d'éviter la dérive des deux continents. De tout temps, il a cherché à consolider et à formaliser ses liens avec l'Europe et il le fait encore avec le projet d'accord de libre-échange dont le premier ministre Charest a repris le flambeau. Au sein de l'OTAN, il assume depuis toujours sa part de responsabilité et on peut considérer qu'aujourd'hui il fait même plus que sa part en Afghanistan. Ses efforts ne sont pas toujours récompensés, ni même reconnus, mais le Canada ne peut faire que ce qu'il fait, c'est-à-dire chercher une façon de rester arrimé aux pays avec lesquels il a le plus de choses en commun, et espérer que l'avenir du monde occidental soit encore devant lui.
Est-ce l'ultime arrogance de l'Occident que de croire que le déclin de son influence dans le monde est forcément une mauvaise nouvelle? Ce sera le thème de la prochaine chronique.
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Bernard-Meunier, Marie
Diplomate de carrière, l'auteure a été ambas-sadrice du Canada à l'UNESCO, aux Pays-Bas et en Allemagne. Elle vit maintenant à Montréal et siège au conseil d'administration du CERIUM (m.bernard-meunier@cerium.ca).

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Diplomate de carrière, l'auteure a été ambassadrice du Canada à l'UNESCO, aux Pays-Bas et en Allemagne. Elle vit maintenant à Montréal et siège au conseil d'administration du CERIUM.





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