La « diversion » de Pauline

Qu’en termes élégants ces choses-là sont dites ! (Molière)

Cache-t-elle des squelettes dans son placard ?

Chronique de Richard Le Hir

Diversion ! Voilà le seul qualificatif que Pauline Marois a su trouver pour décrire la décision de Jean Charest face au scandale dans lequel est désormais plongé son gouvernement.
À voir la pusillanimité (voir le Dict. Robert : faiblesse, frilosité, timidité) dont elle fait preuve dans ses attaques, on croirait qu’elle cache des squelettes dans son placard !
Elle fait face à un gouvernement sur qui pèse les plus grands soupçons de corruption de toute l’histoire du Québec (oui, pire que Duplessis), et qui tente de se défiler, et tout ce que Madame trouve à dire, c’est « diversion ». Madame a l’estomac solide !
Même La Presse, dont on connaît maintenant le rôle qu’elle a joué dans la mise en scène spectaculaire pour convaincre les Québécois de se départir de leur patrimoine collectif (Hydro-Québec) au profit de Power (voir Power, Hydro-Québec, et les Lucides) avait ce matin des mots beaucoup plus durs sous la plume d’André Pratte. Encore que, dans le cas de La Presse, on puisse désormais se demander en toute légitimité si ce n’est pas parce que Charest, voyant le tumulte créé au Nouveau-Brunswick par le rachat d’Énergie NB, ne s’est pas ravisé au sujet d’Hydro-Québec. Il paraît ainsi le prix de son lâchage. À ce stade-ci, plus rien n’est impossible.
Pauline Marois a intérêt à trouver en elle un peu plus de mordant, et c’est un euphémisme, si elle ne souhaite pas se faire rapidement montrer la porte du PQ. Déjà que certains s’interrogent avec une certaine inquiétude sur le fait que leur parti ne semble pas engranger tout le profit de la grogne populaire de plus en plus féroce contre le gouvernement Charest.
Pourtant, ce ne sont pas les angles d’attaques qui manquent. Mais au lieu d’y aller « à fond la caisse », Pauline Marois, avec des niaiseries de garderies, grignote sur le bord de l’assiette comme une chochotte qui cherche à ménager sa ligne, alors qu’il y a des morceaux infiniment plus juteux ailleurs.
Et, ses derniers temps, son sens du « timing » n’a pas été des plus heureux. Faire un mauvais sort à la gauche de son parti à la toute veille du budget, ce n’était pas exactement « la trouvaille du siècle », pour reprendre une expression consacrée au Parti Québécois. Surtout lorsque ledit budget se trouve à justifier les pires appréhensions de la gauche, et qu’on découvre que Bachand et Charest ont cuisiné les chiffres pour faire paraître le problème de notre endettement collectif infiniment plus grave qu’il ne l’est vraiment.
Les Américains ont une expression : « Wake up and smell the coffee », une invitation à retrouver rapidement son aplomb. L’anglais n’est pas la plus grande force de Pauline Marois. J’espère seulement qu’elle le connaît assez pour s’inspirer de ce conseil très judicieux dans les circonstances.


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10 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    14 avril 2010

    M.Le Hir, vous voulez que Mme Marois agisse comme un homme. Oubliez ça Mme Marois a sa façon de faire. Elle est une chef d'équipe et non une gourou de parti comme le font les hommes.
    Si vous suivez son action, à l'Assemblée nationale, vous allez comprendre qu'elle attaque Charest sur tout les fronts en utilisant toute les ressources de son équipe. Elle mène très bien la partie, puisque Charest est dans l'eau chaude depuis plusieurs mois, celui qu'on disait intouchable(teflon).
    Je trouve que vous lui manquez de respect.

  • Xavier Duval Répondre

    14 avril 2010

    Beaucoup de gens à qui je parle ne coient pas que le problème fondamental est le chef, mais son entourage. Des conseillers qui ont tellement peur de faire une gaffe qu'ils ne font rien.
    Comme le disait un personnage connu, les seules batailles qui sont perdues d'avance sont celles qu'on ne livre pas.
    Qu'on-t-ils fait pour la bataille des plaines ? Ils ont excomunié le RRQ pour avoir défendu la dignité du peuple et avoir mis ses culottes.
    Madame Marois n'était pas présente non plus lors du rassemblement pour le renforcement de la loi 101, tant celui au musée juste pour rire que celui au monument nationnal. Pourtant, Gilles Duceppe, lui était présent en fin de semaine.
    Si la tactique est de laisser Curzi lancer des ballons pour voir ce qui adviendra, sa stratégie pourrait bien se retourner contre elle.
    Je dois oublier de nombreuses autres situations semblables et ce n'est pas normal. A-t-elle peur de faire face aux militants ou est-ce simplement des excès de prudence?
    Peu importe la raison, il faut que ça se règle si on veut gagner, car ce n'est pas vrai que le PQ gagnera ses élections par magie. S'ils ne remplissent pas l'espace vide, quelqu'un d'autre le fera.

  • @ Richard Le Hir Répondre

    14 avril 2010

    @ Gaëtan Dostie
    Monsieur Dostie
    J'ai beaucoup de respect pour les écrivains, et donc pour vous aussi.
    Cela ne m'empêche pas de m'attendre de leur part à une certaine rigueur quand ils interviennent dans un débat.
    Dans la fable que vous citez, et que j'ai apprise par coeur du temps de mes études classiques, le baudet sur qui les autres animaux lancèrent le haro avait commis l'erreur de s'avancer le cou et admettre qu'il lui était arrivé de tondre un pré de la largeur de sa langue. Que je sache, Pauline Marois n'a fait aucune admission de la sorte, et vous préjugez donc d'une conclusion qui non seulement ne s'est pas encore produite, mais qui pourrait même ne pas se produire du tout. Votre comparaison est donc boîteuse.
    Comme je l'ai dit en réponse à un autre commentaire, je ne souhaite aucun mal à Pauline Marois, au contraire. Je souhaite tout simplement qu'elle prenne la juste mesure de la situation et qu'elle se resaisisse.
    Qui plus est, je ne crois pas que nous devions abandonner tout devoir de critique au nom de l'unité, pourvu que la critique soit juste et constructive, sinon on s'expose à cautionner des dérives inadmissibles, et je suis bien placé pour vous le dire.
    Très cordialement,
    Richard Le Hir

  • Archives de Vigile Répondre

    14 avril 2010

    Je le répète depuis des lustres, je me suis d’ailleurs fait rabrouer souvent à ce sujet, j’en ai parlé à plusieurs reprises dans mes textes : Mme. Marois, pour une raison que j’ignore, est en train de couler le PQ. Comme M. Le Hir, l’a mentionné, le PQ, ne récolte pas tous les avantages que la débandade libérale pourrait lui apporter. Pourquoi ? Il n’y a pas de leadership. Mme. Marois se déguise en fantôme à chaque fois que l’occasion se présente où l’on pourrait enfoncer le clou des malversations libérales. Au 400ième de Québec, ça été une véritable honte. On ne peut pas avoir des occasions plus gagnantes que ça et que fait-elle ? À peu près rien comme d’habitude. Il est URGENT qu’elle cède sa place à quelqu’un de dynamique pour qu’on puisse enfin avoir des chances d’avancer. Je sais que j’ai l’air de taper sur le mauvais clou mais à la tête du PQ, pour qu’il arrive à quelque chose, ça prend quelqu’un de dynamique, qui a quelque chose d’intéressant, de passionnant à proposer aux Québécois, homme ou femme, pas quelqu’un qui cherche à ne pas faire de vagues pour être sûr de se faire élire aux prochaines élections. Mme. Marois serait-elle, à l’instar de Lucien Bouchard, dans le cercle des faux indépendantistes qui sont là pour saper le mouvement ? Je ne pose pas de jugement, je pose une question. Je me souviens à l’époque du référendum de ’95, le tandem Bouchard / Marois étaient très convainquants. On connaît la suite des lucidités de la compagnie Bouchard et frère. Alors Pauline Marois ???? Son indépendantisme est mollasson, c’est un euphémisme et pourtant c’est justement de ça dont nous avons besoin présentement : reprendre les contrôles de notre société mais pour ça il faut être crédible ce qui n’est pas, du moins pour l’instant, l’apanage de Pauline. Elle et le PQ, présentement, ne sont là que par le vide des libéraux, leurs cotes n’avance pas. Vous admettrez que c’est anormal. Si ce n’est pas Mme. Marois, dites-moi qu’elle en est la cause. Ça urge. Avec le merdier du gouvernement actuel, i l demeure possible que nous soyons en élection sous peu, alors au PQ, il doit y avoir un leader, pas un poids à traîner, tout en sourires et en mièvreries.
    Ivan Parent

  • @ Richard Le Hir Répondre

    14 avril 2010

    @ D. Richard
    Monsieur Richard,
    En tout respect, je crois que vous n'avez pas saisi le sens de mon intervention. Je vise seulement à ce que Mme Marois se montre plus aggressive. Comme je le souligne, ce ne sont pas les angles d'attaque qui manquent.
    Richard Le Hir

  • Archives de Vigile Répondre

    14 avril 2010

    Malgré toute l'admiration pour votre sagacité, votre pertinence, votre clairvoyance, votre intégrité, vous vous aveuglez vous-mêmes.
    C'est la fonction qui grandit une femme pour lui donner la dimension de chef d'état. Madame Marois saura bien être cette grande dame, cette libératrice, le temps venu.
    Vous savez vous-même que ce momentum s'en vient!
    C'est vous qui en ce moment tombez dans la diversion!
    L'union de nos forces est plus que jamais un impératif. Devant tous ces chênes qui tombent, soyez une relève qui nous éclaire et nous renforce encore plus!
    Le règne de la corruption est sans commune mesure autour du Parti Libéral et de son chef.
    Vous répétez la fable de Lafontaine, «Les animaux malades de la peste». Madame Marois vous sert d'âne!
    Pourtant...
    Gaëtan Dostie, écrivain

  • Archives de Vigile Répondre

    14 avril 2010

    Monsieur Le Hir, c'est bien la première fois que je ne suis pas d'accord avec vous. Vous et vos commentateurs parlez de «diversion» de la part de madame Marois, chef du premier parti de l'Opposition officielle. Pourquoi faut-il si souvent viser la mauvaise cible? Justement celle qu'il ne faut pas viser EN CE MOMENT.
    Nos adversaires n'attendent que cela afin de détourner l'opinion publique de leurs malversations. De grâce, ne leur offrez pas cette «diversion» sur un plateau d'argent.
    D. Richard

  • Xavier Duval Répondre

    13 avril 2010

    Je suis entièrement en accord avec vous et il semble bien que ce ne soit pas seulement vous et moi qui pensions ainsi. Presque chaque militant que je rencontre a cet opinion. J'espère que madame saura se trouver un peu de force car ça fait pitié. Sinon, il reste à changer le chef.
    De plus, les grands médias fédéralistes seraient trop heureux de pouvoir parler d'autre chose que de Mr. Charest et de son gouvernement de corrompus. L'attention du public serait encore une fois dirigée vers le PQ qui lave son linge salle en public...
    On ne peut pas se permettre de perdre les prochaines élections, si il y a changement, il faudra faire vite.

  • Archives de Vigile Répondre

    13 avril 2010

    La Commission Gomery 2 !
    Voilà ce que notre bonne Chefe indépendantiste nationale propose.
    Encore une fois, la diffusion à grand déploiement de la justice anglaise (Lord Judge Gomery) du haut de son trône exposant la corruption québécoise, mais cette fois au milieu même de son origine; la belle prôvince des Gagliano, Lafleur, Guité, Corriveau, Gosselin, Brault, et Coffin.
    Mais biensûr, puisque c'est une proposition péquiste, ce sera selon la tradition péquiste en matière de commission, c'est à dire le courage patriotique d'exiger un homme de main (side kick) Québécois à la droite du Seigneur anglais. Comme en bénéficia Gérard Bouchard à la droite de Lord Philosophumus Taylor, Renaud Lachance louera son nom de famille jusqu'à sa mort d'avoir frôlé si près le Old Mighty British Canadian Judge Gommery (By Jove !).
    Et dire qu'il y a des Québécois qui nous proposent de se passer de ces Éminences et de se débrouiller entre-nous, pour toujours !
    Mais, quelle idée !!

  • Archives de Vigile Répondre

    13 avril 2010

    Bonsoir, M.Le Hir,
    Je me pose les mêmes questions que vous à propos de Mme Marois.
    Serait-elle courtisée par les "lucides"?
    Inversons la situation. Si M. John James Charest était dans l'opposition, pensez-vous
    qu'il montrerait autant de "fair-play"? J'en doute! Ce serait l'enfer et la presse ne dérougirait pas. Elle devrait démissionner sur le champ.
    Elle semble vraiment craindre les réactions de la colonie anglo-saxonne, alors qu'elle a tous les arguments pour charger à fond ce gouvernement corrompu et hypocrite.
    Lawrence Tremblay.
    P.s. Voici un lien intéressant sur un grand défenseur du Nouvel Ordre Mondial.