AUSTÉRITÉ

Prudence, lancent les économistes

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Peine perdue. L'obstination dogmatique triomphe

Le gouvernement Couillard a tout intérêt, au regard de la population et des centaines de milliers d’employés de l’État avec lesquels il négocie, à chercher un équilibre entre ce que le contribuable est capable de payer et ce qui peut « inciter les personnes compétentes et talentueuses » à faire carrière dans le secteur public.

Dans un mémoire transmis à la Commission de révision permanente des programmes, l’Association des économistes québécois (ASDEQ) indique à Québec qu’il doit faire preuve de « discernement dans ses responsabilités d’employeur », tout en ayant à l’esprit que son redressement des finances, de manière générale, doit se faire dans une perspective à long terme.

Autrement dit, « éviter la précipitation » et les « approches “mur à mur” » qui serviraient les besoins du court terme. Un exemple : « retomber dans le piège de moins bien entretenir les infrastructures pendant 5 ou 10 années pour être forcé, par la suite, de faire un rattrapage difficile à gérer ».

Le document regroupe plusieurs recommandations : évaluation d’impact « intégrée » pour tous les nouveaux programmes (comme en Europe), prévisions économiques et budgétaires pluriannuelles, mise sur pied d’une commission d’experts indépendants pour évaluer les outils de développement économique, etc. Et survient au moment où tout le monde se met à table pour négocier de nouvelles conventions collectives.

« Les salaires et traitements représentent en effet plus de 60 % des dépenses budgétaires et, sans prêter l’attention requise à cette variable, il est impossible d’assurer la prestation de services de qualité dans le respect de la capacité de payer des contribuables », a laissé tomber l’ASDEQ dans son document transmis au comité présidé par l’ex-ministre Lucienne Robillard.

Sans s’avancer sur les demandes salariales et les offres de l’État, l’ASDEQ s’empresse toutefois d’ajouter que « le gouvernement doit faire en sorte que la rémunération globale de ses effectifs et des élus soit proche de celle offerte par le marché » et que les « traitements et les programmes de formation continue dans la fonction publique soient suffisamment incitatifs pour inciter les personnes compétentes et talentueuses à y faire carrière ».

Les négociations du secteur public s’annoncent ardues. Québec offre un gel salarial de deux ans suivi d’une augmentation annuelle de 1 % pendant trois ans. Indignées, les centrales syndicales, qui représentent 400 000 des 540 000 employés du secteur public, demandent 13,5 % sur trois ans.

Québec fait face à un déficit de 2,35 milliards cette année, mais compte retrouver l’équilibre budgétaire en 2015-2016. En 2014-2015, la croissance des dépenses de programmes devrait, selon le gouvernement Couillard, plafonner à 2,2 %, comparativement à une hausse de 2,9 % pour les revenus.

Le public et les autres

L’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a récemment écrit que, sur le plan de la rémunération « globale », qui inclut les avantages sociaux, le secteur public accuse un retard de 7,6 % par rapport aux autres salariés du Québec, dont 39 % avec le municipal, 28 % avec les « entreprises publiques » et 21 % avec l’administration fédérale. Le retard par rapport au privé syndiqué est de 21 % alors que, comparativement au privé non syndiqué, le public a 10 % d’avance. Par rapport à l’ensemble du secteur public, la rémunération globale du public a 2,3 % d’avance.

« Sans nécessairement enlever aux gens de la fonction publique et du parapublic, il faut évidemment penser que ceux qui permettent à ces gens-là de recevoir leur rémunération n’ont souvent pas les mêmes conditions », a dit au téléphone le directeur général de l’ASDEQ, Bernard Barrucco. « [Il faut] trouver un équilibre, ce qui n’est jamais un exercice facile, mais cela doit plus que jamais être fait. L’idée n’est pas de retirer le gagne-pain des fonctionnaires. […] Écoutez, j’en ai fait partie, du public. C’est une noble tâche. »

Quant à l’objectif du gouvernement de réduire de 3,2 milliards les dépenses de programmes, cela doit être un effet net, affirme l’ASDEQ. L’exercice ne devrait pas empêcher certaines dépenses d’augmenter si les économies totales, au final, sont les mêmes. « Quand on parle de discernement, c’est ça », a dit M. Barrucco. « Ne dérapons pas. »


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