Couillard, grand perdant

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C'est la population qui a remis Couillard à sa place

Il y a à mes yeux un seul grand perdant au débat d’hier soir, et c’est Philippe Couillard. On a toujours su que le premier ministre n’excellait pas à cet exercice comme un Jean Charest ou un Gilles Duceppe. Hier, il a tenté sans surprise de jouer au bon père de famille, tombant cependant dans cette suffisance et cette arrogance qui le caractérisent tant.


Voulant paraître rassurant, le premier ministre cherchait à se présenter comme un gestionnaire responsable, cherchant à effrayer les Québécois quant aux propositions de la CAQ, du PQ et de QS. Lui, de son côté, tenait ses promesses, réglait les problèmes quotidiens (ces fameuses vraies affaires sur lesquelles il avait été élu quatre ans plus tôt) et était encensé par les agences de notation, le milieu des affaires, les puissants de ce monde.


Nous en avons eu l’exemple hier lorsqu’au milieu de tous ses épouvantails, Philippe Couillard a déclaré que la position du Parti libéral sur le salaire minimum était appuyée par les économistes. LES économistes? En bloc? Unanimement? Je me demande sérieusement comment il a fait pour évaluer ça. Je connais bien des économistes qui ne l’approuvent pas. J’ai moi-même un doctorat en socio-économie du développement, et je ne partage pas l’idée des libéraux sur la question. Ils ont dû tout simplement oublier de nous consulter...


Mais revenons-en à l’angle de campagne des libéraux. Il faudrait, en toute logique, suivre ces administrateurs certes austères, mais ne réservant pas de mauvaises surprises. Les libéraux ont toujours voulu jouer la carte de l’ordre et de la stabilité, du statu quo, servant dans les faits les intérêts des privilégiés, des grandes fortunes issues du monde des affaires ou du milieu médical. Élection après élection, le PLQ fait campagne sur la peur du référendum (car Dieu sait qu’il est terrible de se faire demander son opinion en démocratie...), et, en 2012, pouvait même agiter la menace de la rue (alors qu’il était pourtant le responsable du climat social à ce moment).


Au débat d'hier, le premier ministre n'a pas été défait par les chefs qu'il affrontait, mais par l'intervention des citoyens. Ceux-ci pouvaient poser des questions pendant le débat, et ont rappelé Philippe Couillard à l'ordre en décrivant des situations à mille lieues de l’image idyllique que le chef libéral cherchait à projeter de son bilan. Non, tout ne va bien dans le meilleur des mondes, nous disaient les électeurs qui interpellaient, hier, les chefs.


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Simon-Pierre Savard-Tremblay159 articles

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Simon-Pierre Savard-Tremblay est sociologue de formation et enseigne dans cette discipline à l'Université Laval. Blogueur au Journal de Montréal et chroniqueur au journal La Vie agricole, à Radio VM et à CIBL, il est aussi président de Génération nationale, un organisme de réflexion sur l'État-nation. Il est l'auteur de Le souverainisme de province (Boréal, 2014) et de L'État succursale. La démission politique du Québec (VLB Éditeur, 2016).