Préparer l'après-Afghanistan... et l'après-Bush

Afghanistan - une guerre masquée



Février 2009, la date est maintenant intimement liée à la fin supposée de la mission canadienne en Afghanistan. Quand vous jetez un oeil attentif au grand calendrier politique mondial, vous constatez toutefois que cette date correspond aussi, à quelques jours près, à un événement autrement plus important pour la suite des choses: la fin du règne de George Bush (qui quitte la Maison-Blanche le 20 janvier 2009).



La classe politique canadienne, les médias et les spécialistes des relations internationales parlent beaucoup ces temps-ci de l'importance de préparer l'après-Afghanistan, mais il serait certainement plus judicieux, dans une perspective beaucoup plus large de politique étrangère, de préparer l'après-Bush.
Les 16 mois qui nous séparent de l'arrivée d'un (d'une?) nouveau président à Washington - vraisemblablement démocrate - donnent une occasion unique de revoir notre engagement dans le monde.
Notre politique étrangère, c'est un fait incontournable aussi bien politiquement que géographiquement, ne peut s'élaborer en vase clos, elle ne peut nier l'existence de notre géant de voisin. Notre petitesse relative, à l'échelle des grandes puissances, ne nous donne pas le luxe de marcher seul. Le Canada n'a pas vraiment le choix, il doit être multilatéraliste, une doctrine honnie par le président Bush.
À condition, bien sûr, que le premier ministre Stephen Harper y croie. Pour le moment, on en sait très peu sur les orientations internationales de M. Harper, mais celui-ci a promis au moment de son dernier remaniement de remettre la place du Canada dans le monde au centre des priorités de son gouvernement. Les grandes lignes devraient venir dans le discours du Trône, à la mi-octobre.
La responsabilité de préparer l'après-février 2009 n'incombe pas qu'au gouvernement, qui pourrait d'ailleurs ne plus être là à cette date, mais également à l'opposition. En particulier au Parti libéral, qui n'est pas plus précis que les conservateurs sur les grandes orientations internationales du Canada.
Les années Bush ont été tendues pour le Canada. Nous avons été mis devant des choix difficiles: l'Irak, l'Afghanistan, le bouclier antimissile, la sécurité continentale. L'intransigeance de l'administration Bush, qui a fait de la guerre au terrorisme le centre de sa politique étrangère, aura laissé bien peu de place pour les discussions bilatérales. Le mépris notoire du président pour les grandes organisations internationales (l'ONU au premier titre) aura cimenté sa doctrine du «vous êtes avec moi ou contre moi». Inconfortable pour le petit Canada.
Le changement de garde à venir à Washington devrait maintenant nous inciter à nous repositionner. Que voulons-nous être dans le monde? Quel rôle voulons-nous jouer? Quel mandat? Quelles sont nos priorités?
Le fait est que nous n'avons pas de vraie politique étrangère au Canada et les répercussions du 11 septembre 2001 ne nous auront pas donné le luxe d'en pondre une cohérente. Que des esquisses. La dernière, déposée par le défunt gouvernement Martin, prévoyait, guerre au terrorisme oblige, un renforcement de l'armée canadienne et une action à long terme en Afghanistan.
Les libéraux, évidemment, n'ont pas eu le temps de développer cette politique, qui était par ailleurs bien incomplète, selon les spécialistes en relations internationales. On connaît la suite. La mission en Afghanistan a pris une tournure beaucoup plus militariste qu'humanitaire, et même si l'ancien gouvernement libéral avait prévenu les Canadiens que nos troupes étaient en danger, le choc a été durement perçu dans la population. Normal. Quoi qu'on en dise, les Canadiens, et pas seulement les Québécois, sont attachés à l'image des Casques bleus. Quoi qu'on en dise, les gouvernements libéral et conservateur n'ont pas réussi à démontrer pourquoi nos troupes devraient continuer de servir de chair à bombe artisanale dans une guerre perdue d'avance.
Ce n'est pas de la sensiblerie de Québécois, comme voudraient le faire croire certains analystes, c'est une question culturelle. Les Casques bleus sont devenus une marque de commerce du Canada depuis 40 ans.
L'occasion se présente, avec la campagne présidentielle qui se met en branle aux États-Unis, de construire des nouveaux ponts, de passer des messages. Ceux que l'on reçoit des favoris à la présidence, les Hillary Clinton, Barack Obama et même du républicain Rudy Giuliani, quoique très timidement dans son cas, vont tous dans le même sens: la guerre en Irak est une erreur grave et ruineuse du président Bush, en plus de viser la mauvaise cible. Les prétendants à la Maison-Blanche s'entendent sur la nécessité de renforcer les troupes américaines en Afghanistan et de pousser l'offensive contre les terroristes au Pakistan.
Surtout, les candidats à la présidence, en particulier la favorite, Hillary Clinton, prônent un retour au multilatéralisme. Le moment est propice, pour le Canada, de militer en faveur d'une vraie coalition, pas un assemblage symbolique de 37 pays, dont seulement quatre font le sale boulot.
Cela permettrait, peut-être, de développer un vrai plan, avec des objectifs mesurables, pour ce que nous voulons faire en Afghanistan. Cela permettrait, surtout, de mettre la population canadienne dans le coup.


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