Pause estivale

Je souhaite que l’été qui s’amorce vous donne le goût de rêver. Parce que sans rêve, la vie perd son sens.

Chronique de Patrice Boileau


Si ma dernière chronique a pu laisser croire que l’auteur de ces lignes était « au bord de la dépression », ma résidence au contraire s’y trouva en plein cœur, mardi dernier! La pauvre fut la cible en effet de la colère du ciel, comme une bonne partie de la portion sud de la Vallée du Richelieu. Voilà qui explique mon silence de la semaine dernière.
Une brève pause qui fut accidentellement le prélude à une autre plus longue. Le temps est en effet venu de vous offrir mes vœux pour les vacances d’été. Je serai à l’extérieur du Québec dès la semaine prochaine. Ce qui explique mon départ quelque peu prématuré de l’espace que j’occupe le mercredi sur le portail de Vigile depuis 2005. De retour à la maison en juillet, je serai comme vous à l’affût de ce qui va se passer à Québec pour le 400e.
***
Quel bilan dresser de la saison politique qui s’achève? Que nous ont offert les travaux de l’Assemblée nationale cette année? Alors que des politologues attribuent présentement une note de bulletin aux élus québécois, je me contenterai d’une évaluation globale du paysage politique et tenterai une prédiction pour la prochaine rentrée.
Il est certain que la maigreur du menu législatif des dernières cessions parlementaires a non seulement endormi le gouvernement ainsi que les partis d’opposition qui siègent au Salon Bleu, mais également l’ensemble de la population. Tout paraît tourner au ralenti au Québec. L’État québécois est géré à la petite semaine et les gens en font peu de cas. Résignés, ils ne réagissent même plus aux mauvaises nouvelles qui s’accumulent. Ainsi, après avoir appris que le Québec recevait les nouveaux arrivants en anglais, vu la Gouverneure générale du Canada les représenter en France pour souligner le 400e anniversaire de leur Capitale nationale, voilà maintenant que leur gouvernement croulerait sous un déficit budgétaire de près de 6 milliards de dollars… Et toujours pas de réaction!
En quête de symboles rassembleurs, un grand nombre de Québécois ont jeté leur dévolu sur le drapeau du club de hockey Canadien, en avril dernier. Voilà un geste qui mérite une analyse poussée. Cette réaction sociétale émane-t-elle du fait qu’il était sans danger de s’exprimer ouvertement de la sorte ? Sommes-nous allergiques à ce point à des enjeux politiques pour avoir ainsi agi ce printemps? Souffririons-nous d’un défaitisme collectif profond, suite aux échecs référendaires, au point qu’il faille chercher ailleurs pour exprimer un certain « nous »? Est-ce le seul « nous » d’ailleurs qui est dorénavant à notre disposition, à la lumière du rapport de la Commission Bouchard-Taylor?
L’approche de la Fête nationale fournit des pistes de réponses. J’attendais d’ailleurs spécifiquement la venue de la Saint-Jean-Baptiste afin de voir si le drapeau québécois allait remplacer en aussi grand nombre celui qui a été vu dernièrement sur nombre de véhicules. Force est d’admettre que plusieurs ont eu le réflexe d’accrocher un fleurdelisé sur leur automobile. Mais à quelques jours des célébrations; il est clair que nous sommes loin du compte. Ils sont assurément nombreux à croire que poser ce geste est trop politique. Espérons que le 1er juillet en incite davantage à tirer la même conclusion…
Plus que jamais, c’est le vert qui triomphe, en terme de couleur politique. L’ennui, c’est qu’il faut un État fort de tous ses pouvoirs pour atteindre des objectifs environnementaux. Ce n’est pas le gouvernement libéral de Jean Charest qui l’a compris. Pour lui, l’environnement est purement électoraliste. Sa décision cette semaine d’encourager l’essor d’une industrie québécoise du véhicule électrique en est la preuve. S’ils avaient été sérieux, les libéraux l’auraient appuyée en 1993, alors qu’une équipe de chercheurs d’Hydro-Québec présentait au premier ministre Daniel Johnson un véhicule électrique révolutionnaire. Les 500 millions alors demandés n’ont jamais été octroyés. Les libéraux se comportent exactement de la même manière avec la langue française…
Avec la hausse du prix de l’essence, ils seront nombreux à tomber dans le panneau libéral. On pensera le PLQ soucieux de l’environnement, avec son annonce. Peu de Québécois par contre réaliseront qu’à Ottawa, les décisions qui s’y prennent sont totalement contraires à leur pensée. Au lieu de conclure naturellement que ce gouvernement est de trop dans leur vie, l’idée archi-usée de le combattre sera retenue. C’est ce que Jean Charest martèlera, lorsqu’il se présentera devant l’électorat québécois, possiblement cet automne. Il se dira prêt à combattre le gouvernement fédéral, aux côtés de son nouvel ami Dalton McGuinty… jusqu’à ce que ce dernier dénonce son vis-à-vis québécois de vouloir affaiblir l’industrie automobile en Ontario!
Probable que le Parti québécois se contentera alors de surenchère environnementale pour se faire élire. Placer son article 1 au centre de sa démarche donnerait pourtant beaucoup plus de mordant à sa politique verte. Faire du Québec le premier État à fournir un véritable effort pour se libérer de sa dépendance pétrolière constituerait un projet très emballant. Le nouveau pays pourrait viser le premier rang, au chapitre de l’exportation de véhicules propres. Sa grande autonomie électrique que lui confère une source d’énergie propre et renouvelable fait de ce but une cible tout à fait logique. Voilà un projet qui démarquerait les indépendantistes de leurs rivaux fédéralistes. De plus, quelle jouissance ce serait de ne pas voir la Gouverneure générale et autres chiffons rouges assister à la sortie du premier véhicule des usines d’assemblage! Quel bonheur ce serait surtout de s’affranchir enfin d’un cadre constitutionnel hostile et étranger aux sensibilités québécoises! Le PQ doit capitaliser sur les fêtes du 400e en dénonçant sa canadianisation et faire tourner le vent en faveur de son option fondamentale.
Je souhaite que l’été qui s’amorce vous donne le goût de rêver. Parce que sans rêve, la vie perd son sens.
Patrice Boileau



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1 commentaire

  • Archives de Vigile Répondre

    18 juin 2008

    Bonnes vacances M. Boileau !
    Vous concluez : «sans rêve, la vie perd son sens.»
    Vrai mais...le rêve avec les 2 pieds sur la terre pour ne pas tomber, éventuellement, de trop haut.
    L'ADQ continuera à emprunter les bonnes idées des 2 partis d'opposition sans trop se forcer avec les siennes qui sont un peu trop "provinciale".
    Le PQ va probablement placer la souveraineté et la gouvernance nationale au centre de sa prochaine campagne électorale avec le tout-à-l'électricité-ou-presque-incluant-l'auto. Est-ce que ça sera suffisant pour vaincre le très populaire "selon les sondages" gouvernement Charest ? On peut touhours y rêver. Et l'ADQ, est-ce qu'elle pourra se relever ? avec quoi ?
    En attendant, le Québec continue de s'endetter de milliards de dollars ce qui ne semble pas énerver les Québécois qui doivent bien penser que c'est quelqu'un d'autre qui va finalement...payer la note finale...sa descendance.