Parler québécois ou parler créole?

Tribune libre - 2007


La langue parlée au Québec fait l’objet de tensions vis-à-vis de certaines
susceptibilités par rapport à la grande francophonie. Tous admettent que
les Québécois ont développé à travers les siècles leur langue particulière,
comme les autres peuples d’expression française. Par contre, certains
attrapent la chair de poule s’ils entendent dire que nous parlons
québécois. Seraient-ils moins hérissés si on parlait de créolisation de la
langue française chez nous?
« Toé pis moé, on éty assez bons chums pour pouvoir scrapper une journée
complète de la job pis aller fouerrer ensemb su’a beach pour s’fér toaster
au soleil des States? »
Cette formulation (pas si rare en série télévisée) fait-elle partie de la
même langue que celle parlée en France?
Eh bien voilà, il s’agirait de préciser de quel niveau de langage il est
question, de quel groupe de locuteurs, tant au Québec qu’en France.
Car on s’entendra pour dire que même en France, on retrouvera différentes
façons de parler chez les marins bretons, les vignerons d’Alsace, les
paysans auvergnats ou les commerçants du Midi. Et à Paris, sous
l’influence des « cités » de banlieue peuplées d’Africains du Nord, le
citoyen de la rue pourra être entendu dans des envolées aussi déroutantes
que : « Moi, c’te meuf, j’la kiffe pas. Elle me prend la têt depuis que
son kem lui a piqué son portab et la force à se fringuer de hikab comme
dans la piaule d’ses vieux. »
Même au berceau du français, la langue évolue en accéléré. Ceci
explique-t-il la « créolisation » observée en Amérique?
D’abord, il faut préciser, comme le disent les experts, que pour parler de
Créole, il faut qu’il y ait mélange de plus de 2 langues. Environ 127
créoles différents sont identifiés dans le monde. Un seul en Amérique du
Nord, et il ne se trouve pas au Québec, mais à Saint-Laurent, Manitoba,
chez les Métis francophones. C’est le Mitchif, qu’on qualifiera plutôt
d’idiôme plus que Créole puisqu’il est un mélange de français et de Cri :
« L’Mitchif qu’on parle à St-Laurent ipi alentours c’t’ain mélange de
Saulteaux, Cri ipi Français (3, donc Créole?). C’i plutôt français mi ili
bain different que l’français parli en France oubaindon au Québec. C’i pas
surprenant d’entende que l’monde d’ci place ilon d’la misère comprende
l’Mitchif français qu’on parle. »
Par comparaison avec ces exemples voyons un échantillon de chiac acadien
:
« Ma sortir mon parler d’une motché acadjenne, d’un quart brayon pis d’un
quart chiac : Causse tu veux chte dise, les godam d’anglais sont fourer
partout around so, dans le temps jme charche une job, jva commencer par
faire une couple de repairs su mon vieux car. Hopefully que jpourrais
passer le checkup dessus. »
Créole? En tout cas, le « petit québécois » suit facilement cette
conversation…
M. Serge Gingras, dans un récent courriel, dit que les néo-québécois n’ont
pas à s’abaisser à parler petit-nègre pour se faire comprendre des
indigènes… que le québécois comprend le français international… D’abord,
qui dit « s’abaisser » se croit au-dessus… Et puis la question n’est sans
doute pas là. Si le néo-québécois ne peut communiquer avec nous en sortant
de ses cours de français, c’est qu’il ne nous comprend tout simplement pas!
L’accueillir, c’est bien sûr, de sortir un peu de notre créole pour
s’adresser à lui. Donc, épurer nos phrases de syntaxe anglaise, de mots
démodés, de mots inventés par notre nordicité et de prononciation molle.
Tout ceci ne s’améliore peut-être pas avec la technologie moderne de
communication, le texto et les mots abrégés pour la rapidité des courriels.
Le multilinguisme peut nous faire oublier les détails de notre belle mais
difficile langue de Molière dans toutes ses particularités langagières.
Mais, par-dessus tout, quand nous reconnaissons la richesse des apports
sociaux et culturels que constituent pour nous les jeunes artistes de la
scène nouvellement venus de par le monde, il devient agréable de faire le
petit effort pour faciliter leurs premières années parmi nous.
***
Ouhgo
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Ouhgo (Hugues) St-Pierre196 articles

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Fier fils de bûcheron exploité. Professeur retraité d'université. Compétences en enseignement par groupes restreints, groupes de réflexion, solution de problèmes. Formation en Anglais (Ouest canadien), Espagnol (Qc, Mexique, Espagne, Cuba), Bénévolat latinos nouveaux arrivés. Exploration physique de la francophonie en Amérique : Fransaskois, Acadiens, Franco-Américains de N.-Angl., Cajuns Louisiane à BatonRouge. Échanges professoraux avec la France. Plusieurs décennies de vie de réflexion sur la lutte des peuples opprimés.





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