On verra

Crise de leadership au PQ


Après les résultats des élections partielles désastreuses du 17 juin 2002, les stratèges libéraux en étaient venus à la conclusion qu'il était urgent de frapper un grand coup. Plus de quatre ans après qu'il fut devenu chef du PLQ, les Québécois doutaient encore que Jean Charest ait l'étoffe d'un premier ministre.
Ils avaient planché tout l'été sur le plan d'action que M. Charest avait rendu public au début septembre. Soudainement, on s'est mis à lui trouver des qualités totalement insoupçonnées jusque-là. Qu'il n'ait pas tenu ses engagements est une autre histoire. À l'époque, l'important était d'établir sa crédibilité.
La situation d'André Boisclair n'est pas aussi désespérée que celle dans laquelle se trouvait le chef libéral, dont le leadership était menacé. Même s'il en a déçu plusieurs, M. Boisclair est bien en selle au PQ, mais un sérieux doute sur sa capacité de gouverner subsiste dans la population.
Bon nombre de ses députés le pressent de commencer dès maintenant à dévoiler des éléments concrets de sa future plateforme électorale. Peine perdue, il persiste à se complaire dans les lieux communs. Ses envolées sur les quatre «e» (éducation, environnement, économie, espoir) ne convaincront personne. On serait même tenté d'ajouter un cinquième «e» pour ennui.
M. Boisclair est pourtant le premier à reconnaître la nécessité de positions claires et précises. Samedi matin, à l'ouverture de la Conférence des présidente et des présidentes, il a déclaré : «Notre défi n'est pas de fédérer les mécontents, mais de proposer une alternative.» Il a ajouté que le PQ démontrerait sa loyauté envers le peuple québécois par la «rigueur» de ses propositions. «Les Québécois veulent un gouvernement qui inspire confiance, qui dit ce qu'il va faire.»
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À peine une demi-heure après son discours, la conférence de presse du chef péquiste lui offrait une magnifique occasion d'illustrer ses propos de façon concrète. Par exemple, que répondait-il à la coalition SOS Orford, qui lui demandait de s'engager officiellement à annuler la vente du mont Orford, si le PQ prenait pouvoir ?
M. Boisclair s'est lancé dans de longues explications sur la nécessité de procéder à des études de marché, et de soumettre le projet au BAPE, de créer un comité interministériel, etc. Pourtant, tout le monde sait que, en sa qualité de chef de l'opposition, il n'a aucun moyen d'imposer quoi que ce soit.
De toute manière, ne conviendrait-il pas d'annuler purement et simplement un projet qui prévoit toujours la construction de centaines de logements dans ce qui est présentement un parc national ? Au printemps dernier, le chef du PQ conseillait au promoteur André L'Espérance de ne pas mettre une piastre dans la construction de condos avant les élections. Qu'en est-il aujourd'hui ? «On verra où en sera rendu», a-t-il répondu. Le plus drôle a été de l'entendre accuser le gouvernement Charest de «naviguer à vue» dans ce dossier.
Samedi, l'association péquiste d'Orford a présenté à la Conférence des présidents et des présidentes une résolution d'urgence réclamant que l'engagement d'abroger la loi 23 soit consigné officiellement dans la plateforme électorale du parti. Comme on le fait généralement au PQ avec les résolutions embêtantes, celle de l'association d'Orford a été renvoyée au prochain conseil national, à la fin d'octobre, dont le thème sera précisément le développement durable.
Manifestement, M. Boisclair veut se garder une porte de sortie au cas où il se retrouverait mis devant le fait accompli. Une expropriation à grande échelle ne serait pas une mince affaire. En revanche, cette menace serait de nature à inciter les acheteurs potentiels à la prudence. Encore faudrait-il qu'elle paraisse sérieuse. En fin de semaine, M. Boisclair n'a certainement inquiété personne.
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Une fois assis dans le fauteuil du chef de l'opposition à Assemblée nationale, la tentation sera forte de s'en tenir à une critique en règle de l'action du gouvernement Charest, tout en s'engageant le moins possible.
On dit que Jacques Parizeau fait partie de ceux qui conseillent à M. Boisclair de ne pas ouvrir son jeu trop rapidement, mais ce qui valait pour l'ancien premier ministre ne s'applique pas nécessairement à l'actuel chef du PQ.
Personne ne doutait que M. Parizeau avait la stature voulue pour gouverner le Québec. Il avait été un des grands architectes de la Révolution tranquille et le plus brillant ministre des Finances de l'histoire du Québec. M. Boisclair devrait plus modestement comparer sa situation à celle de Jean Charest.
S'il n'a pas la vision de M. Parizeau, il y a suffisamment de ressources intellectuelles au PQ et au sein du mouvement souverainiste pour pallier cette lacune. Le jour où il voudra faire des propositions concrètes, on lui en fournira, mais plus il tardera à étoffer ses discours, plus l'impression qu'il n'a rien à dire sera difficile à dissiper.
Or personne ne sait quand les élections auront lieu. Une des raisons qui pourraient inciter M. Charest à les déclencher de façon précipitée serait précisément de prendre avantage des doutes que suscitent les capacités du chef péquiste.
Le premier ministre sait bien que, à défaut d'avoir présenté son programme sept mois avant les élections, lui-même n'aurait pas eu suffisamment de crédibilité pour que la population prenne le risque de lui confier les rênes du pouvoir.
Ce n'est pas à la veille d'une campagne électorale qu'une telle démonstration est possible. De toute manière, une campagne de trente jours menée à un rythme infernal laisse peu de place aux discussions sur le fond des programmes. Référendum mis à part, quelle sorte de gouvernement M. Boisclair offrirait-il aux Québécois ? C'est comme pour le mont Orford : «On verra où on en sera rendu.»
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mdavid@ledevoir.com


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