On recrute !

Politique étrangère et Militarisation du Canada


L'armée canadienne a durci son slogan de recrutement - le guerrier «Combattez» ayant remplacé l'humanitaire «Si la vie vous intéresse» - mais a ramolli ses conditions d'embauche: plus besoin d'afficher une forme minimale pour faire partie de la troupe. Que ne ferait-on pas pour attirer des soldats à l'heure où tout le pays se demande pourquoi notre gouvernement tient tant à aller s'enliser en Afghanistan!
Officiellement, le chef d'état-major de la Défense canadienne, Rick Hillier, l'a encore dit cette semaine: l'armée n'a aucun problème de recrutement. Les nouveaux venus seraient même deux fois plus nombreux que l'an dernier.
Voilà tout un revirement quand on sait qu'en mai dernier, la vérificatrice générale Sheila Fraser soulignait plutôt que les recrues compensent tout juste les départs. Selon son rapport, l'armée a accueilli 20 000 personnes au cours des quatre dernières années, mais 16 000 autres sont parties, principalement pour la retraite. Et compte tenu de la durée de la formation, au net, l'armée ne pouvait compter que sur 700 militaires de plus. Or les conservateurs ont promis d'ajouter 13 000 soldats aux troupes existantes!
Ottawa aura beau s'en défendre, il est donc clair que l'inventivité est à l'oeuvre pour faciliter l'embauche. Depuis le 1er octobre, une de ces mesures est en vigueur: plus besoin de passer un test d'aptitude physique, c'est dorénavant l'armée elle-même qui mettra les volontaires en forme! Curieuse décision quand l'objectif visé consiste à avoir des gens en mesure de supporter une dure mission dans un pays lointain.
Mais d'autres projets sont dans l'air, comme l'a révélé le Globe and Mail: des membres de la marine et de l'aviation pourraient être appelés à servir au sein de troupes terrestres en Afghanistan. Devant les critiques que cette hypothèse soulève, la formation requise étant très différente d'une unité à l'autre, le général Hillier et le ministre de la Défense ont expliqué qu'il ne s'agit pas d'avoir des marins qui combattent sur terre mais de s'en servir comme conducteurs de convois, libérant ainsi d'autres soldats.
Il est aussi question d'allonger la durée du séjour des troupes en Afghanistan (neuf mois plutôt que six) et d'obliger les recrues à passer deux ans dans l'armée de terre avant de pouvoir choisir l'unité au sein de laquelle ils veulent poursuivre leur carrière militaire (ce choix se fait actuellement après 13 semaines d'entraînement de base).
En fait, il y a déjà un moment que la direction de l'armée jongle avec différentes idées pour se renflouer. L'affaire n'avait pas fait grand bruit, mais en février dernier, le général Hillier avait publiquement évoqué la possibilité d'enrôler des immigrants fraîchement débarqués au pays, en échange de quoi l'obtention de leur citoyenneté canadienne pourrait être accélérée. Si on n'en est pas encore aux grandes razzias de l'armée américaine dans les milieux pauvres du pays, l'esprit n'en est pas très loin! Après tout, la guerre est une bête gourmande: il en faut, des gens, pour la nourrir.
Ce besoin d'élargir l'enrôlement était évidemment inconnu de la population lorsque le gouvernement Martin puis celui de M. Harper ont décidé, sans en débattre, d'envoyer des troupes canadiennes sur le front afghan. Aujourd'hui, la méfiance domine chez les électeurs de toutes les provinces: outre les morts qui s'accumulent, chacun voit bien le bourbier dans lequel l'Afghanistan est plongé, sans que l'on sache si notre présence là-bas change vraiment quelque chose.
Quel mépris dès lors de chercher à y envoyer encore plus de gens, à n'importe quel prix.
jboileau@ledevoir.ca


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