Notre-Dame-de-la-Déception

Chronique de Robert Laplante


Bonne semaine pour ériger une statue. Les inconditionnels du Canada, les mêlés, les éternels patients et même les moroses pourront aller se recueillir et méditer devant celui qui, toute sa carrière durant, a confondu plan d'affaire et rendez-vous avec l'Histoire. Il a raté ce que pourtant notre peuple lui aurait laisser saisir et réaliser. Il aurait pu tenir une place immense, unique, il se contentera de prendre le rang sur la colline des intendants...
Il y avait au moins un sculpteur de travaillant et c'est sans doute à lui que pensait l'oracle de Saint-Cœur-de-Marie qui a fait vendre les gazettes de la convergence et tourner en boucle dans la boîte à malice de Québécor son sermon dépité. On aurait pu se désoler de ce que cela tienne lieu de débat public. Mais ce n'était peut-être pas qu'une réminiscence. La politique des lamentations à laquelle il a tant excellé revient à l'ordre du jour. Peut-être, au fond, n'a-t-il pas tant fait de l'ombre à Boisclair qui tentait sa rentrée que dresser un nouvel horizon pour le gouvernement Charest.
En pleine crise forestière, la ministre Courchesne a dû se contenter de sa déception en ce qui concerne le programme d'aide aux travailleurs âgés lancé par Ottawa. Jean Charest lui-même reconnaissait en lançant le plan d'aide être déçu parce qu'Ottawa «aurait pu en faire plus». Les sans-chemise qui se sont rendus à Ottawa pourront marcher encore longtemps. C'est bien décevant de se faire voler des milliards pigés dans la caisse d'assurance-emploi. Ils pourront tourner en rond autour du Parlement en attendant qu'une solution bancale finisse un jour par arriver. Dans la province, on a toujours tout son temps lorsqu'il s'agit d'attendre qu'Ottawa veuille bien donner suite.
Même Jean-Marc Fournier s'est désolé lui aussi. Il était déçu qu'Ottawa tarde autant à contribuer au financement post-secondaire. Il était, du reste, tellement déçu qu'il n'a évidemment pas abordé la question du partage des compétences. Il était plutôt préoccupé de la compétitivité du Québec. On comprend que la province est en compétition avec la planète entière mais qu'elle ne l'est pas avec Ottawa pour le contrôle de ses impôts. Il en a sans doute trop plein les bras avec sa réforme, le pauvre ministre Fournier, pour oser laisser entendre qu'il y a tout de même des limites.
Quant aux artistes et troupes qui avaient planifié des tournées, ils sont, eux aussi, déçus. Le ministère des Affaires étrangères réduit les budgets. Le rayonnement international de la culture québécoise en vitrine d'usurpation canadian va souffrir. La ministre Beauchamp ne manquera pas la pose, c'est certain. Tout ça est tellement décevant. Il va falloir continuer à sourire...
Pour ce qui est de respirer de l'air pur ou encore de réduire les gaz à effets de serres, là encore, le pauvre Béchard est déçu. Quarante-quatre ans, c'est long, même quand on a l'habitude de vivre en sous-oxygénation chronique. Et dire que le plan Kyoto provincial s'était attiré des louanges à Toronto. Il faudra se passer des 328 millions réclamés. C'est bien décevant.
Après avoir tant de fois changé de thème de marketing (les impôts, la santé, le fédéralisme asymétrique) le gouvernement Charest vient peut-être de trouver son thème porteur. La politique des lamentations lui donnera le registre manquant. Bouchard vient de lui paver la voie. Il aime tellement servir, celui-là. Le jour même où il nous assurait servir la vérité, notre Premier sous-ministre était déçu par les pirouettes de Boisclair à propos de son programme. Et puis le spectacle aussi a été très décevant. Et puis Charest était déçu de voir que les séparatistes cachent leurs véritables intentions.
Le PQ lui-même pourrait être si décevant qu'une bonne rhétorique nationaliste finira peut-être par faire bien paraître Charest au jeu de la comparaison. Il faudrait qu'il travaille un peu plus fort. Et de la déception il passera progressivement en mode revendication-pas-trop-brusque. Il tiendra compte de «certaines réalités politiques». Il sera déçu, il nous reparlera de déséquilibre fiscal. Mais il serait tellement décevant de manquer de persévérance. Il ne faudrait pas se surprendre de l'entendre se mettre à vouloir réclamer notre butin. Quand on ne sait plus quoi dire, il faut se replier sur ses classiques. C'est ce qu'est venu rappeler Lucien Bouchard, cette semaine. Au lieu de se battre, il vaut toujours mieux se flageller. Quand ça arrête, on se sent mieux. Et en travaillant plus fort, on finit par s'imaginer que c'est vraiment cela le bien-être.
La province, qui ne sait plus à quel saint se vouer, est en passe de larguer Saint-Jean-Baptiste pour Notre-Dame-de-la-Déception.

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Robert Laplante149 articles

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Robert Laplante est un sociologue et un journaliste québécois. Il est le directeur de la revue nationaliste [L'Action nationale->http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Action_nationale]. Il dirige aussi l'Institut de recherche en économie contemporaine.

Patriote de l'année 2008 - [Allocution de Robert Laplante->http://www.action-nationale.qc.ca/index.php?option=com_content&task=view&id=752&Itemid=182]





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