Nos politiques d'immigration sont maintenant inefficaces

(Opinions tirées du mémoire intitulé «Le lien manquant» présenté par Gérard Latulippe à la Commission sur les accommodements raisonnables)

Accommodements - Commission Bouchard-Taylor

La langue française est la langue commune de tous les Québécois. Ce fût notre grand débat des années 1970. Aujourd'hui, la question reste au cœur de toutes nos préoccupations politiques, mais le débat s'est déplacé. En effet, il n'est plus uniquement axé sur la protection de notre langue, mais bien de notre culture. Car les deux vont de pair. Elles font partie de notre identité nationale.
Or, depuis l'an 2000, entre 16% et 20% des nouveaux immigrants du Québec proviennent des pays d'Afrique du Nord où l'on parle français, mais de culte musulman. Et nous commençons à vivre ce qui, en fait, est un phénomène occidental. L'incompatibilité des valeurs est devenu un problème majeur sur le continent européen où la population actuelle de 20 millions de musulmans aura probablement doublé d'ici 2025.
Ce n'est plus un thème de l'extrême droite. Même les Verts s'en inquiètent : «Beaucoup de gens, des progressistes, pas des nationalistes, pas l'extrême droite disent : cette religion est là, elle joue un rôle et remet en cause nos acquis des années 1960 et 1970, note le Néerlandais Joost Lagendijk, député européen appartenant aux Verts, une formation qui s'intéresse aux problèmes des musulmans. D'où cette crainte d'être ramené de nombreuses années en arrière et de devoir expliquer aux émigrés que les hommes et les femmes sont égaux et que les gais doivent être bien traités. Ce qui signifie que tout est à recommencer».
Cette nouvelle réalité sociale résultant de l'immigration des 20 dernières années met en danger la cohésion sociale du Québec d'aujourd'hui. Elle est aussi porteuse de phénomènes nouveaux que sont les revendications pour obtenir de plus en plus d'accommodements que j'appellerais des statuts d'exception relatif à aux codes de vie de certains groupes minoritaires. D'ailleurs, nous sommes obligés de nous rendre à l'évidence que la grande majorité de ce qui a été appelé «accommodements raisonnables» proviennent essentiellement de revendications de la communauté juive hassidique, la communauté musulmane et la communauté sikh orthodoxe.
Nous sommes aussi amenés à constater qu'il existe un fil conducteur dans toutes ces demandes d'accommodements : des motifs religieux sont presque toujours invoqués... ce qui ne signifie pas qu'il s'agit vraiment de l'expression du droit de liberté de religion des individus garanti par nos Chartes. Elles sont plutôt l'expression d'un fondamentalisme religieux imperméable aux valeurs du pays d'accueil.
Or, il faut regarder la situation en face. Nos politiques d'immigration sont maintenant inefficaces. Les immigrants qui refusent de s'intégrer n'auraient pas dû être sélectionnés au départ. Ils constituent une menace pour notre cohésion sociale et pour notre identité. Ne doit-on pas considérer nos valeurs, notre culture et la capacité des nouveaux immigrants de s'y intégrer comme des facteurs aussi importants que la langue? Ne doit-on pas tenir compte de la compatibilité des valeurs dans la sélection des immigrants?
Au-delà de ces questions brûlantes que nos politiques désuètes en matière d'immigration ont oublié de poser, le lien manquant, c'est en grande partie le silence de la Commission sur la montée en puissance des fondamentalismes religieux au Québec comme il y a plusieurs exemples dans le monde occidental. Les revendications actuelles de pratiques d'accommodements sont un signe précurseur de dérives du refus de s'intégrer de communautés animé par un intégrisme qui les mène à se regrouper au sein de ghettos religieux ou sociaux culturels. Dans le cas de l'islam, la radicalisation religieuse, peut mener à l'émergence d'un terrorisme intérieur comme il y en a eu en France, en Espagne, en Angleterre. Et comme Toronto y a échappé de justesse.
Le lien manquant, c'est aussi celui que devrait faire la Commission entre immigration, intégration et sécurité publique. Nous avons tout à gagner à faire ce lien. Tant du côté de la nation québécoise que de ceux et celles qui veulent s'y joindre.
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Gérard Latulippe*
Ancien ministre du Gouvernement de Robert Bourassa et Délégué général du Québec

*L'auteur est actuellement en poste en Afrique du Nord, où il dirige une organisation non gouvernementale internationale.
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Président du Centre international des droits de la personne et du développement démocratique (Droits et Démocratie)

L'auteur a été député et ministre sous le gouvernement libéral de Robert Bourassa. Il a été délégué général du Québec à Bruxelles et au Mexique. Il travaille maintenant pour une organisation internationale dans plusieurs pays de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient.





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