ACCOMMODEMENTS RAISONNABLES

Intégrisme religieux : danger

Accommodements - Commission Bouchard-Taylor


Le gouvernement Charest vient de mettre sur pied une commission d’enquête publique sur les accommodements raisonnables. Un triple mandat lui a été confié :
- Dresser un «portrait fidèle des pratiques d’accommodements».
- Mener une consultation dans toutes les régions.
- Définir des balises afin que les pratiques d’accommodements respectent les «valeurs communes du Québec».
On veut regarder les effets d’un problème alors que ce sont les causes qui devraient inquiéter cette commission. En fait, et c’est là le fond de la question, il faudrait se demander si ces nombreuses pratiques d’accommodements ne révèlent pas une montée en puissance d’un intégrisme religieux, incompatible avec nos valeurs communes, en particulier l’égalité entre les sexes.
L’intégrisme religieux teste nos limites
Le dictionnaire défini l’intégrisme comme étant «l’intransigeance opposée à toute transformation relativement à la pratique et au dogme d’une religion». Partout dans le monde, c’est cette intransigeance d’intégristes religieux qui est à la source des chocs de valeurs dont on est témoins.
Pour les intégristes de religion juive, mais surtout musulmane, cette intransigeance va très loin. Les croyances et dogmes de leur religion deviennent leur identité même, un mode de vie et leurs points de référence vis-à-vis du monde extérieur. On pourrait aussi parler dans leur cas de «fondamentalisme» qui se définit comme étant «une forme intégriste d’une religion, qui défend une interprétation littérale des textes sacrés.» Or, les intégristes ou fondamentalistes religieux deviennent imperméable aux valeurs du pays où ils immigrent. Même que celles-ci génèrent souvent chez eux des frustrations sociales et même de l’hostilité vis-à-vis du monde extérieur. C’est pourquoi, très souvent, ils finissent par se regrouper au sein de ghettos religieux et se referment sur eux-mêmes. La mosquée ou la synagogue constitue l’épine dorsale de leur communauté, leur chef religieux devient leur référence. Leurs pratiques religieuses les obligent à penser à Dieu à chaque seconde de la vie quotidienne, du réveil au coucher, en passant par les heures de la prière, à ce qu’il faut ou non manger, à la manière de se vêtir. Aucun comportement, même le plus insignifiant, n’est libre d’interprétation. C’est le règne de l’obéissance et de la soumission.
L’intransigeance de l’intégrisme
Et en ce qui concerne les accommodements, il faut regarder la situation en face : des intégristes religieux sont bel et bien en train de tester le système de valeurs de notre société dans l’objectif manifeste d’en faire reculer le plus possible les limites afin de permettre la progression maximale des limites de leur propre système de valeur.
La femme et son péché
Les intégristes musulmans et juifs fondamentalistes partagent nombre de conceptions dont celle de l’infériorité de la femme. Quand, au Québec, un père doit quitter la piscine pour que des filles musulmanes ne soient pas vues en présence d’un homme ou qu’une femme ne peut pas se faire traiter par un homme médecin; il existe cette notion insidieuse que la femme est impure. Elle est l’objet de désir et de péché. Bien plus, elle en est coupable. Il faut donc la séparer de l’homme.
Pour les juifs, le Lévitique et les Nombres stipulent qu’il n’y a pas de relations sexuelles en dehors du mariage; le divorce à la discrétion de l’époux sans grandes formalités; l’illégalité d’un mariage avec un non juif; l’interdiction pour les femmes d’étudier la Torah qui, par contre, doit obligatoirement être étudiée par les hommes.
L’islam affirme nettement la supériorité des hommes sur les femmes. D’où une série de diktats : interdiction de laisser à l’air libre les cheveux (IV,34), la peau des bras et des jambes; interdiction de se marier avec un non musulman (III,28); pas question de serrer la main d’un homme sinon avec un gant; invitation à se soumettre à tous les désirs sexuels du mari (II,223); légitimation des coups sur son épouse en cas de suspicion, la culpabilité n’a même pas à être prouvée; un témoignage féminin équivaut à la moitié d’un témoignage masculin. Et il ne faut pas se leurrer : dans les pays musulmans, très souvent, la femme ne porte pas le voile par choix. Le port du voile consacre subtilement son infériorité. Elle veut démontrer sa pureté pour obtenir une meilleure chance de trouver un mari. Elle veut éviter le harcèlement sexuel dans les lieux publics. Elle veut éviter la jalousie du mari.

Poser les vraies questions

Avec cette commission, nous venons d’assister encore une fois à un raccourci politique utilisé manifestement pour mettre le couvercle sur une marmite «incommodante» à la veille des élections. Les Québécois ont droit à ce qu’un vrai débat s’engage sur des questions qui sont fondamentales non seulement sur l’intégration des immigrants mais aussi sur notre manière de vivre ensemble et pour l’avenir de notre nation.
Et il ne faut surtout pas se méprendre : ce n’est pas un débat limité au Québec. Tous les pays occidentaux y sont confrontés. Puisque c’est un phénomène mondial, il serait surprenant que le Québec y échappe. En conséquence, il est important de se demander si notre politique d’intégration des immigrants est adéquate pour faire face à cette nouvelle réalité et si les moyens dont nous disposons sont suffisants pour s’assurer que nos valeurs communes (l’égalité entre les sexes notamment) puissent être acceptées et respectées par tous.
Ce serait passer à côté que de se limiter à baliser les pratiques d’accommodements pour qu’elles respectent «les valeurs communes du Québec». En n’attaquant pas la cause du problème, on «pellette en avant».
Les interdits religieux auxquels nous sommes confrontés sur la place publique ne constituent que la pointe de l’iceberg. Le danger, c’est bien plus l’émergence et l’acceptation par notre société d’un intégrisme plus étendu au sein de la cellule familiale et de leur communauté. Un mouvement dont on ne sait pas dans quelle spirale de dérapage, de désordres sociaux ou même à la limite de violence il pourrait nous entraîner. D’autres pays l’ont vécu et le vivent encore. Il ne faudrait pas répéter des erreurs ayant mené à des culs-de-sac explosifs.
Gérard Latulippe
L’auteur a été député et ministre sous le gouvernement libéral de Robert Bourassa. Il a été délégué général du Québec à Bruxelles et au Mexique. Il travaille maintenant pour une organisation internationale dans plusieurs pays de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

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Président du Centre international des droits de la personne et du développement démocratique (Droits et Démocratie)

L'auteur a été député et ministre sous le gouvernement libéral de Robert Bourassa. Il a été délégué général du Québec à Bruxelles et au Mexique. Il travaille maintenant pour une organisation internationale dans plusieurs pays de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient.





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