Nomination du numéro un d'un lobby anglophone au Conseil supérieur de la langue française

La ministre ne voit pas l'ombre d'un conflit d'intérêts

La langue - un état des lieux


Québec - La ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, ne voit aucun problème déontologique ou autre à la nomination à titre de membre du Conseil supérieur de la langue française (CSLF) de Sylvia Martin-Laforge, directrice générale et membre du conseil d'administration d'un groupe de pression de la communauté anglophone, le Quebec Community Group Network (QCGN).
Le Quebec Community Group Network regroupe la plupart des associations d'anglophones du Québec. Cet organisme a pris le relais de la défunte Alliance Québec. À ce titre, c'est Patrimoine Canada qui lui fournit la quasi-totalité de son budget annuel de 900 000 $. Le QCGN, qui se pose aujourd'hui comme le principal groupe de pression à défendre les intérêts de la communauté anglophone du Québec, revendique davantage de services en anglais de la part du gouvernement québécois, notamment dans le réseau de la santé, ainsi que du gouvernement fédéral. Sans user de la même agressivité qu'Alliance Québec, ce groupe de pression est parfois critique envers le gouvernement. En avril 2007, Mme Martin-Laforge avait déploré que le nouveau conseil des ministres, désigné par le premier ministre Jean Charest, ne comptât qu'un seul ministre issu de la communauté anglophone, la jeune ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, Yolande James.
Depuis 2002, les membres du CSLF sont soumis à un code d'éthique et de déontologie qui stipule qu'ils «doivent, dans l'exercice de leurs fonctions pour le Conseil, agir [...] indépendamment de tout groupe de pression».
Au cabinet de Mme St-Pierre, on a toutefois indiqué ne voir aucun problème déontologique à cette nomination, qu'on estime parfaitement normale. «C'est ça. Comme disent les ados, je suis bouchée. Je n'ai pas autre chose à ajouter», a livré l'attachée de presse de la ministre, Marie-Hélène Paradis. «On a vraiment fait cette nomination pour les qualités personnelles et l'expérience professionnelle de Mme [Martin-Laforge]. Pour nous, ça correspondait aux critères qu'il fallait.»
Québécoise de naissance, Sylvia Martin-Laforge, âgée de 61 ans, a fait carrière en Ontario. Avant de devenir directrice générale du QCGN, en janvier 2007, elle a été analyste senior au Bureau du Conseil privé à Ottawa et directrice des politiques d'enseignement en langue française au ministère de l'Éducation de l'Ontario. «Je suis vraiment biculturelle», a-t-elle signalé au Devoir. En Ontario, elle a défendu les droits de la minorité francophone et, aujourd'hui au Québec, elle défend les droits de la minorité anglophone.
Pour Mme Martin-Laforge, sa nomination au CSLF est «une occasion de faire part de mes opinions, de mes expériences antérieures, de ce que c'est d'être dans un contexte de minoritaire dans une autre province. J'apporte une perspective assez particulière».
La nouvelle membre du CSLF ne croit pas que sa nomination pose un problème de conflit d'intérêts. Elle a précisé avoir reçu l'aval de son conseil d'administration. La ministre St-Pierre l'a félicitée de sa nomination vendredi. En revanche, le fait qu'elle conseille la ministre ne l'empêchera pas de se montrer critique envers le gouvernement quand elle portera le chapeau de directrice du QCGN, a-t-elle soutenu.
Mais Mme Martin-Laforge se dit étonnée de l'attention suscitée par sa nomination. Elle avoue qu'elle garde une petite gêne. «C'est un tout petit peu délicat. J'ai peut-être été personnellement un peu naïve par rapport à tout ça. Je ne pensais pas que ça ferait tant de chiard, comme ma grand-mère disait.»
Mme Martin-Laforge rencontrera mardi le président du CSLF, Conrad Ouellon, pour la première fois. Mais elle n'a pas du tout l'intention de remettre en question sa participation au CSLF, a-t-elle indiqué.


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