Lumière

L'affaire Mulroney-Schreiber

Vrai ou faux scandale? Plus personne ne sait trop quoi penser de cette affaire des 300 000 $ versés par l'homme d'affaires germano-canadien Karlheinz Schreiber à l'ancien premier ministre Brian Mulroney. Les accusations lancées par le premier sont graves, et les explications fournies par le second incomplètes, si bien que les doutes s'accumulent et viennent nourrir le cynisme à l'endroit des hommes et des femmes engagés en politique depuis le scandale des commandites. D'où l'importance que la lumière soit faite.
L'actuel premier ministre ne pouvait refuser la tenue d'une enquête publique dès lors que Brian Mulroney la réclamait lui-même. Il lui reste maintenant à définir son mandat et à trouver qui présidera cette enquête. L'exercice devra permettre d'aller au fond des choses. Tout le dossier Airbus, c'est-à-dire le versement allégué de pots-de-vin à des politiciens canadiens à la suite de l'achat d'appareils de cette compagnie par Air Canada en 1988, devra être réexaminé dans tous ses aspects.
Au coeur de cette affaire, on retrouve Karlheinz Schreiber qui a des liens depuis 1983 avec le Parti conservateur. Il a servi d'intermédiaire dans l'achat d'appareils Airbus par Air Canada, au coût de 1,8 milliards. Des commissions de 20 millions ont été versés à une société à laquelle il était associé. Récemment, il multipliait les allégations selon les quelles des sommes d'argent auraient été versées à M. Mulroney. Faut-il le croire? Il faut d'abord retenir que cet homme est sur la défensive. Depuis huit ans, il lutte pour échapper à l'extradition vers l'Allemagne où des poursuites l'attendent pour fraude fiscale. Une enquête publique lui permettrait de rester au Canada.
Les faits qu'allègue M. Schreiber dans des affidavits déposés en cour sont partiellement vrais. Par exemple, la rencontre avec M. Mulroney l'avant-veille de sa démission du poste premier ministre a bien eu lieu. Mais ce dernier nie avec force qu'il y ait eu alors conclusion d'entente d'affaires. Par la suite, il est bien vrai que M. Schreiber versa trois fois 100 000 $ en argent comptant pour les services rendus par M. Mulroney supposément comme lobbyiste dans une affaire de pâtes alimentaires.
Ces 300 000 $ créent un doute autour de M. Mulroney. De la part d'un homme aussi averti, il est difficile de comprendre pourquoi il a accepté de l'argent comptant; pourquoi il n'y a pas eu d'entente signée définissant la nature des services à rendre; pourquoi il a attendu avant de déclarer ce revenu à l'impôt. Les explications attendues ne sont pas venues. Était-ce parce que l'ancien premier ministre voulait réserver ses droits? Lui accorder le bénéfice du doute devenait de plus en plus difficile, ce qu'a compris Stephen Harper qui, vendredi dernier, prenait ses distances avec M. Mulroney en annonçant qu'il allait demander l'avis d'un expert indépendant sur la conduite à suivre.
Accepter la tenue d'une enquête publique est, pour Brian Mulroney, l'ultime moyen d'affirmer son intégrité. S'il prend un tel risque, c'est qu'il doit n'avoir rien à se reprocher, nous suggère-t-il. Sauf que cela doit être démontré hors de tout doute. Devant une commission d'enquête, il n'aura pas le choix d'être transparent et de répondre à toutes les questions. Karlheinz Schreiber aussi.
Devoir se soumettre à une enquête publique, quel qu'en soit le résultat, reste néanmoins humiliant pour l'ancien premier ministre. Sauf erreur, il faut remonter à 1873 et à John A. MacDonald, pour voir un premier ministre soumis à un tel exercice. C'était à propos du versement de pots-de-vin reliés à la construction du chemin de fer du Pacifique. Quel curieux retour des choses pour un homme qui a commencé sa carrière publique en siégeant à une commission d'enquête, celle présidée par le juge Robert Cliche qui portait sur l'industrie de la construction au Québec.
Pour sa part, le gouvernement Harper se libère d'un poids. Il se dissocie du panier de crabes qu'agitait un Parti libéral bien heureux de pouvoir mettre dans le même paquet les noms de Harper, de Mulroney et de Schreiber. Il éloigne un débat gênant car, vraisemblablement, cette enquête ne commencera pas avant plusieurs mois, probablement pas avant les prochaines élections. La lumière sera faite, mais bien tard.
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