Les trente ans de la loi 101: entre fierté et colère

Loi 101 - 30e anniversaire - Adoption de la loi 101



La loi 101 a 30 ans. Et bien peu de lois, à l'instar de celle-ci, ont façonné la société québécoise de façon aussi déterminante. Cet anniversaire peut, à juste titre, nous remplir de fierté. Autant pour l'esprit visionnaire et la détermination qui ont prévalu au moment de sa conception et de son adoption, pour le caractère francophone de la société qu'elle a affirmé, pour l'intégration des immigrantes et immigrants à la majorité francophone dont elle a été l'instrument que pour le consensus social qu'elle suscite toujours.
Malheureusement, une fois de plus serions-nous tentées de dire, notre fierté cède le pas à la colère devant la nouvelle attaque qui vient de lui être portée par le récent jugement de la Cour d'appel du Québec.
D'aucuns pourront bien tenter de minimiser la portée de celui-ci en soulignant le nombre réduit d'élèves qui utilisent la passerelle que représente une année d'études en anglais dans une école privée non subventionnée pour acquérir le droit à l'école anglaise. Mais que l'on ne s'y trompe pas. Ce jugement de cour s'inscrit dans le triste cortège de tous ceux qui, au fil des 30 dernières années, ont affaibli les dispositions de la loi 101. Il est la manifestation évidente du fait que certaines et certains ne souscrivent absolument pas à l'idéal d'une société clairement francophone en Amérique du Nord et nient toujours la nécessité de mesures particulières et de certaines contraintes pour que cela soit possible.
Il y a aussi quelque chose de profondément choquant à voir des tribunaux consentir à ce que l'esprit même de la Charte canadienne des droits et libertés soit ainsi perverti par l'utilisation d'un stratagème pour éviter de s'y confirmer.
Car c'est bien de cela qu'il est question. En fait, les juges de la Cour d'appel ont accepté de cautionner la pratique douteuse qui consiste à «acheter», ni plus ni moins, un droit de fréquentation de l'école anglaise. À quand les nouvelles contestations sur la base d'un raisonnement qui fera valoir le caractère discriminatoire de cette pratique réservée aux mieux nantis?
Le gouvernement du Québec a décidé d'en appeler du jugement et de porter la cause devant la Cour suprême.
Il ne pouvait en être autrement. Encore que la perspective de s'en remettre à cette Cour ne soit pas particulièrement rassurante compte tenu de ses jugements passés dans le dossier linguistique québécois.
Depuis 30 ans la société québécoise a profondément changé. Davantage ouverte sur le monde, accueillante plus que jamais, elle a vu sa population se diversifier et se métisser. L'utilisation d'une langue commune, le français, représente, dans ce contexte de diversité culturelle, à la fois l'expression du caractère distinct du Québec en Amérique et dans le monde, mais aussi, et surtout, l'instrument de la citoyenneté pleine et entière, du dialogue interculturel et de la cohésion sociale.
C'est pourquoi, indépendamment de la saga juridique qui se poursuit, l'essentiel à nos yeux c'est de réaffirmer le consensus qui prévaut aujourd'hui en faveur du caractère francophone du Québec et de continuer à construire le front social qui empêchera toute dérive à ce chapitre.
C'est ce à quoi s'emploiera toujours le Parti québécois.
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Monique Richard, Présidente du Parti québécois
Pauline Marois, Chef du Parti québécois


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