Les immigrants récents peinent à trouver un emploi

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Immigration et emploi : une catastrophe


En pleine pénurie de main-d’oeuvre, alors que les entreprises cherchent par tous les moyens à attirer des employés, les immigrants font encore face à des « obstacles systémiques » et à de la discrimination dans leur recherche d’emploi, constate une nouvelle étude du Comité consultatif personnes immigrantes (CCPI), rendue publique jeudi.


Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En février 2018, le taux de chômage chez les personnes nées au Québec était de 5,1 %. Pour les personnes immigrantes arrivées il y a moins de cinq ans, c’est pratiquement le triple, alors que leur taux de chômage frôle les 14 %.


« Une amélioration progressive de ce taux est à souligner, notent les auteurs de l’étude, qui se réfèrent aux données de Statistique Canada. En effet, pour l’ensemble de la population immigrante, le taux de chômage diminue avec la durée d’établissement. »


Ainsi, le taux de chômage diminue graduellement pour atteindre 6,4 % chez les immigrants reçus depuis plus de 10 ans. La moyenne chez les immigrants se situe à 7,9 %.


Le taux de déqualification — des personnes diplômées qui trouvent un emploi en dessous de leurs compétences — est également deux fois plus élevé chez les immigrants récents (53 %) en comparaison avec les personnes nées au Québec.


« Les personnes immigrantes établies au Québec, tous statuts confondus, représentent un capital humain sous-utilisé. Il est primordial d’intégrer la main-d’oeuvre immigrante dans les meilleures conditions le plus rapidement possible et d’améliorer ses conditions d’accès à l’emploi et à son développement », a résumé Nisrin Alyahya, présidente du Comité consultatif personnes immigrantes, qui présentait les résultats de la recherche jeudi.


Ce comité, fondé en 2016 sous l’égide de la Commission des partenaires du marché du travail, regroupe autour d’une même table des organismes spécialisés en employabilité des personnes immigrantes, des syndicats, de même que des employeurs, ainsi que le Conseil du patronat du Québec.


Au moyen d’une vaste recherche-action, menée auprès de 200 personnes par la chercheuse de l’INRS Marie-Jeanne Blain, le Comité présente un portrait complet de l’intégration en emploi des personnes immigrantes.


Les obstacles sont nombreux et leur cumul vient « freiner l’obtention d’un emploi correspondant aux qualifications des personnes immigrantes », constatent les auteurs.



1,3 million

« Le Québec aura besoin de 1,3 million de personnes dans les dix prochaines années pour remplacer des employés ou occuper de nouveaux postes, dont 20 % qui vont être pourvus par l’immigration, dit Audrey Murray, présidente de la Commission des partenaires du marché du travail. Il faut voir là une occasion de poser de nouvelles questions, d’améliorer nos façons de faire pour accueillir ces populations immigrantes et d’induire des changements en profondeur dans tout l’écosystème. »


« La discrimination indirecte ou systémique n’est pas intentionnelle, mais les obstacles laissent voir leurs effets, écrivent-ils. En effet, si des lois condamnent la discrimination à l’embauche, les disparités d’emploi entre les personnes immigrantes et la population québécoise laissent supposer qu’elle existe pourtant. »


Selon Mme Alyahya, les employeurs « discriminent involontairement » en ne prenant pas en compte les ajustements qui seraient nécessaires pour donner une chance égale à tout un chacun, puisque le système est basé sur une population homogène. « C’est tout le système qui est à revoir », affirme-t-elle.


L’obstacle qui revient le plus souvent, tant chez les employeurs que chez les immigrants, est la reconnaissance des acquis et des compétences. On évoque l’accès aux ordres professionnels et des reconnaissances d’équivalences « qui ne sont pas du tout réalistes par rapport au marché du travail ».


Les processus de recrutement et les exigences administratives pour l’embauche sont également mis sous le radar, de même que la question linguistique, qui représente un défi important.


« Même une fois un immigrant embauché, le maintien en emploi représente un défi, ajoute Mme Alyahya. La personne obtient un emploi, mais le perd trois ou quatre semaines plus tard parce qu’elle ne comprend pas les codes culturels, ce qu’on appelle le “savoir-être” en milieu professionnel. »


Or, tout n’est pas que négatif, plaide-t-elle, présentant une série de 25 recommandations qui pourront guider les employeurs et les politiciens dans leurs démarches futures.


Le Comité mise sur quatre recommandations principales, soit l’accompagnement des personnes immigrantes, la francisation en milieu de travail, l’optimisation des programmes pour intégrer les personnes immigrantes en emploi et la reconnaissance du rôle des organismes en employabilité auprès des personnes immigrantes pour créer des liens avec les employeurs.