Les détails où se dérobe le diable...

Chronique de Normand Perry



En ce beau dimanche matin où en bien des endroits du monde des prêches de type divin sont livrés à des foules en attente de bonnes nouvelles, mon sermon matinal risque fort bien de faire penser à l'ange cornu ( pour ne pas dire la bête noire ) du PQ en période électorale : l'idéal souverainiste.

André Boisclair a serré la main du diable et en a pris peur.

A chaque fois qu'un chef du PQ a fait cette rencontre au cours de l'exercice de son règne, une belle théorie fut inventée pour combattre ce fléau diabolique :

*Le beau risque de René Lévesque

*L'affirmation nationale de Pierre-Marc Johnson

*Les conditions gagnantes de Lucien Bouchard.

Depuis jeudi le 5 octobre 2006 ce sont « les réalités politiques » qui doivent aller au-delà de l'analyse fine, affirmait cette semaine André Boisclair, lors d'une réunion des députés péquistes à Rivière-du-Loup, pour préparer la rentrée parlementaire.

Au cours de la campagne à la chefferie culminant à sa victoire de novembre 2005 et subséquemment jusqu'à ces affirmations du chef péquiste, André Boisclair a constamment plaidé une allégeance sans faille à l'endroit du programme du PQ, adopté au dernier Congrès de juin 2005.

Alors qu'une élection anticipée semble devenir inévitable cet automne, certains éléments du programme du PQ prennent soudainement des allures de démons qu'il faut à tout prix exorciser, « réalités politiques » obligent paraît-il.

Et au nom de quoi André Boisclair prend-il ses distances en regard du programme du PQ à l'approche de ce scrutin général, se demandent certains membres de la communauté journalistique présente à Rivière-du-Loup ? « Je suis étonné devant toute l'énergie que vous consacrez à des détails » a-t-il déclaré, quelque peu exaspéré de répondre à des journalistes qui ne font que leur travail, soit dit en passant.

Des détails ? Ma foi du bon Dieu le mode d'accession à la souveraineté du Québec, dont fait état le programme du PQ de manière très précise, serait-il le diable dont aurait soudainement peur le chef péquiste ?

Par surcroît, il jette sur le dos des libéraux l'odieux de son écart de conduite saugrenu, quoique la chose ne surprenne guère tout observateur des conduites très souvent incohérentes de Boisclair en regard de la question nationale. Selon lui, les libéraux ont le fardeau de la preuve en ce qui regarde les « conditions gagnantes » qui devraient être réunies, afin que le Québec puisse adhérer à la constitution canadienne (sic !). Mais au nom de quel principe un chef d'un parti indépendantiste au Québec plaide-t-il pour une adhésion du Québec à la constitution canadienne ?

Ce n'est pas une volte-face dont nous sommes témoins, mais carrément une fuite à l'Anglaise. Si personne ne se met au travers du chemin de Boisclair, le Parti québécois deviendra le champion de la cause du renouvellement du fédéralisme canadien. Il y a bien toujours des maudites limites aux entourloupettes et sophismes de ce genre au PQ !

André Boisclair s'est plus d'une fois formellement engagé à respecter intégralement le programme de son parti en matière de souveraineté et d'accession à celle-ci. La "réalité politique" d'une élection générale sous peu ne doit en aucune manière devenir la dernière trouvaille du siècle pour donner prétexte au chef péquiste de manquer à ses promesses et devoirs. Si Boisclair fut élu par une majorité de membres au premier tour lors de son couronnement en novembre 2005, c'était avec des engagements solennels face à ses commettants qu'il est arrivé bon premier, loin devant les autres au fil d'arrivée.

Faire autre chose aujourd'hui c'est trahir ceux et celles qui lui ont alors fait confiance en novembre 2005, tout en pervertissant l'idée maîtresse qui fait exister le PQ : l'accession de la nation québécoise au statut de pays souverain.

Que l'on se comprenne bien : je ne voterai pour rien d'autre que cela à ce prochain rendez-vous électoral, quitte à annuler mon vote si aucun parti politique du Québec ne le promet formellement et solennellement. Et je suis même prêt à combattre le PQ s'il présente une version diluée du projet souverainiste tel que prôné par le programme de ce parti.

La dilution de cette idée fondamentale du PQ par une fallacieuse "réalité politique" n'est rien d'autre qu'une peur injustifiée d'un diable dont certains chefs du PQ ont eu à payer un prix élevé dans le passé. Parlez-en à Pierre-Marc Johnson ou Lucien Bouchard, ils en savent sans doute quelque chose. N'est-ce pas un curieux hasard que l'actualité nous les ramènent si souvent à l'avant-scène par les temps qui courent ?

Squared

Normand Perry126 articles

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On pourrait le décrire comme un grand passionné de communication, de philosophie, de politique, d'histoire, d'astronomie, de sciences, de marketing, de musique classique et d'opéra. Normand Perry mène une vie publique bien remplie, toujours avec des projets plein la tête et des rêves à réaliser.

Après avoir obtenu un premier diplôme universitaire en philosophie au milieu des années ’90, Normand Perry débute sa vie publique comme pamphlétaire, exprimant ses opinions librement, ces dernières étant publiées régulièrement dans les journaux régionaux, les quotidiens et divers sites Web.

Depuis avril 2004, il travaille chez [Soleil communication de marque->http://www.soleilcom.com/], agence de publicité montréalaise, où il est au développement des affaires, en veille stratégique et aux relations publiques.

Depuis juillet 2010, il s’est vu confié un projet radiophonique à [l’antenne de Radio Ville-Marie->http://www.radiovm.com/index.aspx] où il conçoit, réalise, anime et supervise le montage d’une émission portant sur l’orthodoxie chrétienne au Québec : [Voix Orthodoxes->http://www.voixorthodoxes.org/].

Sa plume va le conduire en politique active.

Après s’être fait connaître comme pamphlétaire à partir du début des années 2000 dans sa région du Suroît, il se fait remarquer, et on lui propose la présidence de circonscription au Parti Québecois dans Soulanges au début 2005. Suite à la démission inattendue de Bernard Landry en juin 2005 comme chef de cette formation politique, Normand Perry appuie d’emblée la candidature de Louis Bernard tout en s’opposant farouchement à l’élection d’André Boisclair. Lorsque ce dernier remporte la chefferie du PQ en novembre 2005, Normand Perry démissionne de sa présidence et quitte le PQ sur-le-champ.

A l’automne de la même année il se fait élire au conseil municipal à Les Coteaux dans la circonscription de Soulanges au Québec. Il se voit confier notamment les responsabilités du comité des loisirs, où conçoit et implante un programme de subvention à l’activité sportive pour les jeunes; il occupe la vice-présidence du HLM, il aussi responsable de la sécurité publique et participe activement à la fondation de la Régie inter municipale des Pompiers du Lac-St-François (fusion des services des incendies de Les Coteaux et St-Zotique).

Lors de la création du nouveau parti politique Québec solidaire en février 2006, il en devient membre et participe au congrès de fondation à Montréal. Il se porte candidat aux élections provinciales de mars 2007 pour cette formation politique dans la circonscription de Beauharnois.

Après ces quelques années en politique active, il poursuit son œuvre de réflexion pamphlétaire, notamment sur le [Blogue de Normand Perry->http://normandperry.blogspot.com/] tout comme sur Vigile et bien d’autres médias québécois





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1 commentaire

  • Luc Bertrand Répondre

    13 octobre 2006

    Vous avez mille fois raison, monsieur Perry! Si André Boisclair ou le Parti Québécois ne veulent pas clairement admettre qu'il est inutile de solliciter un mandat de gouvernement provincial lors de la prochaine élection, il devient alors totalement futile de voter en faveur du PQ.
    Remettons-nous dans le contexte du Congrès national de juin 2005. C'est certain qu'à l'époque, même avec un Bernard Landry (qui n'a jamais voulu admettre l'erreur de son gouvernement et de celui de son prédécesseur (Lucien Bouchard) d'avoir accepté d'assumer l'odieux du gouvernement fédéral de sabrer dans les services publics pour l'illusoire espoir de créer "les conditions gagnantes" à la tenue d'un nouveau référendum sur la souveraineté), le Parti Québécois ne suscitait pas un espoir réaliste de reprendre le pouvoir et encore moins pour mousser l'appui à l'idée d'indépendance du Québec. Cependant, je doute très fort que les quelque 60 000 membres à ce moment avaient anticipé un tel affaiblissement des appuis fermes au parti ou un tel discrédit de la cause souverainiste.
    Et pourtant, telle est la réalité! Lorsqu'André Boisclair a fait campagne à la direction du parti, il avait sans relâche promis un nouveau référendum dans les meilleurs délais après une victoire, un nationalisme civique plutôt qu'ethnique, un parti rassembleur, un renouveau du membership et il se proclamait le "dépositaire" du programme adopté par les membres. Près d'un an après son couronnement, nous ne sommes même plus sûrs de s'approcher de la souveraineté même si on votait pour le PQ, nous ne savons même pas combien de temps nous allons nous contenter d'un gouvernement provincial, nous n'avons aucun candidat membre des communautés culturelles qui ait une chance réaliste de gagner, le chef refuse l'adhésion d'un groupe de souverainistes convaincus comme club politique reconnu, même après avoir rempli toutes les conditions nécessaires et avoir endossé les principes du parti, ce même chef isole un autre groupe de sympathisant(e)s tout aussi dévoué(e)s (le SPQ Libre), nous éprouvons toutes les difficultés du monde, non seulement à intéresser les gens à joindre les rangs ou revenir au PQ, mais également à retenir ceux qui le sont déjà et un chef qui s'arroge maintenant de la prérogative de contourner le programme, pourtant adopté par celles et ceux qui lui ont fait confiance.
    Il fallait d'abord consolider l'organisation du parti, nous a dit André Boisclair. À quoi bon monter une organisation électorale si c'est pour élire une équipe sans véritable plan défini, sans enthousiasme ni effet d'entraînement, mais surtout sans garantie raisonnable de nous rapprocher d'un pays souverain? En agissant ainsi, Boisclair a démontré ses véritables priorités: la prise du pouvoir à tout prix plutôt que la cohérence. À quoi sert de recruter des vendeurs quand on n'est même pas sûrs de ce qu'on veut vendre? Et même si nous arrivions effectivement à vendre "un contrat en blanc" (à défaut d'un produit concurrent décent), à quoi cela servira-t-il si nous ne pouvions livrer la marchandise? À moins qu'il souhaite que nous soyions prêts à défendre ce que nous allons effectivement livrer, quitte à livrer n'importe quoi?
    Si c'est ça être membre d'un parti politique, poser des pancartes ou conter des histoires aux électeurs quand le chef tire notre chaîne et endosser les décisions prises par les exécutants du chef, pourquoi se donner la peine d'avoir des idées?