Commission Bouchard-Taylor

Les bases d'une constitution pourraient voir le jour, croit Dumont

Accommodements - Commission Bouchard-Taylor

Québec -- La commission Bouchard-Taylor jettera les prémisses d'une constitution québécoise. C'est ce qu'a soutenu le chef de l'opposition officielle, Mario Dumont, dans un entretien au Devoir hier. «J'ose dire, sans exagérer, que [cette commission] pourrait jeter les prémisses d'une éventuelle constitution québécoise.» Ses attentes sont «plutôt élevées», admet-il. Surtout que l'adoption d'une telle loi fondamentale fait partie de son programme électoral. Au printemps dernier, il se faisait plutôt critique à l'égard de la commission Bouchard-Taylor. Nuance: «J'ai critiqué la façon dont le gouvernement l'a mise en place. Mais je n'ai jamais remis en question le choix des deux intellectuels qui la président. J'ai grande confiance en eux.»
Il souhaite seulement que le débat se fasse «sans les fameux tabous sur ce qui est censé être "interdit" de discussion». M. Dumont estime que Jean Charest, en l'attaquant depuis dimanche, s'est montré «affreusement démagogue» et est tombé dans le «politically correct». Aussi, le chef libéral a violé la promesse de rechercher les compromis et les consensus, promesse qu'il avait répétée au lendemain des élections. «Les Québécois observent absolument le contraire: c'est un premier ministre aigri, aux propos le plus souvent démagogiques, qui cherche à déformer les propos des autres plutôt qu'à construire des consensus. C'est tout sauf ce qu'on attend d'un premier ministre dans de pareilles circonstances.»
Le Pen?
Lorsqu'on lui demande si les propos de M. Charest rejoignent ceux de Pierre Arcand, qui, à la veille du déclenchement des élections, l'avait qualifié de «Jean-Marie Le Pen québécois», M. Dumont se montre prudent: «Je n'embarquerai pas sur ce terrain-là.» Au fait, où en est sa menace de traîner devant les tribunaux M. Arcand, devenu député de Mont-Royal? «Depuis le 27 mars, je n'ai pas eu beaucoup d'énergie ou de temps à mettre là-dessus», dit-il d'un air amusé. Menaces futiles, alors? Non, répond M. Dumont. Les propos étaient «graves» et «n'ont pas leur place sur la scène politique». Au reste, il n'est pas trop tard pour poursuivre le député de Mont-Royal, insiste-t-il, «il n'y a rien de prescrit là-dedans».
N'a-t-il par affirmé, dans son entrevue à La Presse, qu'il y avait «assez d'immigrants» au Québec? «Je n'ai pas dit cette phrase-là du tout», proteste-t-il. Le chef de l'opposition se dit d'accord avec Gérard Bouchard: il est difficile d'évaluer «au chiffre près» le seuil d'immigration idéal. Mais il plaidera, lors de la commission parlementaire qui étudiera, à partir du 18 septembre prochain, la planification de l'immigration au Québec, pour un maintien des seuils actuels, soit environ 46 000 immigrants par année. «Et le premier ministre me reproche de vouloir "freiner l'immigration"! Écoutez, 46 000 immigrants annuellement, c'est plus que la ville de Rouyn-Noranda , année après année. Selon moi, il s'agit plutôt de maintenir un flot d'immigration important et, j'insiste, tout en maintenant une préoccupation pour l'intégration.» Ce dont il faudrait plutôt «s'inquiéter», c'est d'un gouvernement, celui de M. Charest, qui propose d'augmenter les seuils d'immigration -- «que les jeunes libéraux parlaient de doubler en cinq ans!» -- alors que ce même gouvernement «a coupé dans l'aide aux organismes de francisation et ceux qui oeuvrent dans le communautaire».
Le chef de l'opposition officielle appuie toutefois le premier ministre dans sa volonté d'obtenir une reconnaissance réciproque des compétences avec la France. Mais il souligne au passage que le gouvernement Charest n'a pas atteint les objectifs qu'il s'était fixés en ces matières en 2003.
Pleins pouvoirs
Mario Dumont appuie aussi l'idée présentée hier par la chef du Parti québécois, Pauline Marois, d'obtenir tous les pouvoirs en matière d'immigration. «Il faudrait toutefois qu'on commence par utiliser les pouvoirs qu'on a!» En formulant une telle demande, M. Dumont croit que la chef péquiste a tenté d'éviter les vrais sujets, dont celui du «seuil d'immigrants».
Actuellement, la compétence en immigration est partagée entre le gouvernement fédéral et le Québec, à la suite des accords Cullen-Couture de 1978, reconduits à plusieurs occasions depuis cette date. Ottawa a la responsabilité d'accueillir les réfugiés politiques et de veiller à la réunification des familles, tandis que Québec s'occupe de la venue des immigrants investisseurs et de l'intégration de l'ensemble des immigrants. La ministre québécoise de l'Immigration, Yolande James, juge toutefois que ces accords sont suffisants.
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Avec la presse canadienne


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