Le silence des artistes québécois devant la tragédie de Gaza

Tribune libre 2009

"Plus on est ignorant, moins on s’en aperçoit." – Louis Pasteur

***
L'organisme québécois Des artistes pour la Paix a émis dernièrement un
court communiqué condamnant clairement l'agression israélienne sur Gaza en
précisant que c'est Israël qui a brisé la trêve avec le Hamas le 4 novembre
dernier. Le communiqué conclut sur une phrase de Peter Ustinov, "le
terrorisme, c'est la guerre des pauvres contre les riches; la guerre, c'est
le terrorisme des pays riches contre les pauvres". Ces phrases, j'aurais
bien aimé les entendre de la voix d'un artiste québécois dans une des
dernières manifestations de Montréal où des citoyens québécois de toutes
les origines et de toutes les religions ont tenu à dénoncer haut et fort
les crimes d'Israël à Gaza.

À part Des artistes pour la Paix, je n'ai entendu aucun artiste québécois
se prononcer publiquement sur le drame de Gaza. Aucune chanson ? Aucun
poème ? Aucun mot ? Aucune lettre ? Le silence des artistes québécois,
dits engagés, m'étonne et me trouble.

Ce silence aurait-il un lien avec [l'épisode de Julien Poulin (comédien)->1559]
quand il a porté un drapeau du Hezbollah lors de la manif contre
l'agression israélienne au sud du Liban en été 2006? Derrière ce
silence se cache-t-il une peur que la solidarité avec les victimes civiles
de Gaza soit perçue comme un appui indirect au Hamas? La peur d'être
associé à des ''méchants terroristes'' ? Ou il y a simplement derrière le
silence des artistes une méconnaissance du conflit au Moyen-Orient. Quand
un mensonge est répété durant 60 ans, s'il ne prend l'allure d'une vérité,
il sème le doute même dans les esprits les plus éclairés, aussi artistes
engagés soient-ils.
Apparemment les images du massacre et le nombre de morts et des blessés
ne suffisent pas pour dissiper le doute et la confusion savamment
entretenue par la propagande sioniste sur la réalité des choses. Et
pourtant, ce crime de guerre a fait sortir du silence beaucoup de juifs
ici, en France et même en Israël, condamnant sans réserve le spectacle du
crime contre l'humanité. Stéphane Hessel, un rescapé des camps nazi et un
des rédacteur de la Déclaration des droits de l'Homme, ne cesse de répéter
dans les médias français que par son comportement ''Israël est en train de
creuser sa propre tombe''.
Voici à l'attention de nos artistes un rappel de quelques chiffres de
l'ONU :
1982: l'invasion du Liban par Israël a fait 17500 morts, presque tous des
civils dont la plupart des enfants et des femmes.
Septembre 1982, 1700
civils palestiniens sont morts dans le massacre de Sabra et Chatila qui
n'aurait jamais eu lieu sans la complicité de l'armée israélienne sous les
ordres d'Ariel Sharon.
1996, le massacre à Qana a fait 106 morts, tous des
civils, des réfugiés libanais (dont plus de la moitié étaient des enfants)
hébergés dans une base des Nations unies.
2006, le massacre des réfugiés
de Marwahin à qui Israël avait ordonné de fuir, et qui ont été tués par un
hélicoptère israélien.
2006, 1000 morts durant les bombardements et
l’invasion du sud du Liban, dont la quasi-totalité étaient des civils. 177
palestiniens sont morts en détention depuis 1967 dont presque la moitié ont
rendu l'âme suite à des tortures.
Du 27 au 28 décembre 2008, c'est le jour
le plus sanglant depuis 1967: 300 morts et quelques 700 blessés en moins
de 24 heures à Gaza.
Sur le silence des artistes québécois face au drame de Gaza, un ami m'a
confié: ''Gaza, ce n'est pas un conflit qui les touche et qui est vendeur
pour leur carrière''. Bien sûr, un artiste ne peut adhérer à toutes les
causes. Il a le droit et la liberté de choisir celle qui le touche le
plus. Et je crois fondamentalement à la sincérité qui anime des artistes
pour défendre telle ou telle cause. Mais force est de constater que
certaines sont plus consensuelles que d'autres. On se mobilise plus
facilement pour les enfants malades ici ou en Afrique, pour les jeunes de
la rue, pour les sans-abri, pour sauver une rivière menacée, pour une
catastrophe naturelle et bien sûr contre les coupures dans les programmes
culturels. Mais devant Gaza, on se tait. On se tue.
Je crois à la liberté de l'artiste, c'est pourquoi j'ose l'imaginer assez
audacieux pour se permettre de ne pas garder le silence sur un crime contre
l'humanité. Michael Heart, artiste américain a rompu le silence avec sa
chanson We will not go down
qui fait le tour du monde par youtube. Il a laissé parler son cœur et sa
conscience, à sa manière.
L'artiste est libre et je me permets de lui dire librement. Si par hasard,
tu ne sais pas comment réagir face à la tragédie de Gaza, je te soumets
ce manuel ironique d'auto-défense intellectuel qui circule sur Internet à
l'attention de ceux et celles qui ne savent pas encore comment décoder le
conflit du Moyen Orient.

Règle numéro 1 : Au Proche Orient, ce sont toujours les Arabes qui
attaquent les premiers et toujours Israël qui se défend. Cela s'appelle des
représailles.
Règle numéro 2 : Les Arabes, Palestiniens ou Libanais, n'ont pas le droit
de tuer des civils de l'autre camp. Cela s'appelle du terrorisme.
Règle numéro 3 : Israël a le droit de tuer des civils arabes. Cela
s'appelle la légitime défense.
Règle numéro 4 : Quand Israël tue trop de civils, les puissances
occidentales l'appellent à la retenue. Cela s'appelle la réaction de la
communauté internationale.
Règle numéro 5 : Les Palestiniens et les Libanais n'ont pas le droit de
capturer des militaires israéliens, même si ce nombre est égal à trois.
Règle numéro 6 : Les israéliens ont le droit d'enlever autant de
Palestiniens qu'ils le souhaitent (environ 10.000 prisonniers à ce jour
dont près de 300 enfants). Il n'est pas besoin d'apporter une preuve de la
culpabilité des personnes enlevées. Il faut simplement utiliser le mot
magique: "terroriste".
Règle numéro 7 : Quand vous dites "Hezbollah", il faut immédiatement
ajouter l'expression « soutenu par la Syrie et l'Iran ».
Règle numéro 8 : Quand vous dites "Israël", il ne faut pas ajouter après «
soutenu par les Etats-Unis», ceci pourrait faire croire à un conflit
déséquilibré.
Règle numéro 9 : Ne jamais parler de Palestine, ou de "Territoires
occupés", ni de résolutions de l'ONU, ni de violations du droit
international, ni des conventions de Genève. Cela pourrait perturber le
téléspectateur et l'auditeur européen.
Règle numéro 10 : Les israéliens parlent mieux le français que les arabes.
Il est normal qu'on leur donne aussi souvent que possible la parole. Ainsi,
ils peuvent nous expliquer les règles précédentes (de 1 à 9). Cela
s'appelle la neutralité journalistique.
Règle numéro 11 : Si vous n'êtes pas d'accord avec ces règles ou si vous
trouvez qu'elles favorisent indûment une partie au conflit, C'est parce que
vous êtes un dangereux antisémite.
Au plaisir de vous entendre.

Mohamed Lotfi
PS: Je salue en passant le cinéaste Denis Chouinard, que j'ai croisé le 10
janvier avec sa petite famille lors de la marche.
Le Devoir du 13 janvier
rapporte que Stéphane Gendron, Maire de Huntington, ''Dans une virulente
missive transmise hier au premier ministre Stephen Harper, le maire a
reproché au gouvernement conservateur d'avoir voté contre une résolution du
Conseil des droits de l'homme de l'ONU condamnant l'opération israélienne
dans la bande de Gaza''. Stéphane Gendron est aussi musicien..! Et pour
avoir une perspective historique du conflit isralo-palestinien, cliquez :
http://www.vigile.net/Le-sionisme-une-forme-religieuse
-- Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) --

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Mohamed Lotfi66 articles

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Journaliste et réalisateur de l'émission radiophonique Souverains anonymes avec les détenus de la prison de Bordeaux





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1 commentaire

  • Nicodème Camarda Répondre

    15 janvier 2009

    Bravo! Bien dit!
    Tu le sais je t'appuie à 1000 pour 100. Ce que tu dénonce crève tellement les yeux et l'écran que j'ai décidé d’y apporter un bémol. Il y a trois points que je pourrais reprocher à ton propos :
    1] Il oublie un artiste québécois majeur, un souverain de première, un grand de ce monde : Toi
    2] Il oublie un autre souverain, moins connu celui-là mais un battant quand même: Moi…
    J’aime tellement ce que tu dis et d’un autre côté je sais que ce n’est pas par méchanceté que tu dénonce le silence de la communauté c’est plutôt par amour pour celle-ci. Mais ce silence ne date pas d’hier. Un silence qui est plus le résultat d’un autre malaise. Plus profond celui-là. Un malaise en trois suppôts : politique,philosophique et religieux... De la dynamite!
    Plus dangereux que ça, il y a le sionisme le sida et le virus Ébola. Comme un État dans un autre État. Un monde de banquiers tout puisant qui n’ont qu’un seul objectif en tête : la domination du monde, la domination à tout prix et à n’importe quel prix. Le prix de tout ce qui vit, pour te dire à quel point à Gaza ils bombardent même les cimentières…
    Le sionisme au pouvoir, un virus qui bousille tout ce qui devrait être juste et bon, même le repos des morts,
    ça dépasse l’entendement, la raison et le coeur des enfants..
    Le troisième point vole à la rescousse de la communauté artistique québécoise. Je sais que tu l'adore. C’est ma manière à moi d’intervenir en sa faveur. Un diaporama de 265 images sur une chanson d’Harmonium (pour UN instant) qui revient 5 fois comme la prière dans une journée.
    En passant
    Un bien meilleur montage que celui de ce courageux Américain sur Youtube; Un peu trop long j’en conviens mais pour sauver des femmes et des enfants à Gaza qu’est-ce qu’on ferait pas les enfants ?
    Paix Amour Amitié
    Nicodème.C.