Le Québec quitte la cave de la pauvreté

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Les Québécois s'enrichissent face au reste des Canadiens


C’est fou, la progression des dernières années. Le Québec est maintenant au deuxième rang des provinces qui comptent le moins de « pauvres », alors qu’elle était sixième en 2014. Et l’évolution va dans le même sens pour les « riches ».


Ce constat, j’ai pu le faire en scrutant la classe moyenne de toutes les provinces depuis un quart de siècle. L’analyse, publiée samedi, démontre que la classe moyenne au Québec n’a jamais été aussi grande depuis 1993 et qu’en proportion, elle dépasse nettement celle du Canada. Dit simplement, au Québec, 47,4 % des ménages se situent dans la classe moyenne canadienne, contre 41,9 % pour l’ensemble canadien.




 



Maintenant, l’évolution est encore plus frappante quand on décortique ce qu’on pourrait appeler les « pauvres » et les « riches », ceux qui se situent avant et après la classe moyenne. Le bond relatif du Québec est tout simplement prodigieux.


Aux fins de l’exercice, j’ai séparé les classes en trois catégories. Ce que je définis comme les « pauvres » gagnent moins de 75 % du revenu médian canadien après impôts, tandis que les « riches » gagnent plus de 150 % du revenu médian. La classe moyenne est entre les deux (de 75 % à 150 %).


 

Cette définition est forcément arbitraire et éminemment contestable. Pour une famille de quatre, par exemple, le revenu médian après impôts des « pauvres » est à moins de 63 675 $ et celui des « riches », à plus de 127 350 $ (1). Bien d’autres mesures existent pour évaluer le phénomène. L’objectif de ce classement simple n’est pas de définir la pauvreté et la richesse, mais de tracer une ligne et de suivre son évolution dans le temps.


Voyons voir. En 2014, le Québec vivait une situation financière difficile, le taux de chômage de 7,7 % dépassait d’environ 3 points celui d’aujourd’hui et le gouvernement imposait de lourdes compressions budgétaires, fort contestées.




 



En 2014, donc, 36,3 % de ménages du Québec étaient « pauvres », gagnant moins de 75 % du revenu médian canadien. Le Québec se situait alors au neuvième rang canadien, à 1,9 point de la moyenne de 34,4 %. Nous étions loin, très loin, de l’Alberta (25,9 % de pauvres), de la Saskatchewan (32,1 %) et de l’Ontario (34,8 %).


Trois ans plus tard, en 2017 (plus récentes données disponibles), la situation s’est inversée. La proportion de ménages moins nantis a reculé de 3,0 points de pourcentage au Québec, à 33,6 %, et elle est passée sous celle de l’Ontario, une première historique, et sous celle de la Saskatchewan.


Seule l’Alberta a une proportion plus faible de ménages gagnant moins de 75 % de la médiane canadienne, à 28,2 %.


Globalement, la proportion des moins nantis du Québec se situait en 2017 au même niveau que la moyenne canadienne (33,6 %), ce qui est une première en un quart de siècle. Finie, donc, la maxime péjorative « née pour un petit pain ».




 



Qu’en est-il des riches, maintenant ? On a souvent dit que le Québec comptait moins de riches qu’ailleurs au Canada, ce qui demeure vrai. Et c’était particulièrement le cas dans le creux de 2014 : seulement 17,9 % des ménages québécois gagnaient alors plus que 150 % du revenu médian canadien, ce qui plaçait le Québec au 9e rang, devançant seulement l’Île-du-Prince-Édouard.


À l’époque, faut-il dire, le pétrole se vendait cher et les citoyens des provinces pétrolières de l’Alberta, de la Saskatchewan et de Terre-Neuve-et-Labrador empochaient gros.


Trois ans plus tard, en 2017, 19,1 % des Québécois gagnaient plus de 150 % de la médiane canadienne, ramenant le Québec au 6e rang. Depuis un quart de siècle, jamais le Québec n’a compté autant de « riches » si l’on s’en remet à l’échelle canadienne de revenus.


Vu autrement, en 2014, l’écart du Québec avec la moyenne canadienne était de 7,2 points de pourcentage (25,1 % des Canadiens gagnaient alors plus que 150 % de la médiane, contre 17,9 % au Québec). Cet écart est passé à 5,4 points en 2017.




 



Ces données de Statistique Canada sont après impôts, rappelons-le, et les Québécois ont bénéficié de baisses d’impôts appréciables entre 2014 et 2017, en plus d’une forte création d’emplois. Il est bien possible que les revenus avant impôts ne traduisent pas la même progression.


En revanche, le coût de la vie est nettement moindre au Québec, ce qui a pour effet d’accentuer l’avantage de nos « pauvres ». De plus, la progression des revenus s’est poursuivie entre 2017 et 2019, le Québec figurant même au premier rang des provinces canadiennes à ce chapitre. Notre analyse des classes « pauvres », moyennes et « riches » ne capte pas cette forte progression depuis deux ans.


Oh, pour ceux qui s’inquiètent d’un accroissement de l’écart entre les riches et les pauvres au Québec, je peux vous rassurer. La progression des « riches » au Québec indiquée précédemment et son évolution sont constatées par rapport aux revenus canadiens.


Lorsqu’on refait le même exercice en utilisant les revenus médians du Québec, plutôt que canadiens, on constate que la proportion de « riches » de ma définition est restée pratiquement stable depuis 25 ans au Québec. En somme, c’est toute la fourchette de revenus des Québécois qui a progressé par rapport au reste du Canada, et pas seulement celle des « riches ».




 



C’est fou, ce qu’on progresse, vous disais-je…


(1) Pour une personne seule, le revenu médian canadien est de 42 450 $. Le seuil de 75 % est donc de 31 840 $ et celui de la « richesse » (150 %), de 63 675 $. L’analyse a été faite à partir d’un fichier produit pour La Presse par Statistique Canada tiré des déclarations de revenus des particuliers (FFT1). Les proportions de classe moyenne pour 2017 sont les mêmes, à des poussières près, que celles de l’étude de l’Observatoire québécois des inégalités, publiée mardi, faite avec une autre base de données (Enquête canadienne sur le revenu).