Le poids de l'histoire

Québec 2007 - Analyse

Les militants péquistes ne s'étaient jamais vraiment remis du choc que le politologue Jean-Herman Guay leur avait administré au conseil national d'octobre 2003. Le PQ pourrait très bien avoir été le parti d'une seule génération, avait lancé ce prophète de malheur.
C'est pour se débarrasser de cette obsession que, deux ans plus tard, ils ont offert la direction du PQ à André Boisclair sur un plateau d'argent. Avec un chef de 39 ans à l'allure moderne, voire postmoderne, la pérennité de leur parti serait assurée.
Paradoxalement, la génération des baby-boomers, accusée de s'accrocher de façon indécente à ses privilèges, n'a fourni qu'un seul chef au PQ, Pierre Marc Johnson, qui l'a dirigé pendant à peine deux ans en 40 ans d'histoire. Tous les autres prédécesseurs de M. Boisclair appartenaient à la génération de l'avant-guerre.
Le PLQ est d'abord et avant tout le parti de l'argent et du pouvoir, qui ne sont pas à la veille de disparaître. Jean Charest n'a donc pas à s'inquiéter de ce qui pourra arriver à cette formation le jour où lui-même quittera la scène. Quant à l'ADQ, elle est la création de Mario Dumont. Il n'a pas vraiment à rendre compte de ce qu'il en fera.
M. Boisclair, lui, porte la lourde responsabilité de la survie d'un parti qui incarne le rêve de millions de Québécois et qui apparaît plus fragile que jamais. Depuis 1994, même dans la victoire, il a obtenu une part toujours moindre des voix exprimées d'un scrutin à l'autre. Les derniers sondages le situaient sous le seuil des 33 % recueillis en 2003. Dans quelle mesure son existence même commence-t-elle à être menacée?
Après les semaines très difficiles qu'il a vécues, André Boisclair avait les traits tirés d'un homme qui portait le poids de l'histoire quand il a rencontré la presse, hier. Le chef du PQ jouera bien plus que sa propre carrière politique au cours du prochain mois.
Déjà, de nombreux souverainistes se demandent si le PQ n'est pas trop sclérosé pour s'adapter aux réalités et aux aspirations du Québec d'aujourd'hui et si le temps n'est pas venu de trouver un autre véhicule pour mener le Québec à la souveraineté.
Grâce au film de Jean-Claude Labrecque, À hauteur d'homme, bien des gens ont découvert à quel point une campagne électorale peut être une expérience éprouvante pour un chef de parti. En plus de 30 ans de vie politique, Bernard Landry n'avait jamais subi pareil supplice. M. Boisclair n'a ni son expérience ni l'énorme avantage que confère le pouvoir.
La politique n'est pas simplement une question d'image, mais cela en fait partie. Il y avait quelque chose d'intimidant dans la démonstration de force donnée par le conseil général du PLQ, samedi. Hier, quand le premier ministre Charest s'est présenté dans le foyer de l'hôtel du Parlement, entouré de tous ses ministres, il avait l'assurance d'un gladiateur habitué aux arènes.
Après avoir dénoncé encore une fois l'immaturité et le manque de jugement d'André Boisclair, puis l'irresponsabilité et le simplisme de Mario Dumont, il a déclaré sans rire: «Je ne veux pas faire campagne sur mes adversaires.» Voilà qui est très rassurant. Sérieusement, un gouvernement dont 57 % des électeurs se disent insatisfaits peut-il vraiment faire campagne sur son bilan?
Le chef du PQ a peut-être voulu rivaliser d'humour avec le premier ministre quand il a invité les journalistes à contempler l'«équipe de rêve» qui se tenait derrière lui. Pourquoi en avoir présenté une version aussi étriquée? Où étaient Louise Harel, qui demeure l'âme du parti, et François Legault, qui a été son député le plus efficace au cours des derniers mois?
Pour éviter le spectacle de débats déchirants, le PQ attend toujours que les élections soient déclenchées avant de dévoiler sa plate-forme. L'inconvénient est que son chef doit se lancer en campagne les mains vides. Cela ne l'empêche évidemment pas d'attaquer ses adversaires, mais M. Boisclair avait-il besoin de prendre à témoin du manque de parole de M. Charest un homme aussi déconsidéré que Marc Bellemare? Qui aurait cru qu'un chef du PQ pleurerait un jour sur le sort réservé à Thomas Mulcair?
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Les talents de campaigner du premier ministre sont bien connus. Sa plus grande qualité est peut-être de ne jamais se laisser démonter. Au printemps 2003, les journalistes attachés à sa tournée ont vainement cherché pendant 30 jours à le faire sortir de sa «cassette». Manifestement, il aborde la campagne actuelle dans les mêmes dispositions. Lui faire reconnaître que son bilan est loin d'être à la hauteur de ses engagements s'annonce une entreprise très frustrante.
Hier, les journalistes ont commencé à tester les nerfs d'André Boisclair, dont la course à la succession de Bernard Landry avait révélé la fragilité. Pour une fois, il n'a manifesté aucun signe d'impatience quand il a été interrogé au sujet de sa consommation de cocaïne, mais c'est long, un mois, très long.
Ses malheurs auront au moins eu un avantage: les attentes à son endroit sont maintenant très basses. Il devrait donc éviter de s'imposer lui-même un supplément de pression. Après son «Tenez-vous, M. Charest, j'arrive!», sa performance à l'Assemblée nationale avait été jugée très ordinaire. Hier, il a commis la même erreur en déclarant ceci: «Les gens vont me voir sur le terrain, là où je suis à mon meilleur.» On verra bien.
Mario Dumont a beaucoup appris de sa douloureuse expérience d'il y a quatre ans. Son programme est sans doute moins caricatural, mais il a surtout compris la nécessité de ne pas laisser craindre l'élection d'un gouvernement adéquiste. Paradoxalement, moins on croira à ses chances, plus on votera pour lui. Il semble beaucoup plus détendu qu'en 2003. De toute évidence, le poids de l'histoire ne lui pèse pas trop.
mdavid@ledevoir.com


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