Le plaisir de jouer

Sondage CROP-La Presse - Mars 2008

On ne peut pas dire que le premier ministre Jean Charest ait péché par excès d'originalité dans le texte qu'il a fait publier dans les journaux d'hier pour souligner sa première année à la tête d'un gouvernement minoritaire. Depuis l'automne dernier, il reprend le même refrain du «nouvel espace économique» au moins une fois par semaine.
À ce jour, la perspective d'une entente de libre-échange pour le moins hypothétique avec l'Union européenne et la négociation d'un nouvel accord sur le commerce avec l'Ontario n'ont pas eu un grand écho dans la population.
Précisément. Au début de son premier mandat, le gouvernement Charest avait réussi à inquiéter tout le monde avec ses projets de «réingénierie» de l'État. À entendre Monique Jérôme-Forget, il était même devenu risqué de boire de l'eau à Montréal.
Les libéraux avaient été élus le 14 avril 2003 sur la promesse de faire obstacle au «dumontisme» et on leur découvrait soudainement la même allergie au «modèle québécois» que l'ADQ. Six mois après les élections, les rues étaient noires de manifestants en colère.
Les beaux projets de M. Charest avec l'Union européenne n'aboutiront peut-être à rien, mais ils ne risquent pas de nuire à qui que ce soit. Bref, le PLQ n'apparaît plus comme une menace. Voir le premier ministre et la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, à la même tribune pour célébrer un nouveau «Pacte de l'emploi» aurait été inimaginable l'an dernier.
Paradoxalement, le rapport Castonguay, dans lequel plusieurs voyaient le prélude à la privatisation du système de santé hérité de la Révolution tranquille, a plutôt permis au gouvernement Charest de s'en faire le défenseur, alors que le PQ est demeuré muet.
À défaut de pouvoir se lancer dans les grandes réformes, le gouvernement Charest a opté pour une série de petits gestes concrets politiquement inoffensifs: le bulletin chiffré, l'élimination de la malbouffe dans les écoles, la loi sur les armes semi-automatiques, etc.
En réalité, tous ces gens qui se disent satisfaits du gouvernement et qui découvrent aujourd'hui à M. Charest des qualités qu'ils n'avaient jamais soupçonnées en quatre ans sont peut-être simplement soulagés.
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On a évoqué avec raison les changements dans l'entourage du premier ministre et la métamorphose que lui-même a subie. Comme les analystes de hockey l'ont répété pendant toute la saison en parlant d'Alex Kovalev, M. Charest semble avoir retrouvé le plaisir de jouer.
Depuis son arrivée à Québec, en 1998, il semblait toujours tendu, presque malheureux. Une fois qu'il a compris les limites que lui imposait son statut minoritaire, c'est comme si M. Charest avait décidé de faire contre mauvaise fortune bon coeur.
À le voir rigoler à l'Assemblée nationale ou en conférence de presse, il lui arrive maintenant de rappeler Robert Bourassa qui, même dans les moments difficiles, réussissait toujours à trouver un côté amusant à la politique.
Au contraire, Mario Dumont semble avoir perdu le plaisir de jouer depuis qu'il est devenu chef de l'opposition officielle. À force de chercher à avoir l'air sérieux, il est devenu sombre. Quand il jette un coup d'oeil autour de lui à l'Assemblée nationale, il a sans doute raison d'être préoccupé, mais son apparente sérénité dans l'adversité était une qualité que les Québécois avaient appris à apprécier.
Si la résurrection de M. Charest est remarquable, l'amélioration de la stratégie de communication du gouvernement l'est tout autant. Il est souvent moins important d'agir que de faire savoir qu'on agit. Si on y met le paquet, la multiplication des plans, des comités et des «chantiers» peut même tenir lieu d'action.
Avec son «plan québécois des infrastructures publiques» dévoilé l'automne dernier, le gouvernement a réussi à faire passer pour un grand exploit le fait de rénover des viaducs dangereux pour la sécurité publique et des écoles dont les toits menacent de s'écrouler sous le poids de la neige. On comprend M. Charest de se bidonner.
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Il est vrai qu'à la différence des dernières années, le gouvernement a su éviter les erreurs non provoquées comme les subventions aux écoles privées juives ou la vente du mont Orford. On semble maintenant consacrer plus d'énergie à éteindre des feux qu'à en allumer.
Au printemps dernier, M. Charest a certainement eu la main plus heureuse dans la composition de son conseil des ministres. Introduire le principe de la parité entre les hommes et les femmes était non seulement un geste dont la portée symbolique était considérable, cela a surtout eu pour effet d'accroître la qualité générale du cabinet.
On est également intervenu plus rapidement pour éviter que les maillons faibles ne fragilisent toute la chaîne. Au cours du premier mandat, des ministres totalement inexpérimentés comme Sam Hamad (Ressources naturelles) ou Pierre Reid (Éducation) avaient été laissés à eux-mêmes. Ils s'étaient embourbés dans les dossiers du Suroît et de l'aide financière aux étudiants à un point tel qu'il avait fallu s'en débarrasser. Carole Théberge (Famille) avait été rescapée in extremis, mais sa gestion erratique du dossier des garderies lui avait enlevé toute crédibilité.
Au départ, c'était une erreur de confier la responsabilité de la Charte de la langue française à Christine St-Pierre, qui n'avait pas l'expérience requise. L'opération de sauvetage déclenchée depuis trois semaines équivaut à une mise en tutelle, en attendant le remaniement ministériel qui permettra d'alléger sa tâche.
Le temps ne joue cependant pas en faveur du gouvernement. À tout moment, un incident peut raviver le malaise identitaire et linguistique. Même si le Québec échappe à la récession, la confection du prochain budget s'annonce problématique. M. Charest a beau s'amuser et célébrer les vertus de la cohabitation, il pourrait bien être tenté de précipiter les choses si une fenêtre venait à s'ouvrir avant le 26 mars 2009.
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mdavid@ledevoir.com


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