Poing à la ligne - Normand Lester

Le livre de Claude Morin : des injures à mon endroit et rien d'autre

L'affaire Morin. Légendes, sottises et calomnies


Je n'ai pas lu au complet le dernier livre de Claude Morin. Je l'ai feuilleté pendant une heure ou deux. Je me suis aperçu qu'il reprend essentiellement, en y ajoutant une bordée d'insultes à mon endroit, le texte qu'il a publié en 2001 lorsque nous avions polémiqué à l'occasion de la diffusion d'une émission à Canal D sur ses intelligences avec les services secrets fédéraux. Voici donc mes premiers commentaires, quitte à y revenir dans un article plus long ou un livre, une fois que j'aurai fait une lecture approfondie de L'Affaire Morin : légendes, sottises et calomnies.

Morin n'aime pas mon livre Enquêtes sur les services secrets. Je le comprends... Ce livre n'est pas une biographie de Claude Morin. Il ne consacrait que 2 chapitres sur 12 à l'investigation que j'ai menée sur ses relations secrètes avec la police politique du gouvernement fédéral et sur les répercussions qu'ont eues mes révélations. Je n'ai jamais affirmé connaître le fin fond de l'histoire de ses accointances avec la GRC. Je n'ai jamais prétendu avoir écrit le texte définitif sur la question. Je rapporte ce qu'on m'a dit, ce que j'ai pu confirmer, et ce que je n'ai jamais pu démêler. Je n'ai pas la clé de l'énigme Claude Morin.
Comme je l'écrivais dans mon livre, la solution à l'Affaire Morin ne sera probablement connue que lorsque les chercheurs pourront consulter son dossier dans les archives fédérales canadiennes. De nombreuses questions étaient et sont toujours sans réponse. Je les présente comme telles, avec mes commentaires, mes hypothèses et mes arguments. Dans cette affaire, je ne plaide coupable qu'à un seul chef d'accusation : avoir recueilli suffisamment de témoignages crédibles, tant au PQ que du côté des services secrets, pour me permettre de dire publiquement en 1992 ce que tout le monde politique et médiatique québécois chuchotait depuis 12 ans et que Morin a caché aussi longtemps.
Un survol de son livre permet de constater que, dans sa dernière mouture de sa vérité, Morin continue de prendre ses lecteurs pour des imbéciles.
Je me permets de signaler des brèches béantes dans sa défense, que ses imprécations à mon endroit ne comblent pas.
1) Après la diffusion du reportage que j'ai fait à la télévision le 7 mai 1992, plutôt que de tout dévoiler, Morin s'est lancé dans un strip-tease de mises au point. À mesure que de nouveaux faits étaient révélés par différents médias, il y allait lui-même de révisions et d'admissions toujours plus détaillées sur ses relations avec les services de sécurité de la GRC.
Encore aujourd'hui, dans son nouveau plaidoyer, il cache des choses importantes. Pourquoi refuse-t-il encore de dévoiler les noms de ceux qu'il prétend avoir défendus devant les agents secrets de la GRC ? Que leur reprochait la GRC ? Qu'a-t-il dit à la GRC sur les relations secrètes avec la France du PQ et ensuite du gouvernement péquiste ? Les services secrets fédéraux cherchaient alors à savoir si le PQ recevait un financement secret provenant de l'étranger. Qu'a-t-il dit à la GRC à ce sujet ?
La GRC était aussi préoccupée par une éventuelle infiltration gauchiste au sein du PQ. Qu'est-ce que Morin a dit à la GRC à ce sujet ? A-t-il identifié, dans ses révélations aux agents secrets fédéraux, des individus qu'il considérait comme gauchistes au sein du Parti ? Des individus qui étaient ses adversaires politiques ? S'est-il porté à leur défense ? Qu'a-t-il à la GRC au sujet de Louise Beaudoin et de son mari ? Qu'a-t-il dit à la GRC au sujet de Jacques Parizeau ? Qu'a-t-il dit à la GRC au sujet de Philippe Rossillon et d'autres amis du Québec en France ?
2) Il savait que, depuis 12 ans, la rumeur courait au sujet de ses accointances secrètes avec la police politique fédérale. Pourquoi ne pas être allé au-devant des coups ? Pourquoi avoir attendu que je sorte la nouvelle qui était connue de dizaines sinon de centaines de personnes ? C'était, répond Claude Morin, parce qu'il ne voulait pas faire de peine à Louise Beaudoin... C'est court comme explication. Si Morin a berné la GRC, s'il a protégé le PQ comme il le prétend, pourquoi ne s'en est-il pas vanté dans les trois livres qu'il a écrits dans les années 1980 ? Morin est resté silencieux parce qu'il avait honte de ce qu'il avait fait. Pas un mot, pas une phrase sur ce qui aurait dû être un des épisodes les plus significatifs de sa carrière.
3) Dans son livre Les choses comme elles étaient, Claude Morin confesse, en donnant de l'histoire une explication totalement loufoque, qu'il a posé sa candidature pour devenir membre des services de sécurité de la GRC au début des années 1950, et qu'il a été en contact avec cet organisme alors qu'il étudiait à Laval, puis beaucoup plus tard, en 1966 cette fois, affirme-t-il, à la demande de Jean Lesage. Il dit qu'il a de nouveau été approché par les services secrets de la GRC en 1969.
Attention ! Ses contacts ne sont pas de simples agents : il nomme Raymond Parent, de même que deux autres cadres supérieurs du service de sécurité. Le surintendant principal Raymond Parent, et futur sous-commissaire, avait la responsabilité de la répression du mouvement indépendantiste québécois. C'est lui qui avait préparé le document sur les techniques de déstabilisation, les fameux Dirty Tricks. C'est lui qui allait signer le document autorisant le vol de la liste de membres du PQ. En 1969, Morin est sous-ministre des affaires intergouvernementales de Marcel Masse. Il n'a jamais prévenu son ministre de ses liaisons secrètes avec la GRC. Marcel Masse me l'a confirmé.
Claude Morin avoue qu'il a ensuite rencontré clandestinement deux autres agents secrets de la GRC, à compter de 1974 et jusqu'en 1977, et reconnaît avoir été payé pour ces rencontres. Encore une fois il n'en parle à personne au sein du Parti. Pas à René Lévesque ni personne. Ce n'est qu'en 1977, près de trois après la reprise de ses mauvaises fréquentations, qu'il daigne en glisser un mot à Marc-André Bédard, chargé de la Sécurité publique dans le cabinet Lévesque. Bédard lui ordonne de cesser immédiatement ces rencontres.
Si Claude Morin ne dit jamais rien d'intéressant, jamais rien d'utile, jamais rien de significatif à la police secrète fédérale, pourquoi ses agents le contactent-ils toujours, lui, dans les années 1950, en 1969, 1974, 1975, 1976, 1977 ? Pourquoi l'ont-ils payé, de 1974 à 1977, de 500 à 800 dollars par rencontre ? Pour des balivernes. Pour croire cela, il faut prendre pour acquis que les responsables du service de sécurité de la GRC aient été des idiots incompétents. Bernés dans les années 1950, bernés dans les années 1960, bernés de nouveau de 1974 à 1977, ils payent pour les sornettes que leur raconte Morin, et ils en redemandent !
4) Claude Morin ridiculise mes affirmations à l'effet que la GRC était en position de le faire chanter. Je pose deux questions :


a - Que serait-il arrivé, en 1969, au sous-ministre des Affaires intergouvernementales du gouvernement de l'Union nationale, Claude Morin, si les médias avaient révélé qu'il avait tenté de devenir membre des Services secrets fédéraux en 1951 et qu'il avait eu des rencontres furtives avec certains de leurs agents alors qu'il étudiait à Laval et qu'il jouait alors dans le dos de Marcel Masse avec son vieux copain Raymont Parent, son contrôleur de longue date ?
b - Que serait-il arrivé au ministre des Affaires intergouvernementales, Claude Morin, si, entre 1977 et 1981, la cassette vidéo sur laquelle on le voit accepter de l'argent de Léo Fontaine, s'était retrouvée entre les mains des journalistes ?


5) Dans les archives des services de sécurité de la GRC, le dossier de Claude Morin est un D-999, catégorie qui regroupe les informateurs payés de longue date par l'organisme. Bon, donnons-lui cette fois le bénéfice du doute. Disons qu'un bureaucrate incompétent ou distrait a placé Morin dans la mauvaise catégorie et qu'il est resté par erreur dans cette catégorie pendant des décennies.
6) Lors de notre polémique de 2001, Morin avait développé une quatrième édition revue et corrigée de sa vérité. Il révélait maintenant savoir où se trouvait une copie de l'enregistrement de sa confrontation avec Loraine Lagacé, à savoir dans une chambre du Concorde, à Québec, enregistrement dans lequel il admettait être en relation avec la GRC. Très intéressant. Pourquoi n'a-t-il pas dit plus tôt où se trouvait cette copie du ruban ? Cachottier, va ! Elle ne peut venir que de deux sources.


a - Le gouvernement du Québec : Loraine Lagacé avait donné une copie du ruban à René Lévesque ; ses amis Marc-André Bédard ou Jean-Roch Boivin auraient donc pu lui remettre cette copie. Pas très correct, pas très élégant, mais assurément possible.
b - Si ce n'est pas cette copie, il faut qu'il s'agisse de la copie volée à Loraine Lagacé, probablement par les Services de sécurité de la GRC, lors d'un cambriolage de sa chambre d'hôtel en Floride, peu de temps après sa rencontre avec Morin.


Je réitère donc ma demande à Morin. Avec votre ouverture et votre franchise habituelles, monsieur Morin, dites-nous qui est en possession de la bande sonore. Et pendant que vous y êtes, rendez publique la transcription de cette conversation. N'attendez pas que quelqu'un le fasse à votre place. Pour une fois, ne soyez pas à la remorque de l'information vous concernant. Prenez l'initiative. On verra bien si je l'ai correctement résumée dans mon livre.
7) Le texte de Claude Morin de 2001 contient un deuxième scoop encore plus important. Il y révèle avoir rédigé des comptes rendus détaillés après chacune de ses rencontres avec des représentants des services de sécurité de la GRC ; il ne les a cependant jamais publiés. Les journalistes, dit-il, ne comprendraient pas. Ils interpréteraient mal ses propos qui risqueraient de se retourner contre lui. Ils ne parviendraient pas à saisir les subtilités de ses notes... Il doit pourtant y avoir au Québec des gens assez intelligents et honnêtes pour les évaluer, non ?
Je le mets donc ici au défi. Vous voulez qu'on vous croie, M. Morin, vous qui avez menti au moins par omission aux Québécois pendant 12 ans en cachant vos liens coupables avec la police politique d'Ottawa ? Alors rendez publique l'intégralité de ces notes. Attention : pas quelques extraits comme vous le faites dans votre livre, l'INTÉGRALITÉ des textes originaux que des experts pourront authentifier. On ne sait jamais, avec vous.
Cela permettra au Québec entier de répondre aux questions fondamentales sur vos « intelligences avec l'ennemi ».


A) AU VU DE SES NOTES, MORIN A-T-IL TRANSMIS DES INFORMATIONS POLITIQUES SIGNIFICATIVES AU SERVICE DE SÉCURITÉ DE LA GRC ?
B) A-T-IL RECUEILLI DES RENSEIGNEMENTS UTILES AU PARTI QUÉBÉCOIS COMME IL LE PRÉTEND ET, S'IL A EFFECTIVEMENT RECUEILLI DE TELLES INFORMATIONS, POURQUOI NE LES A-T-IL PAS TRANSMISES AU PARTI ET AUX PERSONNES CIBLÉES PAR LA GRC QU'IL DIT AVOIR PROTÉGÉS ?
C) CLAUDE MORIN S'EST-IL PLACÉ DANS UNE SITUATION OÙ IL POUVAIT FAIRE L'OBJET DE CHANTAGE ?


Bien sûr, ce ne serait pas la fin de l'Affaire Morin. Ces notes, après tout, ne sont que sa version de ses rencontres en catimini avec la GRC, et il n'est pas un témoin impartial.
Claude Morin a été l'artisan de ses propres malheurs en refusant pendant 12 ans de parler de ses liaisons secrètes avec la GRC alors qu'il aurait eu l'occasion de le faire dans les trois livres qu'il a publiés durant cette période. Il a ensuite aggravé sa situation en procédant à une série d'admissions successives, toujours plus étendues, sur ses liens avec la police secrète d'Ottawa. Dans cette affaire, je n'ai été que le porteur de la mauvaise nouvelle. Il insulte le messager parce qu'il ne peut pas réfuter le message.





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