Le «Fonds du baril»

Chronique de Patrice Boileau


Voilà la conclusion qui m'est venue à l'esprit, face à la principale astuce que comporte le budget déposé par le ministre des Finances du Québec Michel Audet, la semaine dernière. Cette créature qui vise à ramener en 20 ans la dette québécoise à des proportions semblables à celle des provinces du Canada anglais, ne cherche qu'à camoufler maladroitement l'extrême précarité dans laquelle se trouvent les finances publiques québécoises.
« Le Fonds des générations » essaie aussi de détourner l'attention de l'ensemble des engagements non tenus par le gouvernement de Jean Charest. Pire : celui-ci ne pourra au mieux, si l'évolution des taux d'intérêt est favorable, que ralentir la croissance de la dette publique. Il faudra pour cela que la Caisse de dépôt et placement parvienne à investir judicieusement les 74 millions de dollars consentis par Québec de manière à obtenir des rendements supérieurs au coût du service de la créance étatique. Le ministre Audet a annoncé qu'Hydro-Québec ajoutera de l'argent dans le Fonds à partir de janvier prochain en versant au gouvernement des droits hydrauliques. Voilà qui suffit pour inquiéter les contribuables québécois qui viennent de subir quatre hausses rapprochées de tarif d'électricité!
On est loin des baisses d'impôt promises à raison d'un milliard de dollars par année durant cinq ans!
Comment surtout prendre au sérieux cette initiative du gouvernement libéral alors qu'il ajoutera près de trois milliards de dollars à la dette publique dès cette année, et que celle-ci continuera de croître en 2007! Quelle farce!
Heureusement que l'administration Charest a pu compter sur une majoration des transferts fédéraux pour financer son budget. Cette surprise gardée secrète aura permis d'augmenter le montant de l'enveloppe budgétaire octroyé au réseau de la santé. Néanmoins, « l'argent neuf » ne pourra pas éponger le déficit accumulé des hôpitaux québécois et sera incapable de réduire substantiellement le nombre de personnes en attente d'un soin.
Les millions supplémentaires ne pourront pas également assumer l'accroissement des coûts du réseau : le ministre de la santé Philippe Couillard, penaud, a admis que le projet de construction des deux méga-hôpitaux sur l'île de Montréal coûtera aux Québécois un milliard de plus que prévu! Le député de Mont-Royal a révélé que l'évaluation de la facture est beaucoup plus difficile à chiffrer parce qu'il s'agit de travaux de rénovation, plutôt que des travaux de construction (sic) !!! L'ancien président de la CSN Marc Laviolette, membre du CA du CHUM, en est tombé en bas de sa chaise! L'homme peut comprendre que des dépassements de coûts de « quelques millions » puissent survenir dans ce genre d'entreprise. De là à parler d'un milliard!
Avouons qu'il y a tout lieu de se faire du mauvais sang, avec toutes les combines auxquelles Jean Charest nous a habitués depuis son arrivée au pouvoir... Le financement des écoles privées juives, le chantier de l'autoroute 25, la privatisation du mont Orford et l'abandon douteux du tracé initial de l'autoroute 30 prouvent que le copinage fédéraliste se porte plutôt bien. Tellement bien que même des députés du caucus libéral commencent à s'inquiéter publiquement, à l'approche de l'échéance électorale.
À la vue d'étudiants qui vendent du chocolat pour financer l'achat de pupitres et autres matériels scolaires, il n'y a pas de doute que l'hypothèque fédérale fait très mal au Québec. L'étranglement fiscal qu'impose l'État canadien à l'Assemblée nationale compromet plus que jamais la qualité de vie de la population québécoise. Jean Charest devra-t-il prolonger, par décret, le gel salarial qui affecte depuis deux ans sa fonction publique pour financer le manque à gagner du gouvernement? Où trouvera-t-il les 800 millions que son bon ami Stephen Harper vient de lui enlever pour assurer la pérennité du réseau des Centres de la petite enfance?
Assurément, quelque chose se trame entre le chef de l'État canadien et le laquais de Québec. Trois rencontres en moins d'un mois ont de quoi éveiller les soupçons. Une opération de sauvetage de grande envergure surviendra sous peu. Calculée à la perfection, la machination consistera à donner au gouvernement Charest des milliards pour prouver que le fédéralisme canadien est entré dans une « nouvelle ère de collaboration. » Parions que l'essentiel du pactole sera livré seulement si le Parti libéral est reporté au pouvoir. La tactique n'a rien de neuf, mais séduira tout de même des fédéralistes québécois désespérés et ceux qui ne veulent pas de référendum.
Les réunions en catimini de Stephen Harper et Jean Charest agacent cependant le premier ministre de l'Ontario Dalton McGuinty. Ce dernier les a publiquement dénoncées. Les représailles financières qu'Ottawa impose au Québec depuis le sabotage de 1995 affectent maintenant la province la plus populeuse du Canada. C'est que la hausse du dollar canadien des derniers mois a détérioré l'économie de l'Ontario. Queen's Park exige que cesse la tactique fiscale du gouvernement fédéral et veut connaître la nature des conversations à ce sujet entre Québec et Ottawa. Il n'est pas question qu'une entente soit signée sans l'accord de l'Ontario. D'ailleurs, le premier ministre McGuinty a vociféré récemment que sa province doit jouir d'un statut particulier puisqu'elle est la plus peuplée et qu'elle représente le cœur industriel du Canada. Voilà qui augure mal pour celui qui fuit les médias à Ottawa depuis sa victoire électorale de janvier dernier : c'est toute sa stratégie pour éliminer les souverainistes québécois qui pourrait être bousillée. Harper en a déjà plein les bras à essayer de vendre Jean Charest aux Québécois, lui qui s'apprête à fracasser un nouveau record d'impopularité.
Que proposera le chef de l'opposition officielle à Québec, face à la grande manœuvre que peaufinent les fédéralistes? A-t-il, lui et son État-major, concocté également quelque chose de nouveau pour vaincre l'offensive de ses adversaires? À la lumière de sa dernière déclaration, la réponse semble négative.
André Boisclair a répété dernièrement qu'il veut tenir le plus tôt possible un référendum. Exactement le genre de réplique dont rêvent les fédéralistes qui redoutent que l'on offre aux Québécois la souveraineté au prochain scrutin, avec l'aide de Québec solidaire.
Décidément, seraient-ils deux au Québec à séjourner dans les abysses politiques?
Patrice Boileau
_ Carignan, le 29 mars 2006


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