Le cri du coeur de Caldwell

Économie - Québec dans le monde

Vendredi dernier, Thomas S. Caldwell, président de Caldwell Securities Ltd, une firme torontoise de conseils en placements, s'est payé une pleine page de publicité dans deux journaux anglophones nationaux pour dénoncer la vente d'entreprises canadiennes à des intérêts étrangers. Geste courageux ou intéressé, le fait est que la liquidation d'actifs en cours fait des ravages.
Comme l'a rapporté [Le Devoir samedi dernier->7946], le pamphlet de Thomas S. Caldwell était on ne peut plus clair. «La perte de sièges sociaux et de leadership industriel est une tragédie pour le monde des affaires canadien. Les jeunes des futures générations qui voudront grimper les échelons devront se résigner à s'expatrier. Si la tendance se poursuit, le Canada perdra certains de ses plus grands talents.» Et, comme pour être certain d'avoir été bien compris, M. Caldwell a ajouté: «Pour stopper la liquidation du Canada inc., il faut commencer par interdire aux dirigeants de recevoir des primes ou d'exercer des droits d'échange d'options s'ils procèdent à la vente de l'entreprise qu'ils ont été embauchés pour construire.»
Voilà qui est très juste. Depuis quelques mois, le monde des affaires canadien a perdu des joueurs majeurs comme Inco, Falconbridge, La Baie, Domtar et tout récemment Alcan, qui passera aux mains du géant Rio Tinto. Dans tous les cas, les dirigeants ont retiré des avantages monstrueux de la vente d'une entreprise qui ne leur appartient pourtant pas.
Dans le cas d'Alcan, les dirigeants et les administrateurs se partageront de 110 à 140 millions, du seul fait d'avoir accepté l'offre de Rio Tinto. Rien ne justifie que des dirigeants soient ainsi récompensés pour... jeter l'éponge.
Alcan n'était pas à vendre: c'est une offre non sollicitée d'Alcoa qui a conduit la direction à ouvrir les enchères. Alcan n'avait pas le choix, a-t-on affirmé. Faux! Alcan pouvait elle-même partir à la conquête d'un concurrent au lieu de faire la belle devant ses prétendants ambitieux. Cent millions de gains personnels aux dirigeants pour se vendre au plus offrant, voilà qui porte un nom en langage populaire.
Pour pouvoir encaisser les subventions promises à Alcan par Québec et surtout profiter du privilège sans pareil d'exploiter ses propres centrales hydroélectriques sur des rivières du domaine public, Rio Tinto, dont le siège social est à Londres, devra maintenir un semblant de directorat sectoriel à Montréal. Il ne faut pas être devin pour prévoir que toutes les décisions de portée internationale et toutes les transactions financières seront planifiées dans la City et non pas ici.
C'est donc pour cela que nos valeureux membres du conseil, de sympathiques pures-laines comme cet ancien ambassadeur du Canada, Yves Fortier, devenu président du conseil, recevront une récompense millionnaire?
Il y a quelques semaines, le ministre fédéral des Finances, James Flaherty, a créé un comité de travail pour évaluer l'opportunité d'adopter des mesures de contrôle plus sévères lors de tentatives d'acquisition d'entreprises dans des secteurs stratégiques. C'est grâce à de telles mesures que Bell et les grandes banques canadiennes, par exemple, ne sont pas encore passées entre les mains d'intérêts étrangers. Attendons avant de conclure. Mais si, d'aventure, ce comité en arrivait à la conclusion qu'il n'y a rien à faire, qu'ainsi vont la vie moderne et le capitalisme ronronnant, préparons-nous à sortir les pancartes!
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j-rsansfacon@ledevoir.com


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