Autonomie économique : un devoir de leadership

Économie - Québec dans le monde

La semaine dernière, Jean Charest a rappelé sa conception étroite du rôle de l'État dans l'économie et son manque de vision alors que je m'inquiétais, comme beaucoup de Québécois, de notre situation économique et de la négligence dont fait preuve le gouvernement face aux prises de contrôle de plusieurs de nos fleurons par des entreprises étrangères.
Après bientôt cinq ans de gouvernement libéral, le Québec est de moins en moins performant par rapport à ses voisins. Tant sur le plan des exportations que du secteur manufacturier ou de l'industrie forestière, nous perdons du terrain et le gouvernement ne semble pas s'en inquiéter. Le constat est clair et le gouvernement doit sortir de l'immobilisme. Notre compétitivité et notre productivité en dépendent.
C'est en spectateur que le gouvernement a assisté, depuis 2003, à la prise de contrôle par des intérêts étrangers de plusieurs entreprises. À la liste déjà longue des Domtar,
Abitibi Consol, Cambior, Sico et Molson, se sont ajoutées, dans les derniers mois, Alcan et BCE.
Nous ne trompons pas. Ce qui est en jeu aujourd'hui, ce n'est pas un débat stérile sur plus ou moins d'État dans l'économie. Plus personne, sauf peut-être au Parti québécois, ne pense encore que l'État peut faire mieux que le marché. Ce qui est en jeu aujourd'hui, c'est l'autonomie économique du Québec.
J'ai exprimé la semaine dernière mes inquiétudes face à notre perte de contrôle sur certaines de nos grandes entreprises, notamment, sur le rôle que la Caisse de dépôt et placement devrait jouer lorsque de telles manoeuvres se dessinent.
Cette préoccupation est d'ailleurs partagée par plusieurs, aussi bien au Québec que dans le reste du Canada. C'est ainsi que, récemment, le ministre fédéral des Finances déclarait: «Il importe que nous protégions le Canada et les éléments d'actif canadiens dans certaines circonstances où des entreprises étatiques étrangères pourraient intervenir.» Aussi, Laurent Beaudoin, patron de Bombardier, affirmait en mai dernier: «On doit tous se poser la question. Il y a plusieurs intervenants qui arrivent pour ne faire que des gains rapides lors d'acquisitions. Il ne faudrait pas avoir au Canada uniquement des filiales de compagnies étrangères. Ce serait au détriment de l'économie canadienne.» Enfin, encore en mai dernier, Henri Massé, président de la FTQ, s'est également montré inquiet de voir une entreprise québécoise de l'importance d'Alcan passer aux mains d'intérêts étrangers.
Jean Charest ne voit plus la nécessité d'être «Maîtres chez nous». Il a toujours
été très clair, pour moi et comme chef de parti, que le dirigisme étatique, qui a caractérisé les années au pouvoir du Parti québécois
et qui a mené la Caisse de dépôt et placement à se lancer dans de multiples aventures
périlleuses, n'a jamais été une avenue envisageable.
Mais il est de mon devoir de chef de l'opposition officielle de mettre en garde les Québécois contre le glissement actuel. L'initiative privée peut et doit prendre plus de place dans l'économie québécoise. Toutefois, cette nécessité ne doit pas être un prétexte pour libérer l'État de ses responsabilités face à l'autonomie de notre économie. D'ailleurs, il faut rappeler que le mandat actuel de la Caisse de dépôt et placement du Québec est clair. Il lui appartient de «gérer en recherchant le rendement optimal du capital de ses déposants tout en contribuant au développement économique du Québec».
Ce mandat, il faut aujourd'hui que le gouvernement le rappelle aux dirigeants de la Caisse alors que nous apprenions en fin de semaine que le Québec ne compterait que pour 15,7 % de l'actif total des déposants géré par la Caisse. Mais ce qui est plus grave encore, c'est que près de la moitié des actifs détenus par la Caisse au Québec porte exclusivement sur des obligations émises par le gouvernement et les organismes du secteur parapublic. C'est donc dire que seulement 8 % des actifs de la Caisse sont directement investis dans notre économie.
Investir au Québec, investir dans des entreprises comme BCE ou Alcan, ce n'est pas «jouer au Monopoly» avec l'argent des retraités.
Ce qui est bon pour les retraités ontariens, qui, avec Teachers, ont investi dans BCE, ce qui est bon pour une multinationale comme Rio Tinto, qui a pris le contrôle d'Alcan, est aussi bon pour les travailleurs et les retraités québécois.
La Caisse de dépôt et placement du Québec a été créée à l'origine pour nous permettre de devenir «Maîtres chez nous». Aujourd'hui, avec la négligence dont fait preuve le gouvernement, on a l'impression de revenir 50 ans en arrière et de laisser des entreprises étrangères nous dépouiller de nos richesses. Le gouvernement de Jean Charest est maintenant bien loin de la vision de Jean Lesage.
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Mario Dumont, Député de Rivière-du-Loup. Chef de l'opposition officielle


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