Une industrie en fusion

Économie - Québec dans le monde


L'activité des fusions-acquisitions dans le secteur des métaux est à ce point intense qu'Alcoa, prétendante déchue d'Alcan, est désormais dans la mire des grands groupes mondiaux. Si la Chine, l'Inde, la Russie, le Brésil et l'Australie s'y relancent à qui mieux mieux, on s'attend à ce que l'entrée en scène des fonds d'investissement vienne accélérer le rythme déjà effréné et faire monter les enchères.
Des enchères déjà imposantes avec la proposition de Rio Tinto sur Alcan. L'anglo-australienne offre quelque 10 milliards de plus qu'Alcoa, tout en espèces, pour le géant québécois de l'aluminium.
L'américaine, qui a ouvert les enjeux sur Alcan, s'est aussitôt senti prise de vertige. «L'offre de Rio Tinto sur Alcan vient renforcer notre conviction que l'industrie de l'aluminium prend actuellement de la valeur et qu'elle a devant elle un avenir radieux, peut-on lire dans le communiqué d'Alcoa. Mais à ce prix, nous avons d'autres options tout aussi intéressantes pour pouvoir apporter de la valeur supplémentaire à nos actionnaires.»
Alcan, qui avait racheté son concurrent français Péchiney en 2003, a accepté cette offre de 101 $ par action. Et plusieurs analystes du secteur minier jugeaient donc improbable une surenchère. L'un d'eux, Charles Bradford, allait plus loin en estimant que l'offre de Rio Tinto était «totalement dissuasive et dépasse toute valeur réelle».
Cette démesure, qui a déjà emporté l'acier, le nickel, le cuivre et l'or, englobe désormais l'aluminium. Les cours s'envolent, poussant les géants miniers mondiaux dans une frénésie de fusions.
Le rythme de ces méga-transactions, déjà dominantes en 2006, s'est accéléré depuis le début de 2007 pour se compter par dizaines et se chiffrer globalement à près de 80 milliards.
Le Canada, l'un des pays les mieux pourvus en ressources minières, venait déjà de voir racheter coup sur coup trois de ses fleurons de l'acier: Dofasco, Ipsco et Algoma. Le dernier sidérurgiste canadien indépendant, Stelco, se retrouve dans la mire de trois prétendants. Dans le nickel, Falconbridge, LionOre et Inco appartiennent désormais à des intérêts étrangers. Dans l'or, Cambior a également changé de nationalité.
L'aluminium est à son tour devenu l'objet de toutes les convoitises avec le dépôt par Alcoa d'une offre non sollicitée sur Alcan pour 33 milliards (dette comprise). À peine vient-elle d'être repoussée qu'Alcoa se retrouverait l'objet de convoitise de BHP Billiton. Les rumeurs plaçaient hier cette autre anglo-australienne dans un partenariat avec le fonds privé américain Blackstone pour déposer une offre à 40 milliards.
Si ces rumeurs s'avéraient, on assisterait alors à l'entrée en scène d'un premier fonds privé, une arrivée qui ne ferait qu'accélérer les transactions et les enchères dans une industrie ayant perdu ses repères.
«Tout tourne autour de la Chine», a souligné hier le directeur général de Rio Tinto, Tom Albanese, lors de la conférence de presse. «Les trois métaux que vous pouvez associer actuellement à la croissance économique du pays sont l'acier, le cuivre et l'aluminium.» Selon un analyste, «c'est l'occasion pour Rio Tinto de renforcer sa position dans le secteur et de mettre un frein à l'expansion de ses concurrents BHP Billiton et Alcoa.»
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Avec l'Agence France-Presse


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