Lutte contre le réchauffement climatique

Le Canada manque d'ambition

Le président du protocole de Kyoto fustige le plan vert

De Kyoto à Bali


L'opposition à la Chambre des communes a continué hier de tirer à boulets rouges sur le nouveau plan vert des conservateurs dévoilé la semaine dernière. Les trois partis ont d'ailleurs obtenu de nouvelles munitions, puisque le grand patron du protocole de Kyoto, Yvo De Boer, a contredit le ministre John Baird en soutenant que le Canada était loin de présenter un plan plus efficace que les autres pays signataires de Kyoto.
Ottawa - Dimanche sur les ondes de CTV, le ministre de l'Environnement, John Baird, a de nouveau soutenu que son plan vert présenté jeudi dernier était l'un des «plus énergiques» du monde. Hier, le ministre de l'Industrie, Maxime Bernier, a affirmé que le Canada promettait plus de réduction de gaz à effet de serre (GES) que l'Europe. Pas du tout, a répliqué le président du Secrétariat de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), Yvo De Boer. C'est lui qui supervise l'application du protocole de Kyoto.
Le plan des conservateurs, qui abandonne les objectifs de Kyoto, vise une réduction de 20 % des gaz à effet de serre d'ici 2020, mais comparativement à 2006 et non à 1990, l'année de référence de Kyoto. De plus, le gouvernement fédéral vise à «stabiliser» les émissions de GES d'ici cinq ans avec des «cibles d'intensité» ce qui ne garantit en rien une véritable réduction des GES, puisque le total des rejets dans l'air peut continuer à augmenter au rythme de l'activité économique même si l'intensité des émissions (soit l'efficacité par unité de production) des entreprises s'améliore. Les cibles de réduction basées sur l'intensité ne sont d'ailleurs pas reconnues par le protocole de Kyoto. À la fin de la deuxième phase de Kyoto (2012-20) actuellement en négociations, le Canada n'aura pas encore atteint l'objectif de la première phase (2008-12).
En entrevue à la Presse canadienne hier, Yvo De Boer a soutenu que le plan canadien était l'un des «moins ambitieux» de tous les signataires de Kyoto, et même de la planète. Le Canada n'est certainement pas le plus énergique, comme le déclare le ministre Baird, dit-il.
«Les Européens ont une proposition sur la table pour réduire leurs émissions de GES de 20 à 30 % [d'ici 2020], mais par rapport à 1990. Le nouveau plan du Canada est certainement moins ambitieux que ça», a-t-il dit depuis son bureau de Bonn, en Allemagne. «La Californie veut réduire ses émissions de 25 % comparativement à maintenant. Le Canada est encore moins ambitieux que ça», a-t-il ajouté.
Le président de la CCNUCC se demande comment le Canada peut rester membre de la communauté de Kyoto tout en ne respectant pas les principes de base. «La question est: comment cette nouvelle politique cadre avec les obligations internationales du Canada? Mais aussi: qu'est-ce que ça signifie pour le débat autour des actions à long terme actuellement en négociations?», dit Yvo De Boer.
Le grand patron de Kyoto a rappelé que le Canada se verrait probablement imposer une pénalité pour la seconde phase de Kyoto. Il s'agirait d'ajouter 30 % de réduction aux nouvelles cibles du Canada, comme le stipule le protocole.
L'opposition critique, le gouvernement reste sur ses positions
Malgré les commentaires sans équivoque d'Yvo De Boer, le ministre de l'Industrie, Maxime Bernier, a continué de soutenir hier que le plan des conservateurs était parmi les plus efficaces du monde. «Ce que l'on confirme actuellement aux Canadiens et à la communauté internationale, c'est que, pour la première fois dans l'histoire de ce pays, ce gouvernement va agir pour réduire les gaz à effet de serre. Nous allons avoir dans les dix prochaines années une réduction de gaz à effet de serre plus grande que pour les pays européens dans les dix prochaines années», a-t-il dit à sa sortie des Communes. Selon lui, «c'est impossible de respecter Kyoto dans les délais.» Le ministre Baird n'était pas à Ottawa hier.
Les partis d'opposition ont continué d'attaquer le plan vert du gouvernement. Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, l'a qualifié d'«épouvantable». «Il fait le jeu des pétrolières au détriment de l'environnement, au détriment des entreprises manufacturières, puis au détriment du Québec. C'est la réalité, la triste réalité», a-t-il soutenu.
Selon Jack Layton, le verdict de l'ONU est clair. «Le responsable pour le changement climatique indique que le programme canadien basé sur l'intensité des émissions n'est pas acceptable et ne va pas accomplir les objectifs internationaux», a affirmé le chef du NPD. Pour les libéraux, c'est une voix de plus qui s'ajoute. «C'est Al Gore, c'est David Suzuki, c'est la ministre de l'Environnement au Québec, c'est le premier ministre ontarien... Il y a de plus en plus de voix maintenant au Canada qui disent que ce n'est pas un plan sérieux», a soutenu David McGuinty, porte-parole libéral en matière d'Environnement.
De son côté, le premier ministre québécois Jean Charest a affirmé hier que le Québec ne se laisserait pas distraire par l'attitude d'Ottawa dans le dossier des changements climatiques. «L'opinion d'Ottawa ne change rien aux positions québécoises. On a la conviction que notre plan est le bon et qu'on doit procéder», a dit M. Charest.


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