La ruse souverainiste de Legault

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Les chroniqueurs fédéralistes paniquent devant la stratégie souverainiste de Legault


Derrière les postures de François Legault se cache toujours un souverainiste convaincu. Même si le chef de la CAQ clame haut et fort qu’il est nationaliste, toutes les priorités de son programme politique sont ciblées pour faire avancer la cause de l’indépendance du Québec.  


Non? Pourtant, son plan semble de plus en plus évident.  


Chercher la chicane  


Le gouvernement de la CAQ a bien choisi les enjeux qu’il souhaite traiter en priorité.  


1) La loi sur l’interdiction des signes religieux pour les personnes en position d’autorité  


S’il est un sujet qui va certainement diviser les Québécois, c’est bien celui de l’interdiction des signes religieux. Pour, contre, Bouchard-Taylor, Bouchard tout seul avec ou sans les enseignants, avec ou sans clause grand-père, même les membres de Québec Solidaire s’obstinent sur la question.  


François Legault sait évidemment que la proposition de son gouvernement ne survivra pas au test de la Charte canadienne des droits et libertés et à celui de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, c’est pourquoi il invoque déjà l’emploi de la clause dérogatoire pour imposer sa loi.  


2) La sélection des immigrants  


Plus tôt cette année, Justin Trudeau s’était dit ouvert à travailler avec le gouvernement de François Legault afin de diminuer temporairement le nombre d’immigrants admis au Québec. Cependant, le projet de loi sur l’immigration déposé par le ministre Jolin-Barrette la semaine dernière comprend plusieurs points qui irritent le fédéral. Sans surprise, le premier ministre Trudeau ferme la porte au nez de Québec, qui voudrait désigner un lieu de résidence permanente aux immigrants, une mesure qu’Ottawa juge inconstitutionnelle.  


3) Le test de français et de valeurs québécoises  


Promesse électorale oblige, Québec a enchâssé dans son projet de loi sur l’immigration les bases du test des valeurs qu’il veut imposer aux résidents permanents avant de leur accorder la citoyenneté. Ce faisant, le gouvernement propose de créer deux statuts de résidents permanents : des résidents permanents-permanents et des résidents permanent-temporaire-en-attendant-le-test. Avant même de regarder le projet de loi en profondeur, le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Dominic Leblanc, a indiqué qu’Ottawa n’avait pas l’intention de laisser Québec décider qui doit obtenir, conserver ou perdre la résidence permanente.  


4) La déclaration de revenus unique  


Autre sujet cher à François Legault, celui de la déclaration de revenus unique. Quoi de plus populaire comme promesse que la perspective d’avoir moins de paperasse à remplir, surtout pour payer des impôts? Bien entendu, c’est essentiel de diminuer la charge de travail des contribuables québécois, mais seulement si la déclaration unique est traitée par Québec. Autrement, si Justin Trudeau insiste pour qu’elle soit traitée par Ottawa, votre charge de travail en double, vous pouvez vous la fumer.  


5) Modification de l’âge légal de consommation du cannabis  


Alors que partout ailleurs au Canada l’âge légal de consommation du cannabis est de 18 ans, le gouvernement de François Legault est déterminé à modifier la loi québécoise pour hausser l’âge légal à 21 ans. Dès le lendemain de la légalisation du cannabis, la ministre de la Justice du Canada, à l’époque Jody Wilson-Raybould, invoquait de possibles démêlés en justice pour contester une loi québécoise plus sévère que celle du Canada. On voit déjà poindre de longues batailles judiciaires sur le sujet.  


La solution? LA SOUVERAINETÉ!  


C’est sournois comme manœuvre, mais tout le programme politique de François Legault est fondé sur des prises de position qui sont assurées de l’opposer à Justin Trudeau. Chaque priorité vise un sujet qui confronte la vision d’Ottawa à celle du gouvernement de la CAQ.  


Déjà, François Legault et sa vice-première ministre placent les pions d’une guerre d’idéologie entre Ottawa et Québec, basée sur le caractère distinct du Québec par rapport au reste du pays.  


Tous deux multiplient les occasions de parler de nationalisme et mettent directement sur la table le «prix politique» que Justin Trudeau pourrait devoir payer au terme de la campagne électorale qui s’amorce.  


Promesse ou menace, François Legault a déterré la hache de guerre. On se demande même si ce n’est pas pour en mettre une couche de plus que le chef de la CAQ parlait plus tôt cette année de « l’énergie sale » pour désigner le pétrole albertain.  


Alors, comment croyez-vous que François Legault va se sortir de toutes les impasses qu’il construit en ce moment?  


Je vous le donne en mille. Il va finir par nous expliquer que Québec ne peut se réaliser pleinement à cause de l’ingérence du fédéral dans ses dossiers. Que la seule manière pour le Québec de mener ses affaires à sa manière, d’avoir les coudées franches et de réellement représenter les valeurs et les priorités des Québécois, c’est de déclarer la souveraineté.  


Eh voilà, Legault le souverainiste le plus convaincu et le plus pressé de tous n’a jamais changé d’idée. Il a simplement changé de tactique.