La relation avec le maire d’Oka est au «point mort», selon Serge Simon

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Il ne faut pas laisser l'enclave mohawk s'élargir au détriment de la souveraineté de l'État québécois


Après que le maire d’Oka eut refusé de lui présenter des excuses, le grand chef mohawk de Kanesatake, Serge Simon, a estimé vendredi que leur relation se trouve dans une « impasse ».


M. Simon a fait cette déclaration à la sortie d’une rencontre de conciliation organisée dans le but d’ouvrir le dialogue entre les deux parties. Serge Simon n’a pas adressé la parole au maire d’Oka et les deux hommes ne se sont pas croisés puisqu’ils étaient concernés par des rencontres séparées. « C’est simplement entre nous et le maire, pas entre nous et la population », dit-il.


Le grand chef a déclaré avoir le soutien de son conseil de bande quant au fait « de ne pas donner d’importance » au maire d’Oka et de couper les ponts avec lui. Il a ajouté que le dialogue n’est toutefois pas rompu avec les gouvernements fédéral et provincial, ni avec la MRC de Deux-Montagnes.


Je n’ai peut-être pas utilisé certaines paroles, certains mots que certains auraient voulu entendre, je m’en excuse. Mais le fond est réel, et c’est la vérité. Ce que j’ai dit est la vérité. — Pascal Quevillon


À l’instar du chef Simon, le maire Quevillon a déclaré que les discussions étaient ouvertes avec le gouvernement fédéral. « Je pense que, parallèlement, on peut travailler pour le bien de nos deux communautés », a-t-il dit à sa sortie de l’édifice au centre-ville de Montréal où avaient lieu les rencontres. Il a ajouté qu’il réclamait une telle réunion « depuis plus de trois ans » et qu’il était « ouvert à rencontrer le grand chef ».


Questionné au sujet du fait que le chef Simon avait rompu le dialogue avec lui, le maire d’Oka a répondu que c’était au chef mohawk qu’il fallait poser la question. « Ce n’est peut-être pas à son avantage de faire affaire avec moi, je ne sais pas quoi vous dire », a-t-il avancé. Il a justifié la tenue de deux rencontres séparées par le fait que le grand chef ne l’avait pas invité à sa rencontre. « Et quand on est arrivés à la table à 11 h, il avait déjà quitté ».


« Bouton panique »


En mêlée de presse, le grand chef mohawk a accusé M. Quevillon d’avoir « pesé sur le bouton panique un peu trop vite », en ce qui concerne la cession de 60 hectares de terres par le propriétaire privé Grégoire Gollin. Cela inclut une parcelle de la pinède qui avait été au coeur de la crise d’Oka en 1990. « On n’est même pas rendus là », a-t-il soutenu, en ajoutant que sa communauté devait d’abord se prononcer sur le fait d’accepter les terres et, si oui, de quelle façon.


 
Photo: Adil Boukind Le DevoirLe maire d’Oka, Pascal Quevillon

Le maire d’Oka a, quant à lui, déploré le fait que sa municipalité soit « isolée » et que cette situation « ne date pas d’aujourd’hui ». « On veut être écoutés, on veut être entendus dans ces négociations-là », a-t-il réclamé. « Je n’ai peut-être pas utilisé certaines paroles, certains mots que certains auraient voulu entendre, je m’en excuse. Mais le fond est réel, et c’est la vérité. Ce que j’ai dit est la vérité. Il aurait peut-être fallu que j’utilise d’autres termes, d’autres mots », a-t-il nuancé, sans formellement s’excuser.


En lien avec les 30 millions de dollars évoqués par la municipalité, Pascal Quevillon a déclaré que ce montant servirait à acheter les terres contestées pour y mettre un moratoire sur le développement. Cela « arrêterait les frictions », soutient-il.


Le préfet de la MRC de Deux-Montagnes, Denis Martin, a déclaré que « le débat doit aller plus loin que les excuses ». Selon lui, l’essentiel est d’obtenir une discussion « pour arriver avec une solution pour l’ensemble des communautés », en ce qui a trait à un développement « harmonieux » du territoire. Il ajoute sentir une volonté de toutes les parties de travailler ensemble.


Aux côtés du chef Simon, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), Ghislain Picard, a réitéré le fait que la communauté mohawk ne veut pas d’une crise comme celle d’il y a 30 ans.


En sortant de sa rencontre avec le maire d’Oka, Marc Miller, secrétaire parlementaire de la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, a déclaré que la rencontre avait été « productive ». Il a toutefois rappelé que le dialogue devait se faire « dans le respect mutuel ». Il estime également que le chef Simon est en droit de demander des excuses au maire d’Oka suite à ses propos « irresponsables ».


Photo: Adil Boukind Le DevoirLe secrétaire parlementaire de la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Marc Miller

Pascal Quevillon avait affirmé la semaine dernière que le territoire de Kanesatake était « des cabanes de cigarettes et à cannabis ». Il avait également déclaré, selon le quotidien La Presse, que le Québec pourrait connaître une nouvelle crise d’Oka. « Mais ça ne va pas venir des citoyens de Kanesatake. Ça va venir des citoyens d’Oka », avait-il avancé. Vendredi, le chef de Kanesatake a déclaré considérer l’idée de recourir aux tribunaux contre le maire à la suite de ses propos « inflammatoires ».


D’après M. Miller, le différend qui oppose le maire d’Oka et le grand chef de Kanesatake n’est pas « irréconciliable ». Il estime qu’au moment opportun, ils pourront « se dire les vraies affaires ».


La ministre provinciale responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, s’est quant à elle réjouie d’un « dialogue franc ». « Je pense que, même si les deux hommes ne se parlent pas, les deux parties conviennent qu’il faut avoir un dialogue », a-t-elle soutenu. Interrogée à propos des déclarations controversées du maire d’Oka, la ministre a simplement répondu que « ce qu’il faut regarder, c’est l’avenir », en travaillant à préserver la paix sociale.


La date de la prochaine rencontre n’a pas encore été établie.




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