Couleurs et politique au défilé de la Fierté de Montréal

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Pas un seul denier public ne devrait servir à ce spectacle communautariste malaisant


Plus de 300 000 personnes ont assisté au 36e défilé de la Fierté à Montréal, dimanche, selon l’estimation d’un porte-parole de l’événement. Une occasion pour plusieurs militants de rappeler que le chemin à parcourir jusqu’à l’égalité n’est pas encore terminé, notamment en ce qui a trait aux droits des personnes transgenres.


Sacha Moulinoux, qui assistait au défilé, estime qu’il y a encore beaucoup à faire pour protéger les personnes trans de couleur. « Il y a encore beaucoup trop de gens qui se font tabasser », constate-t-elle, la voix nouée d’émotion. Elle ajoute qu’une de ses amies s’est fait frapper par quelqu’un dans la rue, à Montréal, simplement parce qu’elle était avec sa copine.


Charles Lowe, qui ne compte plus les défilés de la Fierté auxquels il a assisté, abonde en ce sens. Il précise que les homosexuels ne sont pas les seuls à former la communauté LGBTQ +. « Quand nous regardons le drapeau, il y a toutes les couleurs et pas seulement une ou deux », dit-il.


Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

« La pleine reconnaissance de l’identité des personnes trans ainsi que l’octroi des papiers et des soins pour les personnes trans migrantes font d’ailleurs partie de nos revendications politiques 2019 », fait remarquer un porte-parole de Fierté Montréal, François Laberge.


Esteban Laprés, qui a participé au défilé, estime que beaucoup d’homophobie a encore lieu sur le Web et qu’elle devrait faire l’objet de plus de modération. « Ça fait plusieurs publications LGBTQ + où je lis encore des commentaires négatifs », explique-t-il.


Le président fondateur de Fierté Montréal, Éric Pineault, a constaté la même chose, en entrevue avec La Presse canadienne. « Cette année, on voit un nombre record de propos transphobes et homophobes sur nos plateformes sociales », a-t-il constaté.


Fierté Montréal a par ailleurs annoncé la création du prix John-Banks, et la première statuette a été remise à celui dont elle porte le nom. Les prochains lauréats du prix seront des « bâtisseurs exceptionnels » de la cause LGBTQ +.


La candidature de Montréal pour la tenue du World Pride en 2023 a également été annoncée. La métropole est en lice, comme les villes de Houston, aux États-Unis, et de Sydney, en Australie.


Politiciens au rendez-vous


Des politiciens de plusieurs partis de tous les ordres de gouvernement ont pris part au défilé. Les chefs des principaux partis fédéraux étaient tous présents, à l’exception du leader conservateur, Andrew Scheer, et du chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier.


Le député conservateur Alain Reyes a toutefois déclaré aux médias représenter M. Scheer à l’événement, à titre de lieutenant politique. « Il y a plusieurs façons de soutenir la communauté LGBTQ », a-t-il précisé.


Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a appelé les Canadiens à faire plus que « se tolérer les uns les autres ». Il a également souligné la présence de plusieurs leaders politiques. « Tous les politiciens devraient appuyer ce genre d’événements, qui encouragent les gens à être eux-mêmes », a-t-il déclaré. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, ainsi que le premier ministre du Québec, François Legault, ont défilé aux côtés de Justin Trudeau.


La candidate à la chefferie du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, abonde en ce sens. « On n’est pas dans une politique partisane aujourd’hui, bien au contraire », a-t-elle estimé.


Cette présence accrue de politiciens au défilé n’a toutefois pas été vue d’un bon oeil par certains spectateurs. Plusieurs espèrent des gestes concrets de la part des personnalités politiques. « Ce qui compte, ce sont plus les actions qu’ils vont faire en dehors du mois de la Fierté. Au final, on s’en fout un peu qu’ils viennent marcher s’ils n’ont aucune intention de faire des actions qui vont contribuer au bien-être des personnes queer », estime Viviane Dorais, participante du défilé.


« Je crois qu’ils devraient soutenir des initiatives queer, au lieu de simplement être à des événements de presse comme celui-là », estime également Charles Lowe.