La poupée russe de Baker

Rapport Baker-Hamilton

L'ensemble des recommandations formulées par les membres de l'Irak Study Group peut se résumer à une volonté: le président Bush devrait faire ce qu'il ne souhaitait pas faire. Inutile de dire qu'il serait étonnant que le dernier néoconservateur épouse les propositions forgées par les amis de papa, tous des réalistes.
C'est un secret de Polichinelle que la relation entre Bush fils et James Baker, si longue soit-elle, a toujours été empreinte de froideur, de distance. C'est un autre secret de Polichinelle que tout au long des travaux accomplis par l'Irak Study Group, Baker a consulté aussi régulièrement que fréquemment l'apôtre en chef de l'école des réalistes, soit le général Brent Scowcroft, ex-patron du Conseil national de sécurité, meilleur ami de Bush père et, surtout, ennemi juré de l'actuel vice-président Dick Cheney, grand partisan de la présidence impériale ou, dit autrement, de la réduction du rôle du législatif à celui de figurant.
Dans l'histoire qui nous occupe aujourd'hui, ces aspects ont ceci d'important qu'ils ont plus que coloré les conclusions du rapport. En effet, lorsqu'on lit les 80 recommandations moins une, on se rend compte qu'il s'agit en fait d'une attaque en règle, qui ne dit évidemment pas son nom, contre la politique poursuivie par l'actuelle administration au Moyen-Orient. D'ailleurs, le nom accordé à cet exercice -- Irak Study Group -- s'avère un trompe-l'oeil; Middle East Study Group aurait été plus approprié.
En effet, Baker et ses neuf collègues ont élargi le champ de leurs conseils au conflit israélo-palestinien, au rapport entre la Syrie et le Liban, au nucléaire iranien et au retour en force des talibans en Afghanistan. Bref, ils partent du littoral méditerranéen et s'arrêtent à la frontière pakistanaise. À l'image de la poupée russe, ils ont décidé de lier un conflit à un autre, un contentieux à un autre, en consacrant évidemment au bourbier irakien le plus grand nombre de propositions.
L'Irak... Jusqu'à présent, le président Bush a toujours dit et répété que le dernier GI quittera l'Irak une fois le boulot de pacification terminé. À cet égard, l'Irak Study Group rétorque que le retrait des troupes devrait s'accélérer dès le premier trimestre 2008. Mieux, lorsqu'on trace une diagonale entre cette recommandation et la recommandation no 21, on comprend que Baker ouvre la porte à une sortie plus rapide. On suggère en effet que le gouvernement américain retire ou réduise son soutien à son pendant irakien si celui-ci ne fait pas les efforts qu'on attend de lui en matière militaire et policière.
La dimension militaire mise à part, Baker et consorts se sont faits les avocats d'une conférence sur l'Irak à laquelle seraient conviés tous les leaders des pays voisins. Dans leur esprit, il ne fait aucun doute que Bush a l'obligation d'amorcer des pourparlers directement avec l'Iran et la Syrie. L'actuel président des États-Unis s'étant toujours refusé (à) envisager cette éventualité, et ce, avec force, il ne faut pas s'attendre à ce qu'il envoie des cartes d'invitation à ses homologues iranien et syrien.
Car si tel était le cas, Bush reconnaîtrait de facto que la ligne qu'il a suivie depuis les premiers jours de son premier mandat n'était pas la bonne. On se souviendra que dans les semaines qui suivirent son installation à la Maison-Blanche, en l'an 2000, Bush et Condoleezza Rice, alors patronne du Conseil de sécurité nationale, avaient indiqué que l'ère des va-et-vient diplomatiques était révolue. Ils signalaient du coup que la première puissance du monde cultiverait l'indifférence, sauf lorsque ses intérêts vitaux seraient compromis. Et comment seraient-ils protégés? Par le recours à la force.
Ce faisant, Bush effectuait un changement ou plutôt un revirement notable: le militaire devait avoir préséance sur la diplomatie. Exactement le contraire de ce que les réalistes Baker et compagnie prennent soin de préconiser aujourd'hui.


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