Revue de presse

La mosaïque sous la loupe

Accommodements - au Canada...

La télévision anglaise de Radio-Canada savait qu'elle avait là une nouveauté attrayante, mais elle ne pensait sûrement pas frapper un tel coup de circuit. La première émission de sa nouvelle comédie de moeurs The Little Mosque on the Prairie (La Petite Mosquée dans la prairie) a attiré un nombre record d'auditeurs pour une première (plus de deux millions mardi dernier), et ce n'est pas tout. Cette émission qui met en scène la petite communauté musulmane d'un village fictif de Mercy, en Saskatchewan, a fait parler d'elle à travers le monde.
Au Canada anglais, même déluge. Pas d'éloges dithyrambiques. On trouve l'émission convenue, gentille et dépourvue de vraie audace. On juge son humour un peu trop simple. Ce sont toutefois les commentateurs plus conservateurs, ceux qui s'inquiètent le plus souvent des effets de la présence musulmane au Canada, qui se sont montrés les plus sévères, disant y trouver une version à l'eau de rose et peu réaliste de la réalité musulmane. Pour eux, la vie des musulmans ne peut être à ce point ordinaire.
Margaret Wente, du Globe and Mail, n'accorde aucune crédibilité à un portrait qu'elle juge trop correct et inoffensif. Elle y trouve même une insulte à l'intelligence. Elle ne croit pas à ce jeune imam moderne et trop mignon. «Si un imam ressemble à celui-ci sur la terre, je vais me convertir, porter le voile et prendre le premier avion pour La Mecque», écrit-elle. Elle ne croit pas davantage à cette Canadienne de souche convertie qui ne porte le voile qu'à la mosquée. Cette émission aurait été plus réaliste et plus à son goût si l'imam n'était pas joli, si la radio-poubelle subissait les foudres du CRTC, si l'idiot du village avait lancé une pierre dans la fenêtre de la mosquée plutôt que de se plaindre, si la femme convertie s'était couverte de la tête aux pieds et si certains avaient débattu de l'existence de l'État d'Israël. De quoi se demander qui s'accroche le plus à ses clichés...
L'émission n'est pas aussi mauvaise que ne le craignait Barbara Kay, du National Post, mais elle l'a trouvée mauvaise quand même. Selon elle, la série illustre les effets de l'islamophobie de l'après-11 septembre 2001 mais banalise la façon d'y répondre des musulmans eux-mêmes pour réserver le rôle d'idiot à tous les non-musulmans. Elle trouve que cette série s'inspire d'un modèle d'émissions depuis longtemps dépassé, du genre Papa a raison, ce qui illustre, selon elle, combien la CBC est devenue un «fossile culturel».
La chance au coureur
Juste avant la diffusion, Brigitte Pellerin, du Ottawa Citizen, donnait la chance au coureur, contrairement à Mark Steyn, du Western Standard, ou Les MacPherson, du Saskatoon Star-Phoenix. Elle se disait impressionnée par la décision de la CBC de représenter les aléas d'une petite communauté musulmane tentant de vivre en paix avec ses voisins. Mais elle se demandait ce que serait la réaction des musulmans qui, selon elle, ont souvent démontré par le passé une grande susceptibilité à la critique. À en juger par les textes d'Ihsaan Gardee, dans le Toronto Star, et d'Aisha Sherazi, dans le Citizen, elle s'inquiète peut-être pour rien. Les deux auteurs ont apprécié. À leur avis, la série offensera certaines personnes, musulmanes ou non, mais ils espèrent et croient que d'autres y trouveront une occasion de rire d'eux-mêmes.
Paula Simons, du Edmonton Journal, note d'ailleurs que tant la presse internationale que celle de Toronto juge tirée par les cheveux cette présence musulmane dans les Prairies. C'est pourtant une réalité, et ce, depuis le début du XXe siècle. La première mosquée albertaine a ouvert ses portes dans les années 1930. La première mosquée américaine a elle aussi vu le jour dans les Prairies, au Dakota du Nord plus précisément. Pour sa part, elle espère que l'émission trouvera sa niche, car elle met en lumière une réalité méconnue.
Se sentir Canadien
Le Canada aime croire qu'il est encore à l'abri des sursauts de frustration que vivent les enfants d'immigrants en Europe. Le Globe and Mail publiait hier les résultats d'une étude qui égratigne ce vernis. Réalisée pour l'Institut de recherche en politiques publiques à partir de données de Statistique Canada, l'étude révèle que les enfants des immigrants membres de minorités visibles éprouvent un plus grand sentiment d'exclusion que leurs parents. Les membres de minorités visibles de première et de deuxième génération s'identifient moins comme Canadiens, font moins confiance à leurs concitoyens et sont moins enclins à voter que les immigrants blancs venus d'Europe. Selon le Globe, ces conclusions laissent croire que la politique du multiculturalisme adoptée en 1971 ne fonctionne pas aussi bien pour les nouveaux immigrants et leurs enfants, qui viennent en grande majorité d'Asie et des Caraïbes. «Il faut s'occuper du fossé racial. Autrement, on risque la rupture sociale. L'objectif du multiculturalisme est d'assurer la participation des minorités dans les institutions communes. Cela ne se produit plus», déplore un sociologue de l'Université de Toronto, Jeffrey Reitz. L'obstacle à l'intégration est avant tout l'impression de discrimination et le sentiment de vulnérabilité qui peut persister malgré une amélioration de la situation économique.
Aucun rapport
Des chrétiens évangélistes de la Colombie-Britannique s'insurgent contre l'offre de cours de yoga dans les écoles où aucun enseignement religieux n'est permis. Ils ont carrément porté plainte devant leur conseil scolaire et le ministère de l'Éducation de la province, nous apprend le Calgary Herald. Si on ne peut enseigner le christianisme, pourquoi permettrait-on l'enseignement du yoga qui, selon les plaignantes, est une religion qui amène les jeunes à se tourner vers des dieux hindous?!
mcornellier@ledevoir.com


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