La gravité de la déclaration de François Legault

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Comment la CAQ peut-elle se dire nationaliste et vouloir enterrer à jamais la question de la souveraineté ?

En entrevue avec le West Island blog, François Legault a promis qu’il ne réaliserait jamais la souveraineté du Québec et qu’il était même temps de clore la question pour de bon. Une déclaration pour le moins ironique, après une semaine où on a annoncé que plusieurs péquistes passaient à la Coalition Avenir Québec.


La souverainistosphère s’est enflammée sur Facebook. On pouvait lire de nombreux commentaires de colère à l’endroit du chef caquiste. J’ai cependant l’impression que la plupart passaient à côté de l’essentiel.


Ce qu’il y a de grave, ce n’est pas que M. Legault n’ait pas le même message en anglais et en français. Bien d’autres l’ont fait avant. Les politiciens parlent souvent des deux côtés de la bouche, et adaptent leur message en fonction du côté de la rue Saint-Laurent où ils se trouvent. Qu’il y ait François le nationaliste d’un côté, et Franky the antinationalist de l’autre, ne devrait pas nous faire sursauter. Il est un simple politicien de son époque...


Ce n’est pas non plus qu’il soit prêt à dire n’importe quoi pour se faire élire. Il ne serait pas le premier en son genre.


Ce n’est pas qu’il se comporte comme une girouette. Il est vrai qu’il était le plus pressé des pressés sur l’indépendance, il y a quinze ans. Mais il a parfaitement le droit de changer d’idée, tout comme c’est le droit de chacun d’y croire ou non (plusieurs jurent qu’il est toujours indépendantiste...), de saluer son revirement comme étant particulièrement audacieux, ou de le condamner comme relevant de l’opportunisme le plus crasse.


Le scandale ne réside pas non plus dans le fait que les raisons de sa réconciliation avec le Canada soient peu crédibles.


Il ne se trouve pas non plus dans le fait qu’il nous montre qu’il ne sait pas négocier. Quand on veut aller chercher de nouveaux pouvoirs à Ottawa, il faut être prêt à montrer sa détermination, éventuellement, à envisager la rupture si le Canada refuse constamment de tendre l’oreille. M. Legault n’est pas le premier chef de parti à avancer un plan irréaliste et irréalisable.


Ce qui est grave, ce n’est certainement pas qu’il promette de ne pas lancer de discussion sur la souveraineté s’il est élu, car il a bien droit à sa propre position constitutionnelle. Libre à nous de la critiquer, et je ne me gêne jamais pour le faire.


Non, ce qui est excessivement grave, c’est qu’un chef de parti aspire à supprimer pour toujours la question de la souveraineté du débat public. Autrement dit, qu’il propose de fermer à double tour, ad vitam aeternam, l’agenda politique québécois. « It is time to take that conversation off the table once and for all », a-t-il dit.


Aucun aspirant premier ministre n’est allé aussi loin, et ce, depuis très longtemps. Jean Charest déclarait, de son côté, que l’idée de souveraineté serait toujours présente. Philippe Couillard, aussi hargneux qu’il puisse l’être à l’endroit des indépendantistes, a tout de même toujours réitéré qu’« une idée ne meurt jamais ».


Cette déclaration témoigne d’une conception dangereuse de la démocratie. Qui est François Legault pour décider des débats que les générations futures auront le droit de tenir ? On me dira que, parce qu’il est un ancien péquiste, le chef caquiste est obligé d’en beurrer particulièrement épais pour rassurer le West Island. Soit ! Mais il y a des limites à l’irresponsabilité. On voit clairement ici la différence entre un politicien qui ne pense pas au-delà du court terme et un véritable homme d’État.


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Simon-Pierre Savard-Tremblay159 articles

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Simon-Pierre Savard-Tremblay est sociologue de formation et enseigne dans cette discipline à l'Université Laval. Blogueur au Journal de Montréal et chroniqueur au journal La Vie agricole, à Radio VM et à CIBL, il est aussi président de Génération nationale, un organisme de réflexion sur l'État-nation. Il est l'auteur de Le souverainisme de province (Boréal, 2014) et de L'État succursale. La démission politique du Québec (VLB Éditeur, 2016).