Big Brother se mêle des élections

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Avec les réseaux sociaux, le peuple consent volontairement à se faire espionner

Un dossier du bureau d’enquête du Journal révélait, hier, que les 6,14 millions d’électeurs inscrits au Québec ont été fichés, dans leur totalité, par les quatre principaux partis. La raison ? Faire du profilage, savoir qui vous êtes pour mieux influencer votre vote.


L’effet bulle


La manière de faire des élections a changé, et les formations politiques ont désormais une approche très mathématique, ciblant presque rue par rue le nombre de votes potentiels. Cette manière de procéder est très américaine, et c’est bien entendu en collectant les données personnelles figurant sur les réseaux sociaux que les politiciens peuvent procéder. En mars dernier, nous avons d’ailleurs appris que Facebook réalisait des tests psychométriques avec ses membres, dont les résultats ont été mis au bénéfice de la campagne présidentielle de Donald Trump.


Facebook crée de véritables bulles. Loin d’entraîner la diversification de la pensée et la libération de la parole qui étaient promises à la création des réseaux sociaux, le fameux système des algorithmes a plutôt renforcé l’« effet bulle », nous confinant dans nos propres certitudes. Ce sont principalement les opinions et champs d’intérêt qui sont les nôtres qui apparaissent dans notre fil d’actualité. Adieu, les débats d’idée !


Le vrai problème


L’enquête du Journal parlait des partis politiques, mais les grosses entreprises emploient couramment de telles pratiques. Tout cela est très inquiétant, mais le vrai problème, c’est que nous offrons toutes nos informations personnelles sur un plateau d’argent. Nous choisissons de raconter notre quotidien sur les réseaux sociaux, de prendre nos repas et les plages que nous visitons en photo et de partager tout avec tout le monde. Si vous ne voulez pas être ciblé, avant d’étaler votre vie sur Facebook, posez-vous la question à la mode : en as-tu vraiment besoin ?


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Simon-Pierre Savard-Tremblay148 articles

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Simon-Pierre Savard-Tremblay est sociologue de formation et enseigne dans cette discipline à l'Université Laval. Blogueur au Journal de Montréal et chroniqueur au journal La Vie agricole, à Radio VM et à CIBL, il est aussi président de Génération nationale, un organisme de réflexion sur l'État-nation. Il est l'auteur de Le souverainisme de province (Boréal, 2014) et de L'État succursale. La démission politique du Québec (VLB Éditeur, 2016).