Le grand retour de la diabolique Russie

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SPST prend la défense de la Russie sous Poutine

Depuis quelques années, la Russie semble être responsable de tous les maux de la terre et serait l’instigatrice de bon nombre des grands événements politiques récents (Brexit, élection de Trump, référendum catalan...).


Aux États-Unis, la russophobie a de profondes racines. Depuis la fin de la Guerre froide, pourtant, on n’entendait presque plus parler du Kremlin.


On ne voyait même plus de méchants Russes dans les films hollywoodiens. Pourquoi la Russie était-elle tombée dans l’oubli ? Rocky a battu Drago, l’URSS a implosé en 15 républiques, les régimes communistes sont tombés. Les prophètes de Washington clamaient en chœur qu’un capitalisme sans limites et sans frontières était le seul avenir. Il était fondamental que la Russie, qui représentait hier le contre-modèle, se convertisse rapidement et intensément à ce système.


Quand la Russie a failli disparaître


C’est l’histoire d’une grande ingérence (une autre que celle qui défraie la chronique ces temps-ci) d’une nation dans les affaires internes d’une autre.


Plutôt que d’opter pour une transition intelligente, les dirigeants russes ont adopté sans mot dire les consignes du Fonds monétaire international et du gouvernement américain. Cette « thérapie de choc » — pour laquelle le peuple russe n’a jamais donné son aval — a eu des effets désastreux.


La production s’est effondrée de moitié, la crise démographique a été catastrophique, les inégalités ont connu une hausse brutale et l’investissement a chuté. Quant aux privatisations frauduleuses (les règles, très permissives, n’ont pas toujours été respectées), elles ont mené à la prise de contrôle des ressources du pays par quelques individus, les fameux oligarques, qui concentrèrent entre leurs mains les domaines clés de l’économie russe. La mafia s’est aussi mise à occuper une place importante dans la gestion des affaires publiques.


Quand Boris Eltsine, grand ami de Washington, a réalisé un véritable coup d’État en 1993 en dissolvant, de manière anticonstitutionnelle, le Parlement russe, pourquoi ne dénonçait-on pas l’autoritarisme qui sévissait à Moscou ? Pourquoi l’a-t-on « découvert » seulement depuis que le Kremlin n’obéit plus ?


La méchanceté retrouvée


Pour conserver leur hégémonie, les Américains avaient besoin d’écraser leurs concurrents. La Russie de la « thérapie de choc » semblait encourageante pour elle. Par malchance pour eux, elle a décidé de se relever.


À partir de 1998, mais surtout à partir de la décennie 2000, Moscou a tourné le dos aux recettes de Washington et du FMI. En mettant en tutelle les oligarques, en reprenant ses secteurs stratégiques, en intervenant activement dans l’économie, l’État russe s’inscrivait en porte-à-faux avec les dogmes de la mondialisation. Contrairement à un mythe répandu, la relance russe n’est pas le seul résultat de la hausse des prix des matières premières, bien que celle-ci ait considérablement aidé. La Russie est un pays évidemment imparfait (qui ne le serait pas après tant d’épreuves ?), mais qui a compris que son développement était incompatible avec le « tout au marché ».


Les États-Unis ne semblent pas aimer, aujourd’hui, que la Russie ne soit plus son bar ouvert.



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Simon-Pierre Savard-Tremblay163 articles

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Simon-Pierre Savard-Tremblay est sociologue de formation et enseigne dans cette discipline à l'Université Laval. Blogueur au Journal de Montréal et chroniqueur au journal La Vie agricole, à Radio VM et à CIBL, il est aussi président de Génération nationale, un organisme de réflexion sur l'État-nation. Il est l'auteur de Le souverainisme de province (Boréal, 2014) et de L'État succursale. La démission politique du Québec (VLB Éditeur, 2016).