La France grandit... au Québec

Ses ventes dans la province ont augmenté de 18% depuis l'an 2000

2005


Par Éric Clément
vendredi 7 janvier 2005
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Corollaire d'un rapprochement politique, culturel et économique entre Paris et Québec marqué en 2004 par la conclusion d'une alliance politique et économique, la part de marché commercial de la France au Québec a augmenté de 18 % depuis 2000.
Les ventes françaises au Québec tournent en général autour de 2,4 milliards de dollars par année, une moyenne si l'on considère les 3,3 milliards de 1999, à l'époque où les livraisons d'avions Airbus faisaient pencher favorablement la balance, et le creux de 2,2 milliards l'année suivante.
La France est le quatrième fournisseur du Québec avec 4,6 % du marché, derrière les États-Unis (33 %), le Royaume-Uni (8,5 %) et la Chine (7 %). Il s'agit toutefois d'une hausse de 18 % de sa part de marché depuis 2000, alors qu'elle s'établissait à 3,9 %. Cette part de marché de 4,6 % est cinq fois plus élevée qu'elle ne l'est à l'échelle canadienne (0,9 %).
" Si on analyse la composition des ventes de produits français au cours des quatre dernières années, il apparaît que la baisse des livraisons dans le secteur aéronautique a été compensée par la montée en puissance d'autres secteurs ", explique le chef de la mission économique française à Montréal, Marc Bouteiller.
Même dans les années de vaches maigres, l'aéronautique demeure le secteur phare des exportations françaises au Québec, représentant 15 % du total. Parmi les entreprises françaises qui exportent dans ce secteur, citons Thalès (avionique), Snecma (pièces pour moteurs) et Messier Dowty (trains d'atterrissage), sans oublier un grand nombre de PME.
Premier acheteur de vins français
Après l'aéronautique, l'exportation des vins et spiritueux représente le deuxième secteur d'exportation. La Société des alcols du Québec (SAQ) est le premier acheteur mondial de vins français, avec 3,9 millions de caisses en 2003 (+3,6 % par rapport à 2002). En ce qui concerne les vins rouges, la France représente, en valeur, 70 % du marché québécois.
" Le Québec est un des rares marchés au monde (avec la Russie et le Japon) où les ventes de vins français continuent de progresser régulièrement, grâce notamment au dynamisme des vins de pays ", explique M. Bouteiller.
Les produits pharmaceutiques ont, pour leur part, vu leurs ventes quadrupler depuis 2000, dépassant les 200 millions en 2003 (comparativement à 51 millions en 2000). On retrouve sur le marché québécois les grands laboratoires français que sont Aventis, Sanofi et Servier et les multinationales faisant affaire à partir de la France comme Lilly ou Glaxo SmithKline.
Viennent ensuite les équipements électriques et électroniques (Alstom, Thomson), l'industrie mécanique, les parfums et cosmétiques (Dior, Chanel, Guerlain, L'Oréal, Yves Rocher), l'édition, l'industrie sidérurgique et l'industrie des fromages.
Quelque 700 entreprises françaises exportent pour plus de 250 000 $ vers le Québec et génèrent à elles seules plus de 90 % du chiffre total des exportations, le reste résultant de l'activité de plusieurs centaines de PME.
Mais M. Bouteiller précise qu'aux 2,4 milliards d'exportations de marchandises, il faut rajouter 1,2 milliard de recettes provenant de la vente de services (transports, tourisme, assurance, redevances, etc.) et de revenus d'investissements et transferts. Ainsi, les banques françaises BNP-Paribas et Société générale ont leur siège canadien à Montréal et financent des entreprises québécoises. Citons aussi les entreprises de services que sont Axa (assurance), Nouvelles Frontières (tourisme), Air France (transport), Accor (hôtellerie) et Sodexho (restauration).
Les investissements français au Québec continuent de progresser. D'ailleurs, la France est le deuxième investisseur étranger au Québec, derrière les États-Unis et devant le Royaume-Uni, selon Investissement Québec. Le nombre de dossiers d'investissements dépassait la douzaine l'an dernier et ce, pour de nouveaux projets, des agrandissements ou des modernisations. Si les plus gros investissements sont le fait de grandes entreprises, le potentiel de croissance dépend très largement des PME, qui s'intéressent de plus en plus au Québec comme tremplin vers le marché nord-américain.
Si 220 filiales d'entreprises québécoises sont installées en France (le Québec est le 44e fournisseur de la France), il y actuellement 315 filiales françaises au Québec, qui génèrent un chiffre d'affaire d'environ 19 milliards. Elles emploient 15 000 personnes (40 000 à l'échelle canadienne). Si l'on fait la part de celles qui arrivent et de celles qui partent, il y a de 10 à 15 filiales françaises de plus au Québec, chaque année.
Les principaux investisseurs français au Québec ne sont pas forcément de gros importateurs puisque parmi les 12 premières filiales, plus de la moitié n'importent pas ou très peu. Les grands groupes français (Pernod Ricard, Danone, Air Liquide, etc.) sont presque tous présents au Québec, qui accueille aussi un très grand nombre de PME. " Sur les 315 filiales françaises, on peut estimer que plus des trois quarts sont des émanations de PME, et dans tous les secteurs d'activité ", dit M. Bouteiller.
Selon lui, les PME françaises sont attirées au Québec par des coûts d'implantation inférieurs à ce qu'ils sont dans le reste de l'Amérique du Nord, notamment en ce qui a trait à l'immobilier, l'énergie ou la main-d'oeuvre. De plus, les entrepreneurs français regardent avec beaucoup d'intérêt les pôles d'excellence de l'économie québécoise tels que l'aéronautique, les technologies de l'information, les sciences de la vie, la recherche et le développement.
" Il y a au Québec un potentiel scientifique et technologique tout à fait remarquable, un des meilleurs sur le continent nord-américain, ce qui est lié à l'excellence des universités et aussi à la politique fiscale menée par le gouvernement québécois qui aide énormément la recherche technologique ", explique de son côté le consul général de France au Québec, François Alabrune.
Jouent également un rôle important les programmes de coopération industrielle (Ubifrance-Québec aide près de 60 PME par année) ou d'implantation (Implantis, mis en oeuvre par la région Rhône Alpes à Montréal) et l'aide d'organismes québécois, comme Montréal International ou Investissement Québec qui ont permis notamment l'arrivée d'Ubisoft et l'investissement récent de Mécachrome.
Eric.clement@lapresse.ca


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