La foi sociale (2)

18. Actualité archives 2006


Depuis qu'il existe, l'homme est un animal social. Tôt dans son histoire, il a édifié des structures communautaires complexes, devenues depuis longtemps indispensables à sa survie et à sa reproduction : depuis lors, l'homme seul est un homme mort. Si, comme on l'a vu, la foi religieuse semble un mécanisme de défense individuelle, elle est davantage encore une nécessité pour la survie et la pérennité de la société.
Ainsi, par ses dogmes et ses rituels, la religion offre...
Une codification du comportement socialement sécuritaire. Par exemple,, les règles alimentaires de nature religieuse, du jeune à l'interdiction du porc en passant par le vendredi « maigre », avaient un but pratique - en ces cas : hygiénique.
Une incitation à la reproduction. La répression maniaque de la sexualité ludique (et, par extension, celle des autres plaisirs, vus comme contre-productifs) est une composante essentielle de toutes les religions.
Une protection du pouvoir. En particulier celui des mâles, phénomène incarné dans sa version extrême par les talibans afghans, mais qui existe toujours dans les autres confessions, y compris catholique.
Un système d'émulation visant le progrès social et politique. Dans une société, le citoyen le plus croyant, éventuellement prêt à sacrifier sa vie, est consacré saint, ou sage, - ou martyre - nul besoin d'exemple...
Un signe d'appartenance, identifiant qui est « avec nous », mais aussi qui est « contre nous ». Ainsi, la circoncision a notamment été vue à l'origine comme une marque indélébile d'adhésion à une identité collective.
Un outil de valorisation. Le Peuple vénérant le « vrai » dieu est « élu », supérieur. D'où l'affichage, parfois ostentatoire de ce statut, notamment par le vêtement, ce qui est souvent amèrement décodé par les « non-élus » implicitement désignés comme inférieurs.
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Contrairement à ce qu'on pourrait croire, le rôle social de la religion n'est pas moins grand aujourd'hui qu'hier.
Il se manifeste avec vigueur dans quelques sociétés riches et puissantes : les Américains réinventent un «évangélisme » allouant de l'aide pratique, livrant un cadre moral et administrant une forme de thérapie sociale. Ce rôle se manifeste avec plus de vigueur encore dans les sociétés pauvres et faibles : les Palestiniens votent pour le Hamas, surtout vu comme un « mouvement-providence » dispensant : éducation, soins de santé, secours direct, encadrement communautaire.
Cela dit, on observera que les sociétés qui s'en tirent le mieux, c'est-à-dire pacifiques, laïques, à l'aise avec la foi vécue en privé, possèdent des caractéristiques communes. Ainsi, la prospérité, la distribution relativement équitable de la richesse, l'espace de liberté donné à l'individu ainsi qu'un contrat social clair constituent les remparts les plus efficaces contre l'irruption de la déraison religieuse. Ces sociétés sont peu nombreuses. Et, nous le verrons, elles sont vulnérables.
De sorte que la résistance à la pression de l'irrationnel est, plus que jamais, un devoir moral, un droit citoyen et une entreprise humanitaire.


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