La foi éternelle (1)

18. Actualité archives 2006


Nous publions aujourd'hui le premier de trois éditoriaux sur le siècle et la religion.
Décidément, le XXIe siècle est religieux. Depuis cinq ans, tout tourne autour de la foi, autant sur la scène internationale qu'au niveau local. Ainsi, au Québec, vient de se conclure la saga du kirpan, après celles de l'érouv juif et de l'aménagement de lieux de prière pour les musulmans. Les prêtres catholiques brassent les dogmes de leur Église. La justice canadienne se débat toujours avec l'attentat contre un avion d'Air India (23 juin 1985, 330 morts), le pire massacre de l'histoire du pays, en rapport avec lequel un sikh orthodoxe a été condamné.
Ailleurs dans le monde, la renaissance de la religion est plus patente encore.
Aux États-Unis, le 11 septembre 2001 aura essentiellement été l'irruption de l'intégrisme religieux au coeur de New York et Washington. On y assiste aussi à une lutte surréaliste entre darwinisme et créationnisme, ainsi qu'à la résurgence des revendications à base de foi religieuse, notamment dirigées contre le droit à l'avortement.
En Europe, l'affaire des caricatures de Mahomet, ainsi que les attentats de Madrid, Londres et Amsterdam, ou l'affaire du foulard islamique en France, ou la découverte d'un Londonistan... tout cela témoigne de la difficulté qu'il y a à intégrer des immigrants dont la loyauté première va à un dieu, cette entité extraterritoriale, belliqueuse et vengeresse.
En Orient, on voit les mouvements religieux intégristes triompher en politique (en Palestine ou en Égypte), alimenter des guerres civiles (chiites contre sunnites en Irak, guérilla talibane en Afghanistan) et provoquer des tueries de masse.
Tout cela est carrément stupéfiant.
Car, si on veut être lucide, on voit ceci: de la caverne au bungalow, après 10 000 ans de supposée marche en avant de la civilisation, la religion tue, divise, oppresse, vampirise et interdit encore.
Forcément, il doit y avoir une raison.
Écartons pour l'instant la composante politique et/ou nationaliste agissant dans plusieurs de ces événements. Elle est à la fois une cause et un effet du pouvoir de la religion. Et se signale surtout par sa tendance à pousser la foi aux extrêmes.
À ce moment, la première question est: la bête humaine peut-elle vivre sans religion? Ou celle-ci est-elle un mécanisme de défense de l'espèce littéralement imprimé dans nos gènes?
Plusieurs études scientifiques ont exploré cette possibilité.
Des neurobiologistes ont supputé l'idée que le cerveau est structuré pour que l'homme adhère à l'idée du divin. Ils ont identifié la " molécule de la foi ", la sérotonine, un neurotransmetteur qui altère la perception et peut induire une transe mystique.
L'angle anthropologique est plus intéressant encore. Car, chez l'animal se transformant en humain, la notion de surnaturel est née à peu près en même temps que la conscience. En particulier celle, traumatisante, de la mort. Et à peu près en même temps que la connaissance, laquelle s'avère par définition insuffisante. Donc angoissante, elle aussi. Cela étant, il était peut-être indispensable pour la survie et la perpétuation de l'espèce- unique " éternité " biologiquement programmée dans les organismes vivants- que celle-ci se fabrique des dieux.
Or, l'angoisse existentielle générée par la conscience de la mort et par les limites de la connaissance, auxquelles s'ajoutent des nécessités sociales que nous verrons, existeront toujours. De sorte que, si cette vision est juste, lutter contre l'emprise de la religion sera toujours inutile.
Le militantisme athée est voué à l'échec.
Il faudra trouver autre chose.


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