La foi moderne (3)

18. Actualité archives 2006


Aujourd'hui, le phénomène de la foi se distingue surtout de deux façons. La première est la violence meurtrière que la religion utilise parfois pour s'imposer- version extrême d'un prosélytisme partout très vigoureux. La deuxième s'incarne dans la tendance des mythes religieux à se transcrire dans l'espace laïque.
D'abord, aucune religion n'est par essence pacifique, ou violente. Cependant, toutes possèdent la certitude de leur supériorité, prévoient l'exclusion de l'" autre " et travaillent à étendre leur pouvoir. De sorte que toutes peuvent demeurer inoffensives... ou se transformer en corps expéditionnaires.
Ces mécanismes sont inscrits dans la nature même de la foi. Laquelle, on l'a vu, découle des contingences humaines, biologiques et sociales.
Cela est si vrai que, lorsque la variante religieuse de la foi est politiquement réprimée (comme en ex-URSS) ou massivement rejetée (comme au Québec), la foi se laïcise. Ainsi, on peut parier sans risques que toutes les idéologies séculières fondées sur le cycle mythique " paradis-péché-sacrifice-rédemption-paradis ", issu de l'univers religieux, reposent principalement sur la foi.
La planète en a connu plusieurs.
Aujourd'hui, la plus vigoureuse est probablement la deep ecology, l'écologisme radical. Sa doctrine s'articule autour d'un Éden préindustriel où la déesse nature était vénérée et auquel l'homme doit revenir, après des décennies de débauche polluante, en rachetant ses fautes par le renoncement aux plaisirs de la prospérité!
Il faut donc vivre avec la foi. Et avec les religions. Parce qu'elles existent et existeront. Parce que les services matériels, politiques et surtout psychologiques qu'elles rendent n'ont pas toujours, pour tous, de succédanés accessibles et efficaces. Il s'agit donc pour l'heure de baliser un terrain d'exercice et d'empêcher les excès.
Pour ce faire, un mode d'emploi judicieux édicterait probablement la nécessité de:
pratiquer une tolérance totale à l'endroit de la foi vécue dans la sphère privée, y compris dans ses variantes les plus excentriques;
établir un contrat social clair stipulant que l'espace public est neutre et que, en cas de doute et/ou de circonstances particulières, ce sont les rituels et symboles religieux qui doivent être sacrifiés;
s'assurer que l'école publique dispense, en matière de morale et de connaissance des religions, un enseignement dénué de propagande;
lutter contre toute initiative religieuse visant l'obtention de pouvoirs judiciaires ou quasi-judiciaires- voir l'épisode du tribunal islamique ontarien ou les revendications en faveur de lois sur le blasphème;
contrer, par l'information, l'influence des lobbies religieux auprès des pouvoirs éxécutif, législatif et médiatique- le cas de la vampirisation de l'administration américaine pouvant servir de contre-exemple.
Une dernière chose, enfin, qui est la plus évidente: il faut pratiquer une politique de tolérance zéro vis-à-vis les expressions violentes de la foi. Parce que, toujours et partout, la vie humaine doit avoir préséance sur l'humeur des dieux.


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