L'impie

PQ - leadership en jeu - la tourmente

André Boisclair a tout juste osé un léger maquillage qui n'a abusé personne en début de campagne. Ce ne serait pas un référendum mais une «consultation populaire».

Il prétend aujourd'hui empêcher le PQ de se réfugier dans le «déni», mais lui-même a donné un bien mauvais exemple quand il a décidé de devenir chef. Il a encensé jusqu'à s'en aveugler un programme qu'en son for intérieur il savait parfaitement incompatible avec l'humeur de la population.
Pendant la course au leadership, Pauline Marois a au moins essayé -- timidement, il est vrai -- de tirer les militants péquistes de l'euphorie dans laquelle ils baignaient. Imaginez, un OUI serait suivi d'une période de turbulences. Quelle Cassandre!
Le sens des responsabilités dont M. Boisclair a parlé lundi soir lui aurait commandé d'avertir d'entrée de jeu les militants péquistes que s'engager à tenir un référendum le plus rapidement possible dans un premier mandat était le plus sûr chemin vers la défaite.
Fort des dizaines de milliers de nouveaux membres qu'il aurait attirés au PQ de toute manière, cela ne l'aurait pas empêché de l'emporter. À ce moment-là, il y avait une telle rancoeur contre Mme Marois que rien n'aurait pu retourner les choses en sa faveur.
Cela ne l'empêche pas d'avoir raison aujourd'hui: «La pire chose qui pourrait arriver au PQ, c'est qu'il demeure tel qu'il est actuellement.» Malheureusement, M. Boisclair ne peut pas se transformer lui-même. Pour une bonne partie de la population québécoise, et pas uniquement en région, il restera une sorte de Martien.
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Il y aura toujours des inconscients, mais M. Boisclair ne devrait pas avoir trop de mal à convaincre la majorité des militants péquistes que s'entêter dans la voie du référendum coûte que coûte serait un véritable suicide collectif.
Là où cet impie va au-devant des pires ennuis, c'est quand il laisse entendre qu'il pourrait appuyer les efforts de Mario Dumont dans sa quête d'une plus grande «autonomie». Au lendemain des élections de 1985, Pierre Marc Johnson avait lui aussi constaté que la souveraineté était toujours souhaitable mais qu'elle n'était pas réalisable à court terme. On sait ce qui lui est arrivé.
À l'époque, le PQ et le PLQ monopolisaient l'Assemblée nationale. Il suffisait de renverser M. Johnson et de remettre le cap sur la souveraineté. Tôt ou tard, les libéraux perdraient le pouvoir et l'occasion de tenir un autre référendum se présenterait à nouveau. C'est ce qu'a fait Jacques Parizeau.
Depuis lundi soir, les souverainistes ne peuvent plus se fier au jeu de l'alternance. Si les Québécois ne veulent pas de référendum, ils n'auront qu'à passer du PLQ à l'ADQ et vice-versa. Ce qui restera du PQ sera condamné au rôle de spectateur ou, au mieux, à celui de la mouche du coche. Un peu comme le Bloc québécois à Ottawa.
Cela ne signifie pas que le PQ doit renoncer à la souveraineté. Au contraire, il doit redoubler d'effort pour en faire valoir la nécessité. Si la majorité des Québécois ne veulent pas de référendum, c'est qu'ils ne voient pas en quoi la souveraineté est indispensable, ni même avantageuse.
Un autre aspect du «déni» qui menace les souverainistes est le refus de voir que le «fédéralisme d'ouverture» de Stephen Harper a rendu largement caduc l'argumentaire anticanadien sur lequel leur discours a reposé depuis le rapatriement unilatéral de la Constitution. Certes, les pouvoirs que le Québec a perdus en 1982 ne lui ont pas été rendus, mais l'attitude de M. Harper est perçue comme un désir sincère de réconciliation. Faire de la souveraineté une affaire de fric ne convaincra pas davantage. Il suffit qu'Ottawa fasse pleuvoir quelques milliards et tout le monde se retrouve bouche bée.
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Que M. Boisclair réussisse à survivre jusqu'aux prochaines élections ou qu'il soit remplacé par un autre chef, il y a de bonnes chances que le jeu de l'alternance joue en faveur de l'ADQ.
Mario Dumont souhaite que l'Assemblée nationale fasse l'unanimité autour de sa vision autonomiste. S'il se retrouve à la tête d'un gouvernement majoritaire, pourquoi pas? Vers la fin, Jacques Parizeau s'était rallié à l'accord du Lac-Meech, ne fût-ce que pour empêcher Robert Bourassa de le diluer davantage.
Il faudrait évidemment que cette «vision» ait une signification concrète. La plate-forme de l'ADQ était muette sur les pouvoirs dont un gouvernement Dumont exigerait le rapatriement. La politique définie au congrès de septembre 2004, à Drummondville, allait bien au-delà de la limitation du pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral, que M. Dumont dit maintenant vouloir enchâsser dans la Constitution canadienne.
«Le Québec de demain envisagé par l'ADQ est inscrit dans l'histoire et fait appel à la volonté responsable des Québécois de reprendre l'initiative, de récupérer tous les leviers politiques, économiques, culturels et sociaux dont ils ont besoin pour s'épanouir [...]. Cette vision est en cela fidèle à la recherche d'autonomie qui est au coeur du rapport Allaire», peut-on lire dans le document distribué aux participants. La liste des 22 pouvoirs dont le rapport réclamait le rapatriement y est annexée.
Avant même l'ouverture d'éventuelles négociations, l'idée d'une citoyenneté et d'une constitution québécoises risque de mettre Ottawa et le reste du pays dans d'assez mauvaises dispositions.
Les délégués au congrès de Drummondville avaient également résolu qu'un gouvernement adéquiste exigerait le transfert de points d'impôt pour corriger le déséquilibre fiscal. Il passerait outre aux dispositions de la loi canadienne sur la santé et se dispenserait des autorisations fédérales pour mettre en oeuvre des projets de développement hydroélectriques.
Qu'y aurait-il d'impie pour un souverainiste à soutenir Mario Dumont dans cette démarche? Robert Bourassa s'était dégonflé après l'échec de Meech, mais le chef de l'ADQ a prouvé en 1995 que la souveraineté ne lui faisait pas peur. De toute manière, quel autre choix le PQ a-t-il vraiment? La fuite en avant a déjà été essayée. On a vu le résultat lundi.
mdavid@ledevoir.com


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